Le ministère de l’Environnement a annoncé mardi qu’il révoque le permis d’un centre de recyclage de matériaux de construction qui fonctionnait illégalement depuis des années à Kanesatake et s’était transformé en énorme dépotoir à ciel ouvert.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

L’entreprise G & R Recyclage est installée sur une petite bande de terre mohawk au milieu d’une zone agricole d’Oka. En 2018, La Presse avait fait état des nombreuses plaintes de résidents qui déploraient la circulation incessante de camions et l’accumulation constante de montagnes de détritus. Plusieurs craignaient de parler à visage découvert par peur des représailles.

Officiellement, l’entreprise devait agir comme centre de tri et de recyclage, mais plusieurs inspections du ministère au fil des ans ont révélé que les déchets de construction ne faisaient que s’y accumuler, sans être traitées adéquatement. La superficie occupée par les déchets dépassait largement ce qui était autorisé par le ministère. Le ministère a imposé des sanctions à plusieurs reprises, et une ordonnance a été émise parce que des eaux contaminées s’écoulaient dans l’environnement.

La révocation du permis de l’entreprise signifie qu’elle n’a plus le droit d’accueillir le moindre chargement. L’endroit a été longtemps très populaire dans l’industrie parce qu’il offrait des tarifs abordables et qu’il acceptait des résidus fins pour lesquels il existe peu de débouchés.

Déménagés pour calmer la tension

G & R Recyclage appartient aux frères Robert et Gary Gabriel, deux anciens membres du groupe armé des Warriors pendant la crise de 1990, qui ont accumulé depuis les condamnations criminelles.

Il y a quelques années, leur entreprise était située sur le rang du Milieu, au cœur de la communauté de Kanesatake. L’affluence de poids lourds y créait des frictions avec les résidents, qui se sont plaints au conseil.

« Des actes de violence se sont ensuite produits. Certains délateurs se sont fait attaquer. C’est à ce moment que je lui ai offert une parcelle de terrain de l’autre côté de la montagne. La paix est alors revenue dans la région », avait expliqué le grand chef Serge Simon, du conseil de Kanesatake, au journal local La Voix des Mille-Îles, en 2018.

Dans la mire de la police

En 2005, Robert et Gary Gabriel ont été reconnus coupables de séquestration et de participation à une émeute, après l’incendie de la maison du grand chef de l’époque et le siège du poste de police, qui s’était conclu par l’expulsion des policiers des Premières Nations chargés d’intervenir à Kanesatake.

En 2009, Gary Gabriel a été arrêté de nouveau par une escouade mixte de policiers de la Gendarmerie royale du Canada, de la Sûreté du Québec et de corps de police des Premières Nations. Des plantations de cannabis, un camion militaire, plusieurs armes et des chargeurs d’AK-47 avaient été saisis.

Sur les ondes de Radio-Canada, Gordon McGregor, directeur de l’Association des chefs policiers des Premières Nations, avait alors dénoncé « ceux qui se déguisent en protecteurs des droits ancestraux pour mener leurs activités criminelles ».

PHOTO YVES TREMBLAY, LES YEUX DU CIEL

La superficie des installations dépassait largement ce qui avait été autorisé par le certificat d’accréditation.