Les gobelets jetables disparaîtront des cafés Starbucks de Corée du Sud d’ici 2025. La mesure n’est pas étrangère à l’interdiction de ces articles par Séoul, qui doit entrer en vigueur deux ans plus tard. D’où l’importance d’une législation forte, qui fait défaut au Canada, croient divers observateurs.

Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Les cappuccinos, lattes et autres boissons vendues dans les cafés Starbucks de la Corée du Sud seront servis uniquement dans des gobelets réutilisables, d’ici quatre ans.

La multinationale du café, qui écoule chaque année plus de 6 milliards de gobelets jetables à l’échelle mondiale, a annoncé en avril son intention de les abandonner complètement, mais la mesure ne s’appliquera qu’au pays du Matin calme.

Elle entrera en vigueur progressivement à partir de l’été dans certains commerces de Jeju, une île-province de près de 700 000 habitants, prisée pour ses stations balnéaires et son paysage volcanique.

Les boissons chaudes et froides seront servies dans un gobelet réutilisable consigné que les clients pourront rendre à un stand sans contact.

Cette décision de Starbucks survient après l’annonce par Séoul d’une interdiction complète des gobelets jetables en 2027, qui marque une nouvelle étape des mesures de réduction des déchets adoptées par la Corée du Sud dans la foulée de la fermeture des frontières chinoises aux matières recyclables étrangères, en 2018, qui a provoqué une « crise du recyclage » à l’échelle mondiale, dont le Québec n’a pas été épargné.

Starbucks a refusé d’accorder une entrevue à La Presse, exigeant des questions écrites.

L’entreprise aux 32 000 cafés dans le monde affirme que l’abandon des gobelets jetables se limite à un seul pays parce que ses différents marchés « apprennent les uns des autres et appliquent ce qui fonctionne pour eux et leurs clients », a écrit une porte-parole, Leanna Rizzi.

L’entreprise n’a pas indiqué l’influence que la législation sud-coréenne a eue sur sa décision, affirmant seulement qu’elle fait partie d’une volonté plus large de réduire les déchets qu’elle génère de 50 %, et son empreinte carbone de 30 %, en Corée du Sud.

« Action politique bien ciblée »

« C’est certain que le rôle du gouvernement sud-coréen a été majeur », a déclaré à La Presse Agnès Le Rouzic, chargée de la campagne Océans et Plastique de Greenpeace Canada, qui s’est penchée sur le sujet avec un confrère sud-coréen.

Elle qualifie la décision du gouvernement coréen d’« action politique bien ciblée ».

Quand un gouvernement met en place des politiques à court terme, ça permet aux entreprises de prendre des décisions importantes pour limiter la pollution et voir clairement ce qui s’en vient, ce qui n’est pas le cas au Canada et dans beaucoup de pays dans le monde.

Agnès Le Rouzic, chargée de la campagne Océans et Plastique de Greenpeace Canada

L’interdiction de certains articles de plastique à usage unique annoncée l’an dernier par Ottawa ne concerne que « 1 % de tout le plastique qui est jeté annuellement » au pays, déplore Agnès Le Rouzic.

Les gobelets jetables ne sont d’ailleurs pas couverts par cette interdiction.

Il est essentiel de rendre les entreprises responsables des déchets qu’elles génèrent, ce qui nécessite du « courage politique », croit aussi Christiane Pelchat, présidente-directrice générale du Réseau Environnement, un regroupement québécois de spécialistes en environnement.

La solution passe par le principe du « pollueur-payeur », mais le Québec et le Canada ne sont « pas très avancés » dans ce domaine, déplore l’ancienne députée, soulignant au passage que les gobelets jetables ne sont pas recyclables dans les installations québécoises.

Projet-pilote

À défaut d’abandonner les gobelets jetables ailleurs qu’en Corée du Sud, Starbucks mène un petit projet-pilote de gobelets consignés aux États-Unis, dans cinq cafés de la progressiste ville de Seattle.

Moyennant une consigne d’un dollar, les clients peuvent recevoir leur boisson dans un gobelet réutilisable, qu’ils doivent ensuite rendre dans un stand sans contact ou par l’entremise d’un service de récupération à domicile.

En revanche, Starbucks ne permet toujours pas à ses clients d’apporter leur propre contenant réutilisable dans ses cafés des États-Unis et du Canada.

Cette « interruption » décidée au début de la pandémie se poursuit parce que « la santé et le bien-être » des employés et des clients sont la « plus haute priorité » de l’entreprise, affirme sa porte-parole, sans expliquer pourquoi les contenants réutilisables personnels sont autorisés de nouveau depuis le mois d’août dans les Starbucks d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique.

« S’ils y arrivent en Europe, il n’y a aucune raison qu’ils empêchent leurs clients canadiens d’apporter leur tasse », lance Agnès Le Rouzic.

Starbucks confirme par ailleurs que ses commerces québécois ne participent pas à La Tasse, un programme de gobelets réutilisables consignés implanté dans plus de 350 cafés du Québec par l’organisation à but non lucratif La Vague.

Les grandes ambitions de Starbucks

Starbucks ambitionne d’atteindre un « bilan environnemental positif » en produisant davantage d’eau propre qu’elle n’en consomme, en stockant plus de carbone qu’elle n’en émet et en éliminant les déchets. « [Nous voulons] rendre à la planète plus que nous en prenons », a affirmé son président-directeur général Kevin Johnson, au début de 2020, en annonçant ce vaste plan qui sera implanté graduellement. L’entreprise s’engage par exemple d’ici 2030 à réduire de 50 % les émissions de carbone « liées directement » à ses opérations et à sa chaîne d’approvisionnement et à réduire de 50 % les déchets « acheminés vers les décharges à partir de [ses] magasins et usines ».