La pandémie mondiale aura profondément marqué l’année 2020 et nos habitudes de consommation y compris. Cette année sera donc aussi celle… du gaspillage : on a jeté plus de nourriture, délaissé le « réutilisable » au profit du « à usage unique » et adopté une foule d’articles « jetables ». Tour d’horizon d’une tendance qui ne fait pas de bien à la planète.

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

Plus de nourriture à la poubelle

Une étude a dévoilé récemment que les Canadiens gaspillaient plus de nourriture depuis le début de la pandémie de coronavirus. Les experts du Laboratoire en science analytique agroalimentaire de l’Université de Dalhousie ont conclu qu’il se gaspillait 13,5 % plus de nourriture qu’avant les premières mesures de confinement. La pandémie a évidemment conduit les gens à passer plus de temps à la maison. Mais des inquiétudes quant au virus ont probablement changé les comportements par rapport à la nourriture, amenant les consommateurs à jeter des aliments plus souvent, postulent les auteurs. Avant 2020, le gaspillage alimentaire occasionnait déjà des pertes de 50 milliards par année au Canada, selon le ministère fédéral de l’Agriculture. Soulignons que la hausse du gaspillage de nourriture a également été observée dans d’autres pays depuis le début de la pandémie.

Le plastique plus populaire que jamais

La crise sanitaire aura aussi amplifié l’usage de différents types de plastiques utilisés dans les hôpitaux et les centres de soins de santé. L’utilisation de masques et divers équipements médicaux à usage unique a notamment explosé un peu partout sur la planète. En février 2020, la Chine produisait 116 millions de masques par jour, soit 12 fois plus que la quantité produite en temps normal. Dans les hôpitaux de Wuhan, au plus fort de la crise, on jetait chaque jour 240 tonnes de masques, gants et équipements à base de plastique, soit six fois plus que la quantité de déchets normalement envoyée à la poubelle. La même tendance a aussi été observée aux États-Unis plus tard au cours de l’année 2020.

Le plastique plus populaire que jamais (bis)

PHOTO ISSEI KATO, REUTERS

La crise sanitaire a entraîné une hausse de l’utilisation des plastiques à usage unique par les consommateurs : la hausse atteindrait même 300 % aux États-Unis depuis le début de la pandémie.

La crise sanitaire provoquée par la COVID-19 a aussi entraîné une hausse de l’utilisation des plastiques à usage unique par les consommateurs lambda : la hausse atteindrait même 300 % aux États-Unis depuis le début de la pandémie, selon The Economist. Or, des chercheurs de l’Université de Singapour ont établi récemment une corrélation entre la pollution et l’utilisation de plastiques jetables. Quand l’air était plus pollué dans trois villes chinoises, les gens avaient plus tendance à rester au bureau et à commander leur repas plutôt que d’aller au restaurant avec leurs collègues… favorisant ainsi un cercle vicieux de pollution, puisque la quantité de plastique utilisée est aussi plus élevée pour les commandes à emporter que les repas consommés sur place.

Partout les masques

PHOTO DINUKA LIYANAWATTE, REUTERS

On peut voir fréquemment des masques dans les poubelles, mais aussi dans la rue, sur les trottoirs... et sur les plages.

L’année 2020 aura évidemment été celle des masques. Si la population a rapidement adopté différents modèles de masques en tissu, les ventes de masques à usage unique ont aussi explosé. On peut voir fréquemment ces masques dans les poubelles, mais aussi dans la rue et sur les trottoirs. Deux Français ont d’ailleurs voulu illustrer le phénomène à leur façon. Ils sont partis à pied de Marseille, le 1er octobre, pour rejoindre Paris, 880 kilomètres plus loin. Pendant leur voyage, ils ont ramassé 6300 masques bleus jetables.

Qui dit livraison, dit colis

PHOTO SEM VAN DER WAL, AGENCE FRANCE-PRESSE

Les boîtes et les paquets s'accumulent dans un entrepôt du service postal des Pays-Bas.

S’il y a un secteur de l’économie qui a pu profiter de la pandémie, ce sont les géants des achats en ligne tels Amazon. Les ventes sont à la hausse, et la multinationale prévoit même des ventes records pour le dernier trimestre de 2020. Mais qui dit ventes, dit livraison. Et les livraisons se transforment en colis… et en boîtes et emballages en tous genres. C’est ce qu’on appelle dans le milieu l’« effet Amazon ». La Ville de Winnipeg en sait quelque chose : aux prises avec une hausse substantielle de déchets liés aux livraisons d’Amazon, elle a déploré une augmentation des matières déposées tant dans le bac à recyclage que dans les poubelles. Le même phénomène s’est produit un peu partout dans le monde. Malheureusement, si le recyclage du carton est l’un des plus efficaces, ce n’est pas le plus rentable. Une hausse significative des volumes à recycler pourrait éventuellement avoir un impact négatif sur des prix de vente déjà à la baisse.

Le réutilisable inquiète

En juin dernier, une centaine de scientifiques et médecins de 18 pays ont publié une lettre ouverte pour rassurer le public sur l’usage de divers contenants réutilisables en pleine pandémie. La COVID-19 inquiétait les consommateurs à un point tel que plusieurs commerces ont commencé à interdire l’utilisation de divers contenants et sacs réutilisables. Dans leur lettre, les experts indiquaient que les plastiques à usage unique n’étaient pas plus sécuritaires que ceux réutilisables face au coronavirus. « La pandémie mondiale de COVID-19 a déclenché un débat sur la manière de garantir la sécurité des systèmes [axés sur le réutilisable et la consigne] en cas de crise de santé publique. Sur la base des meilleures données scientifiques disponibles et des conseils de professionnels de la santé publique, il est clair que l’usage du réutilisable peut se faire en toute sécurité en respectant les règles d’hygiène de base. »

Les déchets électroniques aussi en hausse

PHOTO SANJIT DAS, BLOOMBERG

La pandémie a aussi accentué la problématique des déchets électroniques.

La problématique des déchets électroniques n’est pas apparue avec la pandémie, mais celle-ci a multiplié ses effets. Une étude finlandaise rendue publique en novembre dernier a permis de mieux mesurer les conséquences de la crise sanitaire mondiale. Pas moins de 97 % des entreprises sondées indiquaient avoir dû faire l’achat de nouveaux ordinateurs portables. Jusqu’à 77 % signalaient aussi s’être procuré de nouveaux équipements électroniques pour le travail à partir de la maison. De nouveaux achats qui conduisent généralement à assombrir le bilan des déchets électroniques, conclut la firme Blancco.