(Grenoble) Le mont Blanc, attaqué comme toutes les montagnes et glaciers des Alpes par le changement climatique, est aussi menacé par des incivilités et initiatives saugrenues, assurent les acteurs locaux, qui n’observent toutefois pas de véritable surfréquentation d’alpinistes.

Sophie LAUTIER
Agence France-Presse

Le président français Emmanuel Macron ne l’a pas encore foulée qu’il en connaît déjà le piteux état : la Mer de Glace, sur le versant septentrional du massif du Mont-Blanc, arbore une alternance de roches grises et de glace vive bleutée.  

Il est attendu mercredi soir au pied du mont Blanc, le plus haut sommet du massif et même d’Europe occidentale, pour annoncer des mesures en faveur de l’écologie et la biodiversité.

Le Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat (GIEC) a confirmé les craintes dans son dernier rapport de septembre : les glaciers de basse altitude dans les Alpes, mais aussi le Caucase ou la Scandinavie, pourraient perdre 80 % de leur volume d’ici à 2100 et beaucoup pourraient disparaître, même en limitant le réchauffement.

Selon l’École polytechnique de Zurich, en l’absence de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, les 4000 glaciers alpins risquent de fondre de plus de 90 % d’ici à la fin du siècle, et un futur président du XXIIe siècle pourrait bien observer une coulée morainique…  

Sur la période 1970-2015, le glacier d’Argentière a perdu près de 20 % de sa surface, la Mer de Glace près de 10 % et les Bossons environ 7 %, précise Antoine Rabatel, glaciologue à l’Institut des géosciences de l’environnement, à Grenoble.

Côté italien du Mont-Blanc, le glacier de Planpincieux a été placé sous la surveillance de radars. L’été dernier, sa fonte accélérée laissait craindre que 250 000 m3 de glace se déversent dans une vallée peu habitée mais touristique.  

20 000 grimpeurs par an

Si Emmanuel Macron ne peut guère enrayer le recul des glaciers, il entend aider les acteurs locaux à préserver le Mont-Blanc à court terme.

Éric Fournier, maire de la station de Chamonix, au pied du mont Blanc, souhaiterait « des mesures très, très fortes sur le bâtiment, l’énergie, les transports, le tourisme. Pour des mesures de résilience et d’adaptation ».

Plusieurs professionnels s’inscrivent toutefois en faux contre l’idée d’une « surfréquentation » du site. « Le terme n’est pas approprié », affirme parmi eux Michel Minier président du comité départemental du Club alpin (FFCAM) de Haute-Savoie, qui gère les refuges.

M. Minier estime à « environ 20 000 » le nombre de personnes qui « tentent l’ascension » chaque année. « C’est un maximum. On peut faire avec ça mais il ne faut pas augmenter, pour la préservation du site ».  

La capacité de couchage est de 19 000 lits sur la saison estivale et la surréservation interdite pour des raisons de sécurité. À l’été 2019, les refuges du mont Blanc ont connu un taux de remplissage de 70 % seulement, souligne M. Minier. Et le reste du massif a connu une baisse de fréquentation, renchérit M. Fournier.

Après de rares mais médiatiques incidents au refuge du Goûter en sur-capacité et le squat régulier de l’abri Vallot, un système de réservation obligatoire et nominative a été mis en place en 2019.

Une « brigade blanche » de trois civils, a fait des vérifications, sans pouvoir de police. Seuls les gendarmes peuvent verbaliser les contrevenants, à hauteur de 38 euros, une dissuasion d’apparence faible mais la présence d’uniformes sur l’itinéraire a participé au retour d’une certaine sérénité.

Enfin presque : en septembre un Britannique est parvenu à hisser un rameur à 4360 m pour ensuite l’abandonner, venant gonfler une liste d’incongruités déjà longue tels cet artiste italien qui voulait repeindre la cime en rouge ou ces étudiants suisses ayant improvisé un jacuzzi pour s’y photographier en maillot de bain au sommet.