Le Canada réduira ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 % à 45 % par rapport à leur niveau de 2005 d’ici 2030, et les États-Unis réduiront les leurs de moitié, ont annoncé les deux pays au Sommet des dirigeants sur le climat, jeudi.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Saluant le retour de Washington dans l’action contre la crise climatique et les ambitions rehaussées d’autres pays participants, le premier ministre Justin Trudeau a confirmé la nouvelle cible canadienne, ébruitée ces derniers jours, reléguant officiellement aux oubliettes la précédente cible de réduction de 30 % adoptée sous le précédent gouvernement.

Justin Trudeau a insisté sur l’importance que les cibles ambitieuses s’accompagnent de plans pour les atteindre, vantant celui de son gouvernement, en particulier la tarification sur le carbone.

« Seules les politiques climatiques sérieuses donnent des résultats sérieux », a-t-il déclaré.

Le président des États-Unis, Joe Biden, avait annoncé à l’ouverture du sommet l’engagement de son pays à réduire de 50 % à 52 % ses émissions par rapport à leur niveau de 2005, affirmant que ces « pas vont mettre les États-Unis sur la voie d’une économie carboneutre pas plus tard qu’en 2050 ».

Il s’agit d’une augmentation considérable par rapport à la cible de 26 % à 28 % que les États-Unis avaient adoptée dans le cadre de l’accord de Paris, sous la présidence de Barack Obama.

Rappelant que la crise climatique représente une « menace existentielle », le président Biden a insisté sur le fait que la réponse à cette menace apportera des « emplois payants, syndiqués, et renforcera les communautés ouvrières des États-Unis ».

Washington ambitionne notamment de décarboniser entièrement sa production d’électricité d’ici 2035, délaissant notamment le charbon, dont le prédécesseur de M. Biden, Donald Trump, s’était fait un ardent défenseur.

Sitôt annoncée, sitôt critiquée

Sitôt annoncée, la nouvelle cible canadienne a été jugée insuffisante par différents groupes environnementaux, qui ont rappelé les conclusions d’un rapport publié mercredi affirmant que le Canada serait « capable » de réduire ses émissions de 60 % par rapport à leur niveau de 2005 d’ici 2030.

« Plutôt que de se présenter en premier de classe, le premier ministre a choisi de se contenter de la note de passage », a déclaré Anne-Céline Guyon, chargée de projet, climat, à Nature Québec.

« La cible proposée par Trudeau est moins ambitieuse que ce qu’exige la science du climat, sans aucun engagement à éliminer les combustibles fossiles au pays et à l’étranger », a ajouté le responsable de la campagne climat et énergie de Greenpeace Canada, Patrick Bonin.

« On pense que 45 %, c’est le plus loin qu’on puisse aller », a répondu lors d’un point de presse le ministre du Patrimoine canadien et ancien militant écologiste, Steven Guilbeault expliquant que cette cible était le fruit d’un « travail herculéen » se basant sur les informations et les technologies disponibles.

Et le Canada présentera un plan pour accompagner ses cibles à la 26e Conférence des Nations unies sur le climat (COP26), en novembre à Glasgow, en Écosse, une première, a-t-il souligné.

Cette cible est appelée à être rehaussée tôt ou tard, a rappelé son collègue ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson.

Nous savons que nous devons faire davantage.

Jonathan Wilkinson, ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada

Puisque le Canada produit déjà en grande partie son électricité à partir de sources renouvelables, contrairement aux États-Unis, il faut trouver d’autres façons de réduire les émissions, a fait valoir le ministre.

« Une façon est d’utiliser le pouvoir du marché pour aider à trouver d’autres solutions, a-t-il déclaré. Mettre un prix sur la pollution inspire les innovateurs et des idées qui n’auraient autrement pas vu le jour. »

Tirs croisés en Chambre

Les lignes d’attaque étaient prêtes chez les libéraux pour riposter aux prévisibles salves en provenance des banquettes du Bloc québécois et du Nouveau Parti démocratique (NPD), lors de la période des questions, à la Chambre des communes.

À la bloquiste Monique Pauzé, qui soulignait que les investissements pour la relance économique s’élevaient sensiblement au même montant que le coût de l’oléoduc Trans Mountain, le ministre Guilbeault a répliqué en démolissant le bilan du chef Yves-François Blanchet comme ministre de l’Environnement au Québec.

Et au chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, qui a descendu en flammes le « pire plan du G7 », le député Chris Bittle a répondu en citant l’ex-dirigeant du NPD Thomas Mulcair, lequel a salué l’hiver passé le plan environnemental libéral déposé en décembre.

Les conservateurs n’ont posé aucune question sur la nouvelle cible.

Pendant la séance en Chambre, le ministre Guilbeault a par ailleurs signalé que la cible serait enchâssée dans le projet de loi C-12, qui vise l’atteinte de la carboneutralité au Canada d’ici 2050.

Avec Mélanie Marquis, La Presse

Autres annonces

Japon

Le Japon, cinquième émetteur de GES en importance de la planète, a annoncé une cible de réduction de 46 % d’ici 2030 par rapport à 2013, alors que sa cible précédente était de 26 %. Avec cette annonce, tous les pays du G7 sont maintenant sur la voie de la carboneutralité pour 2050, a souligné le président de la 26e conférence sur le climat de l’ONU, qui doit se tenir en novembre.

Chine

La Chine n’a pas adopté de nouvelle cible, mais a réitéré son engagement de l’an dernier à commencer à réduire ses émissions avant 2030 et atteindre la carboneutralité avant 2060. La Chine représente à elle seule plus du quart des émissions mondiales de GES, mais fait « beaucoup de choses » pour les réduire, a souligné le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, évoquant un prix sur le carbone et l’électrification.

Inde

L’Inde, troisième émetteur mondial, derrière la Chine et les États-Unis, a réitéré son engagement de l’accord de Paris à réduire ses émissions de 33 % à 35 % sous leur niveau de 2005 d’ici 2030. Elle a aussi annoncé un partenariat avec les États-Unis pour accentuer son action climatique, un geste « très important » qui démontre qu’« il n’y a pas que les cibles [qui comptent] », a déclaré le ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, Jonathan Wilkinson.

Brésil

Le Brésil vise la neutralité carbone d’ici 2050, 10 ans plus tôt que prévu, a annoncé le président Jair Bolsonaro, marquant un changement de ton radical. Les groupes écologistes se sont toutefois montrés sceptiques. « Bolsonaro a passé la moitié de son discours à demander de l’argent pour des avancées environnementales déjà acquises par le passé, mais que son gouvernement tente de détruire depuis deux ans », a réagi Marcio Astrini, du collectif d’ONG Observatoire du climat.

Avec l’Agence France-Presse

Europe

Avant la tenue du sommet, le Royaume-Uni avait annoncé viser une réduction de 78 % de ses émissions d’ici 2035 par rapport à leurs niveaux de 1990. Le précédent objectif était une baisse de 68 % à l’horizon 2030. L’Union européenne a quant à elle annoncé un objectif de réduction nette d’au moins 55 % de ses émissions d’ici 2030, également par rapport à 1990.

Avec l’Agence France-Presse