Une ville de Finlande a eu une idée originale pour réduire les émissions de CO: récompenser les gens qui se déplacent à pied, à vélo ou en transports en commun.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Comment ? Le projet repose sur une application mobile gratuite, baptisée CitiCAP, qui permet de suivre le moyen de transport utilisé lors des déplacements. Si l’application détecte que l’utilisateur a remplacé l’auto par le vélo ou la marche, elle lui accorde de la monnaie virtuelle qui peut être utilisée pour acheter des billets de bus ou des bons d’achat.

Les utilisateurs peuvent aussi suivre en temps réel leurs émissions de carbone et voir leur évolution au fur et à mesure qu’ils changent leurs habitudes.

PHOTO ALESSANDRO RAMPAZZO, AGENCE FRANCE-PRESSE

Aperçu de l’application CitiCAP

Ce projet, financé par l’Union européenne, se déroule à Lahti, une ville finlandaise de 120 000 habitants, à peine plus petite que Trois-Rivières. Le but, en plus de réduire les émissions de carbone induites par les déplacements, est de collecter des données sur la mobilité dans les villes et d’encourager des comportements plus écologiques.

« Nous avons pour objectif de trouver les manières les plus stimulantes d’inciter les gens à marcher, à utiliser leur vélo et à emprunter les transports publics, explique Jyrki Myllyvirta, maire de Lahti, dans un communiqué. Dans le cadre de CitiCAP, nous développerons de toutes nouvelles mesures incitatives publiques, l’échange des droits d’émission du carbone (PCT), qui pourraient révolutionner la participation des citoyens pour atténuer les changements climatiques. »

Devrions-nous adopter ce projet à Montréal ? « Intéressant, mais pas planifié chez nous », répond Geneviève Jutras, attachée de presse principale au cabinet de la mairesse Valérie Plante.

La professeure Audrey Smargiassi, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, trouve aussi que c’est intéressant, « mais probablement très insuffisant de viser uniquement les comportements avec de tels incitatifs, pour réduire les émissions de CO2 ».

Il y a bien plus que les émissions de CO2 des véhicules qui devraient être visées ; les véhicules routiers sont associés à de nombreux impacts sanitaires qui dépassent les émissions polluantes, ce qui inclut notamment les traumas routiers.

Audrey Smargiassi, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

« Pour induire des bénéfices importants, ajoute-t-elle, il faudrait modifier les aménagements et les services qui sont offerts aux citoyens, incluant des services de transports en commun efficaces et des services de proximité dans les milieux de vie. »

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Plusieurs intervenants soulignent l’importance des aménagements urbains pour favoriser les déplacements plus écologiques comme le vélo.

L’urbaniste Louis-Benoit L’Italien-Bruneau, qui a signé récemment le texte « Montréal ne sera jamais une ville de chars » dans notre section Débats, est plus enthousiaste.

« C’est une approche qui détonne, positivement, des méthodes d’intervention traditionnelles sur le territoire, dit-il. Ça s’inscrit dans un courant urbanistique nouveau, c’est mesurable et ça répond à un besoin, qui est celui de récompenser les bons comportements. En plus de laisser aux individus la possibilité et la responsabilité de chercher et surtout de participer à la solution. »

> Relisez le texte de M. L’Italien-Bruneau

De son côté, Suzanne Lareau, à la tête de Vélo Québec pour encore quelques mois (elle a annoncé qu’elle quitterait ses fonctions à la fin de l’année), trouve l’idée « sympathique », mais estime qu’il y a d’autres projets plus prometteurs pour atteindre les mêmes objectifs. Un exemple ? L’allocation kilométrique en France, répond-elle.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Suzanne Lareau, à la tête de Vélo Québec, estime que d’autres projets sont plus prometteurs.

Des employeurs offrent une allocation à leurs employés qui viennent travailler à vélo plutôt qu’en auto. Une pratique qui existe aussi ici dans quelques entreprises, dont Vélo Québec.

« C’est une petite allocation qui est symbolique, explique Mme Lareau. Cette année, elle est montée à 15 $ par mois. Mais les employés qui se déplacent à pied, à vélo et en transport collectif, on leur donne 15 $ par mois et on donne le montant une fois l’année complétée. Ça fait 15 ans qu’on a fait ça. C’est des petits incitatifs, mais quand tu te retrouves avec 180 $ à la fin de l’année, ça paye ta mise au point annuelle ou deux mois de ta carte Opus. Ça fait partie des moyens qu’on suggère aux entreprises. »

Mais la première raison qui fait que les gens ne se déplacent pas en vélo en ville pour aller travailler, c’est qu’ils ne se sentent pas en sécurité, ajoute Suzanne Lareau.

« Et pour ça, ça prend des aménagements qui vont faire que les cyclistes vont se sentir en sécurité. Quand tu fais des aménagements, les cyclistes arrivent. »