On n’aurait pas cru la chose possible.

Isabelle Hachey Isabelle Hachey
La Presse

Pas pendant la campagne électorale de 2018, tout au long de laquelle la Coalition avenir Québec a fait comme si l’environnement était le cadet de ses soucis.

Pas davantage lorsque le parti, une fois au pouvoir, a défendu bec et ongles le troisième lien routier entre Québec et Lévis.

Et certainement pas quand François Legault a vanté les mérites de GNL-Québec… avant même que ce projet de gazoduc ne soit soumis au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement.

On n’aurait pas cru la chose possible et, pourtant, nous y voilà : désormais, la CAQ est officiellement… écolo.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

François Legault, premier ministre du Québec

Le Plan d’économie verte constitue la pièce de résistance du budget que le ministre des Finances, Eric Girard, présentera ce mardi à l’Assemblée nationale. Le gouvernement prévoit dépenser 4 milliards pour passer au « tout électrique », en espérant que la population suivra son exemple, comme le rapportait lundi mon collègue Denis Lessard.

Non, vraiment, on n’aurait pas cru la chose possible.

Aujourd’hui, on se surprend à y croire.

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On y croit, d’abord, en raison de la série de mesures pro-environnementales adoptées par le gouvernement caquiste au cours des derniers mois.

Enfin, on peut se permettre d’imaginer qu’il sera bientôt révolu, le temps du gaspillage de nos matières recyclables.

Si tout se passe comme prévu, on ne verra plus d’immenses ballots traîner dans les cours des recycleurs ou, pire, retournés à l’expéditeur par des pays qui lèvent le nez sur notre papier trop contaminé pour avoir une quelconque valeur marchande.

Le gouvernement a promis de réparer le système défectueux de collecte de matières recyclables. Les bouteilles seront consignées. Pas seulement les bouteilles de verre ; celles de plastique et de métal, aussi. C’est encore mieux. Et c’est inespéré.

Tout aussi inespérés sont ces plans de tramways et de trains électriques que l’on retrouve dans les cartons de plusieurs municipalités du Québec.

Bref, le virage vert semble déjà amorcé.

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On y croit, surtout, parce que François Legault semble y croire, lui aussi.

Il estime que le Québec a tout intérêt à décarboniser son économie. La province pourrait même devenir une superpuissance énergétique grâce à ses importantes réserves d’électricité renouvelable.

Bref, le premier ministre est convaincu qu’en virant au vert, le Québec a de bonnes chances de… s’enrichir.

« En Amérique, le Québec arrive premier en matière de décarbonisation. L’idée du premier ministre Legault est de s’appuyer là-dessus pour monter le niveau de richesse économique de la province », a expliqué la déléguée générale du Québec à New York, Catherine Loubier, à L’actualité, qui consacre son plus récent numéro à « La grande aventure électrique » du Québec.

L’aventure est déjà fort bien commencée.

Une foule d’entreprises pionnières dans l’industrie de la mobilité électrique — de la fabrication de bornes de recharge à celle d’autobus et de camions hybrides — sont québécoises.

Cette industrie en pleine éclosion contribuera bien sûr à réduire les gaz à effet de serre. Mais elle pourrait aussi générer des milliers d’emplois au Québec – et des milliards de dollars en exportations à travers la planète.

Bref, tout le monde y gagne.

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François Legault n’est pas le seul à croire que, tout compte fait, l’environnement, c’est de l’argent.

Larry Fink, l’influent patron de BlackRock, plus grand gestionnaire d’actifs au monde, a écrit en janvier que « les changements climatiques constitu[aient] désormais un facteur déterminant dans les perspectives à long terme des entreprises ».

Depuis, les plus grandes entreprises américaines — Amazon et Microsoft en tête — se bousculent pour annoncer leurs nouvelles initiatives en faveur du climat.

Il faut dire que BlackRock, qui gère 7000 milliards de dollars d’actifs, a menacé de retirer ses investissements des entreprises pas assez vertes à son goût…

Pour BlackRock, ce n’est pas une question d’idéologie ou de militantisme. C’est, platement, une question d’argent. La crise climatique est réelle et les investisseurs se rendent compte qu’il y a aussi un coût à… ne rien faire.

C’est ainsi que de grands groupes comme BlackRock commencent à se retirer des énergies fossiles. Même Warren Buffett, qui continue pourtant à y croire, a renoncé à investir ses milliards dans le projet GNL-Québec.

L’industrie pétrolière et gazière blâme la résistance des écologistes et des Premières Nations. Elle a sans doute raison, en partie. La frilosité des investisseurs face aux grands projets énergétiques, dont la rentabilité future reste incertaine, y est certainement aussi pour quelque chose.

La chute vertigineuse des prix du pétrole enregistrée lundi n’arrangera sans doute rien à ce portrait.

Quoi qu’il en soit, tout cela ressemble à la fin d’une époque.

Ou, peut-être, au début d’un temps nouveau.

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Si on croit au virage vert du gouvernement caquiste, c’est enfin parce qu’il a les coudées franches pour le prendre.

François Legault conserve une cote de popularité stratosphérique. Même si la lutte contre les changements climatiques n’était pas au cœur de sa plateforme électorale, il peut imposer des politiques environnementales fortes et audacieuses.

Des politiques qui feront mal, aussi.

Le gouvernement ne pourra pas seulement espérer que les Québécois suivent tout bonnement son exemple. Il devra leur demander de véritables sacrifices.

Sans un changement majeur, d’ici 2030, le Québec ne peut tout simplement pas espérer réduire ses émissions de gaz à effet de serre, a conclu la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal dans « L’état de l’énergie au Québec 2020 ».

« Malgré la hausse des ventes de véhicules électriques et les installations de bornes de recharge, par exemple, les ventes de camions légers au Québec ont encore battu des records, de même que les ventes d’essence qui ont dépassé pour la première fois les 10 milliards de litres consommés en une année », apprend-on dans ce rapport, publié à la mi-janvier.

Bref, toutes les initiatives écolos n’y changent rien ; les Québécois brûlent toujours plus de pétrole. Ils consomment toujours plus d’énergie. Ils ont toujours plus de VUS, achètent des maisons toujours plus grosses.

Pour faire du Québec une véritable province verte, le gouvernement devra inévitablement bousculer le mode de vie des gens. Et faire preuve d’un immense courage politique.

On y croit, mais le plus dur reste à faire.