Le gouvernement Legault rejette l’idée de retirer les autorisations d’agrandissements de sites d’enfouissement accordées récemment en attendant les conclusions du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Publié le 9 mars 2021
Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

La Coalition Avenir Québec a rejeté une motion en ce sens de Québec solidaire, mardi, à l’Assemblée nationale.

Le texte, déposé par la députée Ruba Ghazal, porte-parole solidaire en matière d’environnement, réclamait que les décrets autorisant l’agrandissement des sites de Lachenaie, Saint-Nicéphore et Sainte-Sophie soient retirés jusqu’à ce que le BAPE termine sa commission d’enquête sur « l’état des lieux et la gestion des résidus ultimes ».

Cette commission, qui s’amorce cette semaine, doit dresser le portrait actuel de l’élimination des matières résiduelles ainsi que le portrait de la capacité d’élimination anticipée pour les 20 prochaines années ; son rapport devra être déposé au plus tard le 22 décembre.

« Je ne comprends pas la précipitation du ministre [de l’Environnement et de la Lutte contre les Changements climatiques, Benoit Charette] à agrandir ces trois sites d’enfouissement », a déclaré à La Presse Ruba Ghazal.

La députée de Mercier se demande à quoi servira la commission d’enquête du BAPE si l’agrandissement des plus importants sites d’enfouissement du Québec est déjà décidé.

On va vivre avec les conséquences de ces agrandissements pendant des dizaines d’années.

Ruba Ghazal, Québec solidaire

Ruba Ghazal craint que le gouvernement Legault ne veuille « pas changer fondamentalement les choses » et que la technologie soit « la solution facile pour ne pas réduire » l’importante quantité de déchets que génère le Québec.

Elle souligne que la valorisation énergétique, pour transformer les déchets en énergie, n’est toujours pas encadrée, au Québec.

« Les vraies solutions, si on est vraiment sérieux, c’est de revenir à la base, les trois R [réduire, réutiliser, recycler] », plaide-t-elle.

Peut-être que BAPE va dire “il faut arrêter d’agrandir”, mais il va être trop tard.

Ruba Ghazal, Québec solidaire

Pas d’acceptabilité sociale

La motion déposée par la députée solidaire évoquait l’absence « d’acceptabilité sociale » quant à l’agrandissement des trois sites d’enfouissement en question.

Elle soulignait également que le ministre de l’Environnement a autorisé par décret l’agrandissement du site d’enfouissement de Saint-Nicéphore pour une période de dix ans, alors que son propre ministère le recommandait pour cinq ans seulement.

Le ministre Benoit Charette invoque l’urgence pour défendre le refus de son gouvernement de retirer les autorisations d’agrandissement.

« Les sites d’enfouissement au Québec arrivant à pleine capacité, nous n’avons pas le choix, dans l’immédiat, d’autoriser des demandes agrandissements, en autant que celles-ci répondent aux normes », a déclaré son attachée de presse, Geneviève Richard.

Elle rappelle que le gouvernement caquiste a mis différentes mesures de l’avant pour réduire la quantité de matières enfouies, dont l’élargissement de la consigne et modernisation du système de collecte sélective.

La motion déposée par Ruba Ghazal rappelait aussi que la Cour supérieure du Québec a donné raison en février à la Ville de Drummondville, qui refuse de modifier son règlement de zonage pour permettre l’agrandissement de l’aire d’enfouissement.

À ce sujet, l’attachée du ministre Charette a déclaré : « Nous sommes en analyse présentement ».

Ruba Ghazal a également déposé à l’Assemblée nationale une pétition signée par près de 800 personnes demandant qu’aucun agrandissement de site d’enfouissement ne soit autorisé d’ici la conclusion de la commission d’enquête du BAPE.