Le temps de glace extérieur des hockeyeurs et autres patineurs amateurs n’a cessé de diminuer au cours des dernières décennies dans les villes accueillant les six équipes originales de la Ligue nationale de hockey. Et la tendance n’est pas près de s’inverser, conclut une étude réalisée par des chercheurs de l’Université Wilfrid Laurier, en Ontario.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Saisons écourtées

Le nombre de jours propices au patinage extérieur suit une tendance à la baisse depuis l’hiver 1942-1943 dans les villes accueillant les six équipes originales de la Ligue nationale de hockey (LNH), soit Montréal, Toronto, Chicago, Detroit, Boston et New York. « Ce sont des villes où il y a beaucoup de patinoires extérieures », note Robert McLeman, l’un des auteurs de l’étude et professeur au département de géographie et d’études environnementales de l’Université Wilfrid Laurier, à Waterloo, en Ontario, au cours d’un entretien avec La Presse. C’était donc une façon pour les chercheurs – qui soulignent que plusieurs études ont déjà démontré que les hivers s’adoucissent et raccourcissent au Canada – d’illustrer concrètement l’impact des changements climatiques dans le quotidien de la population. « C’est une activité plus populaire que le ski ou la motoneige, tout le monde le fait et depuis longtemps, [ce qui permet] une conversation entre les générations », illustre Robert McLeman.

Pire à Toronto

Durant l’hiver 1942-1943, il y a eu 69 jours propices au patinage extérieur à Montréal, estime l’étude ; ce nombre a chuté à 51 en 2018-2019. Mais c’est à Toronto que la diminution est la plus significative : les jours propices au patinage extérieur sont passés de 56 à 18 durant la même période. Et « ce changement n’était pas graduel, ça s’est passé dans les années 80 », relève Robert McLeman. « Il y a vraiment quelque chose qui s’est passé pendant cette décennie-là », dit-il, ajoutant que l’étude ne s’était pas penchée sur les causes précises de cette diminution. Mais puisque les hivers torontois, tempérés par le lac Ontario, sont moins rigoureux que ceux de Montréal, une hausse des températures n’y a pas les mêmes conséquences, explique-t-il. À l’opposé, c’est à Chicago, la ville ayant « le climat le plus continental » des six, que le nombre de jours de patinage a le moins diminué. Ce constat n’est cependant pas « statistiquement significatif », note l’étude.

Hiver retardataire

L’étude relève par ailleurs que la saison de patinage extérieur commence de plus en plus tard dans l’année. Ce phénomène est particulièrement significatif à Montréal, où l’on pouvait commencer à patiner à la fin de novembre dans les années 1940. Le début de saison a ensuite glissé vers le début de décembre. Et depuis 1995, le nombre d’années où il n’a été possible de patiner qu’à partir de la fin de décembre a augmenté significativement dans la métropole, précise l’étude. « C’est préoccupant, affirme Robert McLeman, si on a des enfants, on voudrait avoir la patinoire pour les vacances de Noël. » Il souligne que le Québec a la particularité d’avoir beaucoup de patinoires extérieures en ville, alors qu’ailleurs en Amérique du Nord, il s’agit plutôt d’un « phénomène des banlieues ». Montréal est, selon lui, « la Mecque des patinoires extérieures ».

Le point de congélation ne suffit pas

L’étude de l’Université Wilfrid Laurier constate par ailleurs qu’il ne suffit pas d’avoir une température sous le point de congélation pour pouvoir patiner à l’extérieur. En tenant compte d’autres facteurs, comme les précipitations, l’exposition au soleil et la présence d’îlots de chaleur, les chercheurs en sont arrivés à la conclusion qu’une température inférieure à - 5,5 degrés Celsius est le seuil qui détermine généralement s’il s’agit d’une journée optimale pour patiner à l’extérieur. « Donc, on pourrait avoir des hivers avec de la neige, de la pluie verglaçante, mais sans pouvoir patiner, résume Robert McLeman. On aura les mauvais aspects de l’hiver, mais on va perdre les activités que nous aimons faire, comme le patinage, la motoneige, la pêche sur glace. » D’ailleurs, l’étude prévient que les jours de patinage vont continuer de diminuer avec les changements climatiques. À la fin du siècle, « la saison à Montréal va être de 25 à 30 % plus courte que maintenant », avertit Robert McLeman.

Méthodologie

L’étude se base sur les données recueillies depuis 2013 par RinkWatch, un projet scientifique citoyen de l’Université Wilfrid Laurier qui compile l’état de la glace de quelque 1500 patinoires extérieures du Canada et du nord des États-Unis. Ces données ont permis d’estimer rétrospectivement jusqu’en 1942-1943 les conditions de glace à partir des données météorologiques historiques. Le choix de cette année n’est pas un hasard : c’était la première saison de la LNH avec les « six équipes originales », rappelle l’étude, qui ajoute que c’est aussi durant cette période, avec l’expansion des banlieues après la Seconde Guerre mondiale, que le phénomène des « patinoires de cour arrière » a émergé.