Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour l’une des espèces phares des milieux humides. Vingt ans après qu’elle eut été désignée comme une espèce vulnérable au Québec, le déclin se poursuit à grande vitesse pour la rainette faux-grillon de l’Ouest, confirme un récent rapport du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

Le déclin de l’espèce suit d’ailleurs la même courbe que celle des milieux humides.

Moins du quart des populations qui subsistent à ce jour « seraient capables de se maintenir à moyen terme si les conditions demeuraient telles quelles », indique une analyse préliminaire achevée en mars 2021, obtenue par La Presse.

La rainette faux-grillon est une minuscule grenouille mesurant moins de 4 cm qui a le statut d’espèce menacée au Canada et vulnérable au Québec. Elle se reproduit dans des milieux humides temporaires au printemps. Elle est considérée par les experts comme une sentinelle de la qualité de l’environnement et des milieux humides.

Il reste seulement sept populations en Montérégie, tandis que celles en Outaouais sont très fragmentées. Au cours des 60 dernières années, l’espèce a perdu 90 % de son aire de répartition, un déclin semblable à celui de la disparition des milieux humides (entre 40 % et 80 %) depuis 50 ans.

Malgré un décret d’urgence déployé en 2016 par le gouvernement fédéral afin de protéger l’un de ses derniers habitats en Montérégie, les chances de rétablissement de l’espèce diminuent donc d’année en année.

« Le présent rapport souligne que la moitié des occurrences de l’espèce suivies au CDPNQ [Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec] sont déjà disparues, susceptibles de l’être ou leur persistance est incertaine en fonction de leur situation actuelle », peut-on lire dans le document préparé par des biologistes du MFFP et du Service canadien de la faune à partir des données fournies en 2018.

En février 2019, le nouveau plan de rétablissement de l’espèce soumis au MFFP indiquait d’ailleurs « qu’en l’absence de mesures de protection renforcées, le déclin des populations de cette espèce risque de continuer ».

Selon Alain Branchaud, directeur de la Société pour la nature et les parcs (SNAP), ce rapport montre que la gestion de cette espèce vulnérable « est un échec total ». « On ne peut pas seulement se complaire à décrire le déclin de l’espèce et écrire une fois de plus qu’il y a urgence d’agir », ajoute-t-il.

Très forte pression de l’étalement urbain

Le rapport souligne qu’il y a « d’importants besoins en termes d’actions de conservation permettant de restaurer la viabilité des habitats de l’espèce ». Or, « la pression de développement [urbain] demeure très forte et constitue une des menaces principales pour la conservation de l’espèce au Québec », indique-t-on.

Selon Tommy Montpetit, directeur de la conservation à l’organisme Ciel et Terre, la situation s’est aggravée depuis 2018, année de référence de l’analyse du MFFP. « On a eu deux années pourries pour les conditions climatiques en 2020 et 2021 pendant la période de reproduction, avec de gros écarts de température. »

M. Montpetit ajoute que des habitats ont aussi été perdus, notamment à L’Île-Perrot et à Longueuil en raison des pressions de construction immobilière. « Le rapport dit qu’on pourrait maintenir moins du quart des populations si les conditions demeuraient telles quelles. Moi, ce que je dis, c’est que nous sommes dans une situation extrêmement critique. On a actuellement une pression immobilière incroyable, sauf que si on ne protège pas tous les habitats qu’il nous reste, cette espèce-là, on va la perdre. »