Il vous arrive de laisser des ordures derrière vous dans un parc national où vous avez séjourné ? En Thaïlande, vous pourriez avoir la surprise de les recevoir par la poste avec la note suivante : « Vous avez oublié quelque chose » !

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Le ministre des Ressources naturelles et de l’Environnement thaïlandais, Varawut Silpa-archa, a publié récemment, sur sa page Facebook, une photo d’une boîte de déchets laissée dans un parc national prête à être expédiée à ses propriétaires d’origine, qui ont été retracés grâce à la fiche de renseignements remplie à leur arrivée.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE VARAWUT SILPA-ARCH

Boîte de déchets laissée dans un parc national prête à être expédiée à ses propriétaires d’origine par le ministre des Ressources naturelles et de l’Environnement thaïlandais, Varawut Silpa-archa

Il a ajouté que les visiteurs qui laissent des déchets dans les campings des parcs nationaux, endommagent les lieux, se saoulent en public ou font du bruit après 22 h vont se retrouver sur une liste noire.

En plus, ils risquent des amendes vraiment salées : elles peuvent aller jusqu’à 500 000 bahts (21 500 $). La loi sur les parcs nationaux thaïlandais prévoit même une peine de prison d’un maximum de cinq ans pour les fautifs… Pour donner un ordre de grandeur, le salaire minimum en Thaïlande est de 9930 bahts par mois. L’amende maximale équivaut ainsi à quatre ans de salaire.

Il n’y a rien de tel ici. Ni les amendes ni le renvoi des déchets par la poste. L’idée peut sembler écolo à première vue, mais elle a aussi son coût environnemental, soit les risques sanitaires de l’expédition de déchets et les émissions de gaz à effet de serre (GES) engendrées par le transport de colis.

La méthode douce

Interrogée sur cette initiative thaïlandaise, la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) a répondu qu’elle préférait la méthode douce.

« C’est clair que c’est une mesure originale, qui frappe l’imaginaire, dit le porte-parole de la SEPAQ, Simon Boivin. Mais de notre côté, on va continuer à s’en tenir à nos mesures de sensibilisation. »

Ces mesures comprennent notamment la présence d’employés sur le terrain, l’affichage dans les parcs et sur le site de la SEPAQ, ainsi que dans les guides du visiteur, dans lesquels on rappelle l’importance de la propreté, particulièrement dans un parc national.

La très grande majorité des visiteurs est respectueuse du milieu naturel qu’elle fréquente et soucieuse de le préserver, souligne M. Boivin. La propreté n’est pas un problème majeur en temps normal. Mais elle peut le devenir en période de COVID-19.

L’été dernier, un nombre accru de visiteurs se sont rendu dans les parcs nationaux de la SEPAQ. Et la propreté laissait parfois à désirer.

« Il y avait là-dedans une nouvelle clientèle et on s’est rendu compte que des gens n’étaient pas nécessairement familiers avec les parcs nationaux et les territoires protégés, explique Simon Boivin. On avait un effort supplémentaire à faire de sensibilisation. »

La SEPAQ ne risque pas de vous renvoyer vos déchets par la poste si vous oubliez de les ramasser, mais vous pourriez devoir payer le nettoyage. Il est arrivé que des factures soient envoyées à des campeurs qui avaient laissé leur site dans un état requérant un nettoyage particulier, hors de la normale.

Parcs Canada insiste aussi sur l’importance de ne pas laisser de traces dans les parcs nationaux qu’elle gère. L’agence a « accru le nettoyage des espaces communs et le ramassage des déchets dans tous ses sites », a fait savoir la porte-parole Rola Salem.

Un crédit ?

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, préconise la mise en place de mesures incitatives pour sensibiliser les gens.

Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, croit que l’important serait de mettre à la disposition des gens qui vont dans les parcs nationaux des installations pour les matières résiduelles.

« C’est ce qui manque un peu dans les parcs, au Québec et en général », affirme-t-il.

« On l’a vu au début de l’été, en Gaspésie, avec les gens qui sont allés faire du camping, tout le monde est pour l’environnement, mais on n’est pas très soucieux sur le plan individuel, poursuit-il. Tant que ça ne dérange pas nos petites habitudes et que quelqu’un passe derrière nous pour ramasser, on va continuer à jeter des choses par la fenêtre de l’auto. On a un petit peu cette mentalité-là, surtout quand on est en groupe. Plus on est nombreux, plus on est stupides. »

M. Ménard préconise la mise en place de mesures incitatives : la carotte plutôt que le bâton.

« Donner l’occasion de bien faire les choses avec des équipements adéquats et de la sensibilisation. Pourquoi ne pas leur donner des sacs à la guérite et si on se rend compte qu’ils ont bien nettoyé leur place, leur donner un crédit pour la prochaine fois ? », lance-t-il.

Bac à compost

Patrick Faubert, professeur en sciences fondamentales à l’Université du Québec à Chicoutimi, rappelle pour sa part que « la forêt n’est pas un bac à compost ».

Pour l’environnement, on peut penser qu’un déchet organique est inoffensif, un cœur de pomme, des pelures de banane ou des restants de table. Mais il y a certains résidus organiques qui peuvent peut-être créer un certain déséquilibre pour l’écosystème.

Patrick Faubert

« Ça pourrait favoriser, entre autres, l’apparition de plantes envahissantes à certains endroits. Même quand c’est organique, c’est mieux de ramener ses déchets », ajoute-t-il.

Il précise que le plastique jeté en forêt pourrait se retrouver dans l’océan, en passant d’un ruisseau à une rivière et d’une rivière au fleuve. Des ordures qui contiennent des métaux ou des piles peuvent aussi contaminer les sols ou mettre en danger les animaux.

En attendant, l’occasion est bonne pour rappeler que l’accès aux territoires de la SEPAQ et de Parcs Canada est autorisé durant cette deuxième vague de la pandémie, dans le respect des consignes sanitaires. Et que même si Québec a autorisé les rencontres familiales pendant quatre jours autour de Noël, la visite des parcs et les activités de plein air sont certainement des façons de célébrer les Fêtes qui comportent moins de risques que les copieux repas en milieu fermé.