Les populations de caribous continuent de s’amenuiser au Québec, révèlent les plus récents inventaires gouvernementaux, alors que les organisations écologistes exhortent le gouvernement à prendre des mesures « plus ambitieuses » pour sauver l’espèce.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

« L’analyse des résultats confirme la poursuite du déclin des populations de Charlevoix et de la Gaspésie [et démontre] que les caribous des secteurs de Manicouagan et de la Moyenne-Côte-Nord, ainsi que de Pipmuacan, semblent moins nombreux », écrit le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) dans un communiqué publié mardi.

La précarité de population de caribous de Val-d’Or, qui ne compte plus que six individus depuis la mort d’une bête en juillet dernier, « demeure un enjeu important », ajoute le document.

Ces nouvelles données n’étonnent pas Henri Jabob, président de l’organisation Action boréale, vouée à la préservation des forêts boréales du Québec.

« Ce que ça nous dit, c’est que les populations sont en déclin et le Ministère refuse de reconnaître les caribous comme espèce menacée, s’indigne-t-il. La raison est simple : si tu l’inscris, là, tu as une obligation légale d’essayer de renverser la situation. »

Le déclin du caribou est de très mauvais augure, puisqu’il révèle l’état de santé inquiétant des écosystèmes dans lesquels il vit, souligne Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec.

Le caribou, c’est un peu comme le canari dans la mine ; c’est un baromètre qui nous donne une indication de la santé des écosystèmes, donc nos écosystèmes ne vont pas bien.

Alice-Anne Simard, Nature Québec

Le caribou est un « maillon important » des écosystèmes où il vit et sa disparition pourrait avoir d’« importantes répercussions » sur la forêt boréale, poursuit Mme Simard, qui évoque aussi son aspect emblématique pour le Québec et son importance culturelle pour les peuples autochtones.

Mesures de protection

À la lumière de ces résultats, Québec prolongera diverses mesures de protection, comme le moratoire sur les coupes forestières dans l’habitat des caribous de Val-d’Or, jusqu’à l’adoption de sa stratégie pour les caribous.

Le MFFP prévoit dévoiler au printemps ce document attendu depuis deux ans, et mener ensuite des consultations avant son adoption, ce qui impatiente Henri Jacob.

Pendant ce temps, les caribous « sont en train de décliner sans arrêt, alors qu’il y a en réalité déjà des solutions », s’exaspère-t-il.

On pourrait par exemple « emprunter » quelques spécimens dans des hardes plus nombreuses et les mettre « en pension » avec la population en déclin dans un enclos de reproduction, illustre-t-il.

« C’est déjà appliqué en Colombie-Britannique, ce n’est pas une invention des groupes environnementaux », plaide-t-il.

Mais il faut d’abord arrêter l’exploitation forestière dans l’habitat du caribou, insistent Henri Jacob et Alice-Anne Simard.

Les enclos ou l’abattage des prédateurs sont des « mesures intéressantes », mais qui demeurent palliatives, affirme Mme Simard.

C’est maintenir artificiellement la population, mais ça ne s’attaque pas aux causes du problème. Ce qu’il faut faire, c’est diminuer la pression anthropique, les coupes forestières et créer des aires protégées.

Alice-Anne Simard, Nature Québec

« Potentiel de croissance » au Nord

Mince consolation : les populations de caribous situées au Nord affichent un « potentiel de croissance », démontrent les inventaires réalisés dans les secteurs de la Baie-James, Rupert et La Grande et dans le Nord-du-Québec, affirme le MFFP.

Cette affirmation repose sur le nombre élevé de petits qui ont été observés dans ces secteurs, a expliqué à La Presse Sébastien Lefort, biologiste sur la grande faune nordique au MFFP.

Le taux de 29 faons pour 100 femelles considéré nécessaire par Environnement et Changement climatique Canada pour qu’une population de caribou puisse être « stable et autosuffisante » y est surpassé, explique-t-il, évoquant 38 faons pour 100 femelles dans le secteur du Nord-du-Québec.

Il faut toutefois que ce taux, qui fluctue d’une année à l’autre, se maintienne dans le temps, précise-t-il, rappelant qu’il s’agissait du premier inventaire dans ce secteur.

D’autres facteurs sont aussi requis pour assurer la stabilité d’une population, comme un taux de survie des femelles adultes d’au moins 85 % et un taux de perturbation de l’habitat qui ne dépasse pas 35 %.

Six secteurs précis ont été survolés à l’automne 2019 et à l’hiver 2020 par des biologistes et des techniciens de la faune du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) pour dresser ces inventaires.

D’autres inventaires seront réalisés durant l’hiver qui vient, ce qui permettra de compléter le portrait de l’état du caribou au Québec.