L’Administration portuaire de Montréal (APM) se dit « très confiante » quant à l’efficacité des mesures de compensation qu’elle propose pour le chevalier cuivré.

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

« Nous ne sommes pas indifférents aux préoccupations sur le chevalier cuivré », a affirmé le vice-président du projet Contrecœur, Paul Bird, qui souhaitait réagir au rapport rendu public mercredi par la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP). « [Les gens de la SNAP] ont droit à leur opinion ; la mienne, c’est de respecter nos engagements et les 330 conditions [imposées par le ministre fédéral de l’Environnement]. »

Le rapport signé par quatre biologistes soutient que « les impacts négatifs sur le chevalier cuivré du projet d’agrandissement du terminal portuaire de Contrecœur sont sous-estimés et que les avantages des mesures proposées pour compenser la perte d’habitat essentiel demeurent spéculatifs, au mieux hypothétiques ».

Ce poisson unique au monde, qu’on ne retrouve qu’au Québec, est une espèce en voie de disparition dont l’habitat essentiel a été désigné officiellement par le fédéral dans le cadre d’un programme de rétablissement qui est entré en vigueur en 2012.

« Tout le projet fait l’objet d’une planification minutieuse, dit M. Bird. On est très confiants que ça fonctionne [les mesures de compensation]. »

PHOTO FOURNIE PAR LE PORT DE MONTRÉAL

Le projet d’agrandissement du terminal portuaire à Contrecœur a été approuvé par le ministre fédéral de l’Environnement.

Détails encore inconnus

Ces mesures ne sont pas encore connues dans le détail, cependant. Paul Bird indique qu’elles seront rendues publiques au début de l’année 2022, une fois qu’on aura sélectionné l’entreprise qui aura le mandat de réaliser le plan de compensation.

L’APM dit avoir travaillé avec SNC-Lavalin et la zone d'intervention prioritaire des Seigneuries pour préparer ces propositions de mesures de compensation.

Mais cette absence de détails inquiète le biologiste Louis Bernatchez, l’un des signataires du rapport de la SNAP. « Le succès éventuel de l’aménagement d’herbiers est plus qu’incertain, affirme-t-il. Il n’existe pas à ma connaissance de cas documentés de succès de telles interventions d’aménagement en milieu fluvial pour des espèces aussi spécialisées et menacées que le chevalier cuivré. »

Le biologiste se dit d’autant plus préoccupé que des mesures de compensation pour des habitats de poissons sont généralement inefficaces, selon une étude scientifique menée par Pêches et Océans Canada en 2006. Les auteurs, Jason Quigley et David Harper, concluaient alors que 63 % des projets étudiés s’étaient avérés des échecs complets.

Paul Bird rappelle que l’Administration portuaire de Montréal a des échanges depuis 2011 avec Pêches et Océans dans ce dossier. « On a même choisi l’emplacement le plus à l’ouest possible pour réduire au minimum les impacts [sur le chevalier cuivré] », ajoute-t-il.

Un autre permis nécessaire

Bien que le projet d’agrandissement du terminal portuaire à Contrecœur ait déjà été approuvé par le ministre fédéral de l’Environnement, l’APM doit aussi obtenir un permis en vertu de la Loi sur les espèces en péril.

Or, la loi ne permet que trois exceptions pour intervenir dans un habitat essentiel désigné officiellement, soit des activités « de recherches scientifiques sur la conservation des espèces menacées », une activité qui profite à l’espèce ou « une activité qui ne touche l’espèce que de façon incidente ».

L’APM se dit néanmoins persuadée d’obtenir un permis en vertu de la loi.