(Québec) Malgré l’impasse dans laquelle est plongée la commission parlementaire sur les pesticides, le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, assure que ce qui a été entendu lors des travaux de consultations « inspirera une partie importante » de son Plan d’agriculture durable, qu’il doit présenter d’ici l’été.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

« L’objectif, c’est de mettre en œuvre un plan qui est crédible et être dans l’action, peu importe la forme que les membres de la commission décident de donner à la conclusion de leurs travaux », a fait valoir le ministre Lamontagne.

« Je dois réitérer que j’accorde une très, très grande importance à tout ce qui est utilisation judicieuse des pesticides, et notre gouvernement y accorde la même importance. C’est dans ce contexte-là que la commission a été mise sur pied », a rappelé le ministre, se montrant rassurant.

« Je ne suis pas membre de la commission, je n’ai pas à qualifier ni à commenter comment [ils] mènent leurs travaux. Ce que je vous dis, c’est que je prends acte que ce sont des gens sérieux qui font ce travail, que les gens qui sont venus en commission sont sérieux aussi et qu’on va mettre ce même sérieux dans notre plan », a-t-il martelé.

Les membres de la Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles (CAPERN) se dirigent vraisemblablement vers un cul-de-sac alors que les députées du Parti libéral du Québec et de Québec solidaire, Marie Montpetit et Émilise Lessard-Therrien, ont fait savoir jeudi qu’elles n’avaient pas l’intention d’apposer leur signature au rapport à venir, qualifiant les discussions « d’échec ».

« En tant que parlementaire, j’ai une intégrité intellectuelle à protéger et, avec ce qui nous a été soumis [jeudi], je suis extrêmement gênée. Je ne peux pas mettre mon nom sur ce [qui est proposé]. Je préfère déposer un rapport dissident et être confortable intellectuellement », a lancé Mme Lessard-Therrien au terme de la rencontre du comité directeur élargi de la CAPERN, jeudi après-midi à Québec.

Les élus caquistes siégeant à la CAPERN avaient fait savoir quelques heures plus tôt que le rapport de la commission parlementaire sur les pesticides contiendrait des recommandations et non seulement des observations, conformément à ce qu’avait réclamé l’opposition.

« Rapport parallèle »

La Presse avait révélé jeudi que les libéraux et solidaires avaient, dans une démarche hors du commun, élaboré un « rapport parallèle » contenant 50 recommandations pour éviter que la commission, lancée dans la foulée de l’affaire Louis Robert, ne demeure lettre morte. Le Parti québécois ira lui aussi de ses recommandations.

« On est venus à la conclusion que, par respect pour les gens qui sont venus nous rencontrer [lors des consultations l’automne dernier], ce serait préférable d’avoir des recommandations », a annoncé le député caquiste Richard Campeau. Il soutient que « cette décision » serait survenue quelque part en décembre.

Or, l’opposition en faisait une tout autre lecture. Mercredi et même encore jeudi matin, les trois formations n’avaient toujours eu aucune communication voulant que le rapport aboutisse à des recommandations.

Ce qui laisse croire Mme Montpetit et Lessard-Therrien que les élus de la CAQ ont voulu corriger le tir, rapidement.

[Ce qui nous a été présenté jeudi], c’est brouillon, très approximatif, c’est insultant pour les différents groupes qui se sont présentés en commission parlementaire. Ils seront évalués par le monde agricole, mais sincèrement, ce n’est pas sérieux ce qui a été fait.

Marie Montpetit, députée du Parti libéral du Québec

M. Campeau a indiqué que les élus caquistes prévoyaient soumettre huit recommandations « principales, le reste étant mis en observation » aux membres de la CAPERN. La teneur de ces recommandations n’a pas été dévoilée.

« D’entrée de jeu, il y a eu une amélioration, dans le sens où on est passé d’observations à recommandations », a concédé le député du Parti québécois, membre de la CAPERN, Sylvain Roy.

« Il reste du travail à faire, il y a des choses dans ce qui a été proposé avec lesquelles je ne suis pas d’accord, mais je préfère fournir mes commentaires et mes recommandations dans le cadre des travaux et de manière privée pour ne pas saboter le travail », a-t-il précisé.

La prochaine date de rencontre de la CAPERN n’est pas encore connue. La commission sur les pesticides a reçu 76 mémoires dans lesquels plus de 700 recommandations ont été proposées. À la fin de septembre dernier, les parlementaires ont entendu 26 groupes lors d’une semaine d’audiences publiques.