Le lancement d’une campagne du groupe de pression Vigilance OGM sur la présence du pesticide glyphosate dans l’urine d’une quarantaine de volontaires a suscité de nombreuses réactions, mercredi. Le vulgarisateur scientifique Olivier Bernard, alias le Pharmachien, estime que le public est « pris en otage » par cet exercice, qui prend les allures d’une étude scientifique.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

« C’est fâchant, parce qu’on a au Québec des scientifiques qui font des recherches de calibre international sur les pesticides, mais on n’en parle presque jamais. Puis quand un groupe de lobbying fait un ‟stunt” avec une analyse complètement non scientifique, là, on en parle », a-t-il indiqué dans une déclaration écrite qu’il nous a fait parvenir.

La Presse publiait mercredi un article au sujet d’une campagne menée par l’organisme Vigilance OGM dont le but était de démontrer « l’omniprésence des pesticides » dans l’environnement. Ainsi, l'urine de 40 personnes, comprenant des personnalités publiques, a été analysée. Résultat : 65 % des échantillons contenaient des traces de glyphosate, le pesticide le plus vendu au Québec et dans le monde.

« J’ai déjà moi-même fait tester les pesticides dans mon urine dans un épisode de ma série télé en 2019. Je l’ai fait pour montrer que ce genre d’exercice, c’est un ‟stunt” qui n’a pas de valeur scientifique ! Donc, quand c’est utilisé pour influencer le public, c’est inquiétant. »

En entrevue avec La Presse, le coordinateur de Vigilance OGM a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une étude scientifique.

« Vigilance OGM se défend en affirmant qu’ils n’ont jamais prétendu qu’il s’agissait d’une étude scientifique, mais pourtant, ils déploient des efforts pour que tout semble très scientifique : pourcentages, détail de la méthodologie, appareillage utilisé, etc. Pour la personne moyenne, ce sera perçu comme une analyse valide et crédible, alors que ce n’est pas le cas. Sur le site de Vigilance OGM, ils annoncent leur test par : ‟Sommes-nous tous contaminés au glyphosate ?” Puis à propos des résultats : ‟INQUIÉTANT ? Oui.” On joue ici sur l’anxiété des gens face aux pesticides. On prend le public en otage », a ajouté M. Bernard.

Le ministre et les agriculteurs réagissent

À Québec, le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, a aussi réagi brièvement lors d’une mêlée de presse dans les couloirs de l’Assemblée nationale. « Ça pointe toujours dans la direction, si on veut, d’une préoccupation que les citoyens ont pour la qualité des aliments qu’ils consomment. C’est une préoccupation aussi de moi-même et de notre gouvernement », a-t-il déclaré en rappelant la création de la commission parlementaire sur les pesticides l’an dernier.

Le glyphosate est un herbicide qui est surtout utilisé dans les grandes cultures comme le maïs-grain.

« Les productrices et producteurs de grains sont engagés depuis bien longtemps dans la réduction de leur utilisation des pesticides et continueront de travailler en ce sens. Nous demandons au gouvernement du Québec de mettre en œuvre la recommandation de la commission parlementaire sur les pesticides qui visait l’obtention de meilleures connaissances à propos de cet enjeu, notamment pour ceux qui y sont le plus exposés, tels que les producteurs agricoles », a déclaré Benoit Legault, directeur général des Producteurs de grains du Québec, un syndicat affilié à l’Union des producteurs agricoles (UPA).

« Honteux », dit Crop-Life

CropLife Canada, le lobby qui représente la vaste majorité des entreprises de pesticides, a pour sa part indiqué que le glyphosate est l’un des outils de suppression des mauvaises herbes « les plus sûrs et les plus efficaces jamais mis au point ».

« Il est important de se rappeler que le simple fait de pouvoir détecter une substance ne signifie pas qu’il y a lieu de s’inquiéter », a déclaré Pierre Petelle, président-directeur général de CropLife Canada.

« En cette période où la COVID-19 suscite tant de peur et d’incertitude, il est honteux qu’un groupe comme Vigilance OGM tente de susciter des craintes sur la salubrité de l’approvisionnement alimentaire des Québécois. Malgré ces temps incroyablement difficiles, les agriculteurs canadiens ont continué à produire des denrées alimentaires sûres et de grande qualité à l’intention des consommateurs, contribuant ainsi à éviter que cette crise sanitaire ne se transforme en crise de pénurie alimentaire », a-t-il affirmé.