La consigne comme moyen d’améliorer la quantité et la qualité du recyclage : c’est la stratégie retenue par le gouvernement Legault, qui en fera l’annonce prochainement, a confirmé La Presse cette semaine. Cette nouvelle « consigne élargie » visera notamment les bouteilles de vin de la Société des alcools du Québec (SAQ) et les bouteilles d’eau en plastique. Pourquoi ? Et comment ? Explications.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

Pourquoi consigner les bouteilles d’alcool qui ne le sont pas déjà, comme celles vendues à la SAQ ?

Une telle consigne est réclamée avec insistance depuis de nombreuses années. Les consommateurs québécois l’ont exprimé de multiples façons, y compris par des pétitions et dans des sondages. La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) souhaite voir le verre détourné de la collecte sélective et de celle des déchets. L’industrie de la refonte a besoin d’une matière première beaucoup plus pure que le verre issu des centres de tri. La Commission des transports et de l’environnement l’a recommandée en septembre dernier. Et le gouvernement Legault, qui a appuyé cette idée à plusieurs reprises, est déterminé à aller de l’avant.

En quoi cela améliorerait-il le taux de recyclage du verre ?

Le verre des bouteilles qui passent par la collecte sélective devient trop contaminé par d’autres matières pour pouvoir être envoyé directement à la refonte. Et pourtant, il y a un marché local pour le verre de qualité. L’usine montréalaise d’O-I Canada (filiale du groupe américain Owens-Illinois) a acheté pour 1,6 million de dollars de verre consigné en Ontario et au Nouveau-Brunswick l’an dernier. « Une somme que nous aurions volontiers investie au Québec s’il avait été possible de le faire », a souligné O-I Canada dans son mémoire déposé à la Commission des transports et de l’environnement. Et l’usine montréalaise, qui fabrique des bouteilles de spiritueux et des contenants pour l’industrie alimentaire, est prête à acheter beaucoup plus de verre issu de la consigne, indique son directeur général, François Carrier. Le verre post-consommation permet en effet à l’usine de réduire sa consommation de gaz naturel ainsi que les achats de crédits carbone requis pour compenser ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Ce débouché permettrait de recycler une plus grande partie du verre consommé au Québec et de réduire les quantités envoyées dans les centres d’enfouissement.

Pourquoi ne pas plutôt réutiliser les bouteilles de vin ?

Les brasseurs québécois l’ont démontré avec leurs bouteilles brunes : remplir une bouteille de verre consignée plusieurs fois, c’est tout à fait faisable. Des initiatives visant la réutilisation des bouteilles de vin commencent d’ailleurs à émerger dans certaines régions de France.

Pour la majorité des bouteilles vendues à la SAQ, qui proviennent de plus de 3000 producteurs différents, c’est difficilement envisageable. Mais pourquoi ne pas créer un tel système pour celles embouteillées au Québec, qui représentent 22 % des ventes en succursale et chez les détaillants en alimentation ? « Le modèle de contenants à remplissage multiple n’existe pratiquement nulle part au monde dans l’industrie du vin, à l’exception de quelques petits projets très restreints chez de petits producteurs locaux », fait remarquer la porte-parole de la SAQ, Linda Bouchard.

« Laver les bouteilles, c’est le plus vert du verre, mais c’est vrai que c’est un peu compliqué », reconnaît Jacques Dalpé, président des Bouteilles recyclées du Québec, une entreprise de Laval qui nettoie des bouteilles de microbrasseries québécoises et américaines aux fins de réemploi. Créer un tel système pour des bouteilles de vin poserait plusieurs défis, dit-il. Il faudrait choisir un nombre limité de modèles résistants au lavage, sans capsule sur le goulot, avec des étiquettes qui s’enlèvent facilement. Mais c’est faisable, croit Jacques Dalpé. « Si tu vends une bouteille lavée moins cher qu’une neuve, tu vas automatiquement avoir un marché. »

La SAQ a d’ailleurs montré qu’elle était capable de dicter une norme, en exigeant que les nouveaux vins courants vendus moins de 16 $ soient embouteillés dans du verre allégé. Ces contenants pèsent 90 g de moins que la moyenne des bouteilles de 750 ml traditionnelles.

Y a-t-il d’autres contenants visés ?

Les bouteilles d’eau en plastique et les autres bouteilles en verre qui ne sont pas déjà consignées sont aussi dans la ligne de mire. Plus de 1,5 milliard de bouteilles de plastique et 250 millions de bouteilles de verre non consignées sont consommées au Québec chaque année, et moins de 40 % sont recyclées, indiquent les chiffres de Recyc-Québec.

Pourquoi multiplier les consignes  ?

C’est une incitation à rapporter les contenants qui, espère Québec, les détournera de la collecte sélective et de la collecte des déchets. Le pourcentage de matière récupérée et, idéalement, recyclée serait ainsi augmenté. Et cela permettrait aux municipalités de réduire leurs frais de collecte de près de 1,5 million de dollars par an. Les bouteilles générées par la SAQ représentent, à elles seules, la moitié du verre déposé dans les bacs de recyclage, et presque 10 % du contenu du bac. Quant aux petites bouteilles de plastique, majoritairement consommées hors foyer, elles finissent souvent aux poubelles, donc à l’enfouissement.

Où pourra-t-on rapporter ces nouveaux contenants consignés ?

Un réseau de 400 points de dépôt couvrant toutes les régions du Québec est envisagé, soit un dépôt pour 20 000 habitants environ. Les écocentres et les 1500 détaillants déjà équipés de gobeuses pourraient s’ajouter à ce réseau, indiquent les documents préparés pour le ministère de l’Environnement.

Comment sera financé ce système  ?

Outre le montant des consignes non réclamées et les revenus de la vente des matières récupérées, des frais de recyclage seraient inclus dans le prix des produits. En Colombie-Britannique, plus de la moitié du budget du système provient de ces frais de recyclage, qui varient de 3 à 6 cents par contenant. Et bien que ces frais non remboursables soient facturés au consommateur, Québec considère qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle taxe, car le système sera géré par le secteur privé.

Quand ce nouveau système sera-t-il implanté  ?

Québec prévoit annoncer les détails de son projet l’an prochain et terminer la mise en application en 2023, soit après les prochaines élections.

— Avec la collaboration de Denis Lessard, La Presse