(Ottawa) Malgré un rapport d’étape montrant que les émissions de gaz à effet de serre au Canada ont augmenté en 2019, le ministre fédéral de l’Environnement affirme que le pays est exactement là où il devrait être pour commencer à les voir baisser.

Stephanie Taylor
La Presse Canadienne

L’« inventaire national des gaz à effet de serre » (GES) est présenté chaque année en avril à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Le rapport de cette année indique qu’en 2019, les émissions du pays étaient de 730 millions de tonnes de gaz carbonique (CO2) et ses équivalents, qui causent le changement climatique.

Une fois dans l’atmosphère, le CO2 et d’autres gaz à effet de serre emprisonnent la chaleur, ce qui provoque le changement climatique.

Or, le rapport de 2019 indique que le Canada a émis environ un million de tonnes de plus de ces GES que l’année précédente. Les dernières données montrent que ces niveaux d’émissions sont plus proches en fait de ce qu’ils étaient en 2005 que de la cible de 2030 promise par le gouvernement libéral. Le Canada a actuellement pour objectif d’abaisser les émissions de gaz à effet de serre à 511 millions de tonnes d’ici 2030.

Mais le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson, estime que sans les politiques libérales introduites en 2016, les émissions de 2019 auraient été supérieures de 34 millions de tonnes, selon ses modélisations. « Ce que ça nous dit, c’est que nous sommes en fait sur la bonne voie pour dépasser l’objectif actuel, a estimé M. Wilkinson. Bien sûr, nous devons faire plus pour aller de l’avant. »

Son ministère attribue cette baisse relative à la tarification du carbone mise de l’avant par le gouvernement libéral. Ottawa a imposé une redevance sur les carburants à la Saskatchewan, au Manitoba, à l’Ontario et au Nouveau-Brunswick, en avril 2019, après avoir estimé que ces provinces n’avaient pas mis en place leur propre régime de tarification qui respecte suffisamment les normes nationales. Le Nouveau-Brunswick a finalement présenté son propre régime, qu’Ottawa a approuvé, tandis que l’Alberta est devenue assujettie à la tarification fédérale lorsque le gouvernement conservateur s’est débarrassé du régime provincial mis en place par le précédent gouvernement néo-démocrate.

Des mesures progressives

Le ministre Wilkinson a rappelé lundi que plusieurs mesures fédérales de réduction des émissions sont en fait mises en place progressivement, comme la « taxe sur le carbone ». Le taux augmente de 10 $ la tonne jusqu’en 2022, où il atteindra 50 $, puis augmentera de 15 $ par année, jusqu’à ce qu’il atteigne 170 $ la tonne.

M. Wilkinson a aussi souligné que la réglementation concernant le méthane et une « norme sur les combustibles propres » commençaient à peine à prendre forme. « Nous avons vu de bons progrès et nous avons vu des progrès conformes à ce qu’on avait promis aux Canadiens. »

Le rapport d’inventaire national soumis à l’ONU accuse par ailleurs un décalage de deux ans. Le ministre Wilkinson a soutenu que le rapport de 2021, qui sera consacré aux émissions de 2020, devrait montrer une baisse.

Le ministre a reconnu que cette baisse serait, certes, en partie attribuable à la pandémie de COVID-19, alors que des millions de Canadiens sont restés chez eux au lieu de se rendre au travail en voiture et de voyager. « Nous croyons qu’en termes absolus, en supprimant les effets de la pandémie, on va assister à une réduction nette l’année prochaine et les autres années », a soutenu M. Wilkinson.

Le Canada a présenté un plan climatique mis à jour en décembre dernier, dans lequel il promettait de réduire encore davantage les émissions de GES et de mettre d’ici 2050 le pays sur la voie des émissions nettes nulles — « carboneutre ».

Le premier ministre Justin Trudeau devrait également dévoiler bientôt de nouveaux objectifs nationaux d’émissions pour 2030, en prévision d’un sommet sur le climat organisé par le président américain, Joe Biden, les 22 et 23 avril prochains.