Rectificatif
Ce texte contient certaines informations incomplètes ainsi que des inexactitudes importantes. Le texte se fondait sur le témoignage de deux biologistes, Mme Andrée Gendron et M. Alain Branchaud, pour affirmer qu’un rapport d’étude biologique présenté par le promoteur au ministère de l’Environnement en relation avec un projet de développement domiciliaire sur le terrain d’une ancienne carrière à La Prairie préparé par M. Jonathan Roy et la firme LCL Environnement contenait plusieurs omissions importantes et était truffé d’erreurs.

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

Il aurait fallu préciser que les deux biologistes en question étaient les cofondateurs du regroupement « Projet Carrière Vivante » qui milite contre ce projet de développement. Le témoignage de ceux-ci qui laisse entendre que le rapport en est un de complaisance et que les auteurs du rapport auraient fait preuve d’aveuglement volontaire aurait donc dû être remis dans son contexte. La version des faits des rédacteurs du rapport aurait également dû être sollicitée et reflétée dans le texte.

Le texte indiquait également que le rapport affirmait qu’il n’y avait pas de milieux humides, pas de plantes et aucun poisson sur le site. Or, il s’avère que le rapport faisait mention de trois milieux humides et de la présence de plantes de milieux humides. Puisque selon les balises du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les Changements climatiques (« MELCC ») le plan d’eau, situé au fond de la carrière, devrait être considéré comme un bassin artificiel, l’inventaire des poissons ne faisait pas partie du mandat puisque la possibilité d’y recenser une espèce de poissons à statut précaire était nulle. D’ailleurs, le plan d’eau était complètement sec en octobre 2016.

Il aurait également fallu indiquer que bien qu’aucun n’inventaire de rainette faux-grillon n’avait été réalisé lors de l’étude biologique, le rapport faisait mention, sur la base des données du Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec, de la présence de la rainette faux-grillon, une espèce en péril, à proximité du site. Il formulait même la recommandation d’effectuer un inventaire de cette espèce dans les milieux humides d’une partie du terrain sur laquelle le promoteur n’a pas, pour le moment, l’intention d’effectuer des travaux.

Selon LCL Environnement et M. Roy, le rapport a été soumis au MELCC et l’analyste au dossier n’a fait mention d’aucune omission, manquement, complaisance ou erreur dans la délimitation des milieux humides ou dans toute autre analyse.

Nos excuses.

Version originale du texte :

Le promoteur Luc Poirier sera entendu lundi en Cour supérieure pour faire prévaloir son droit à remplir le site d’une ancienne carrière à La Prairie. Or, le rapport d’étude biologique qu’il a présenté au ministère de l’Environnement contiendrait plusieurs omissions, dont certaines sont déjà bien documentées par divers ministères et organismes.

Le rapport affirme notamment qu’il n’y a pas de milieux humides, pas de plantes aquatiques et aucun poisson sur le site. Il omet également de signaler la présence d’une espèce en péril, la rainette faux-grillon. Deux biologistes consultés par La Presse sont catégoriques : ce document est truffé d’erreurs.

Rappelons que Luc Poirier a acquis le terrain de l’ancienne briqueterie de La Prairie au printemps 2019. Il souhaite remplir la carrière pour y réaliser un projet domiciliaire. Le promoteur a déposé une demande de certificat d’autorisation au ministère de l’Environnement le 18 juillet dernier.

Il a fourni à cet effet un rapport d’étude biologique préparé par le biologiste Jonathan Roy et la firme LCL Environnement. La Presse a pu consulter le rapport obtenu par la biologiste Andrée Gendron en vertu d’une demande d’accès à l’information.

PHOTO FOURNIE PAR ANDRÉE GENDRON

L’affiche installée par le ministère de la Faune pour indiquer la présence de la rainette faux-grillon à l’entrée du site de la carrière.

Le document affirme qu’il n’y a pas de poissons sur le site. Pourtant, le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs a cartographié la carrière et signale que le plan d’eau, qui peut faire jusqu’à 25 hectares, est un habitat potentiel du poisson.

Ce plan d’eau est censé être remblayé par le promoteur.

La biologiste Andrée Gendron, dont la spécialité est la faune aquatique, a elle-même capturé du poisson dans ce lac l’été dernier. Elle a recensé au moins trois espèces, le crapet-soleil, le fondule barré et le méné tête de boule à différents stades de vie, « ce qui suggère que le plan d’eau supporte des espèces qui s’y reproduisent ». Elle signale aussi la présence « fréquente » sur les rives d’oiseaux aquatiques comme le héron, l’aigrette, le balbuzard pêcheur et la sterne pierregarin, des espèces qui se nourrissent essentiellement de petits poissons.

PHOTO FOURNIE PAR ANDRÉE GENDRON

Une photo géoréférencée prise l’été dernier par la biolologiste Andrée Gendron, qui montre le milieu humide dont elle fait mention.

Dans un tel cas, le promoteur serait tenu de faire une demande d’autorisation en vertu de la Loi sur les pêches pour détruire un habitat du poisson.

« Aveuglement volontaire »

« Je pense qu’on peut parler ici d’aveuglement volontaire, affirme Andrée Gendron. Ça ressemble à un inventaire qui dit au promoteur ce qu’il veut entendre. »

Mme Gendron conteste aussi l’affirmation voulant qu’il n’y ait pas de milieux humides sur le site. Son conjoint et elle ont identifié des plantes de milieux humides (bident penché, plantain d’eau, quenouille). Ils ont aussi recensé des amphibiens (grenouilles vertes et léopards) ainsi que des têtards de crapaud.

PHOTO FOURNIE PAR ANDRÉE GENDRON

Une photo (géoréférencée) d’un grand héron sur les bords du plan d’eau situé dans l’ancienne carrière. Sa nourriture principale est constituée de petits poissons.

Encore là, dans un tel cas, le promoteur aurait l’obligation de demander une autorisation pour détruire un milieu humide. Or, sa demande du 18 juillet concerne seulement le remblayage de la carrière.

Les milieux humides auraient déjà été remblayés au cours des dernières semaines, signale la biologiste.

Le rapport ne fait pas mention non plus de la présence de la rainette faux-grillon, une espèce en péril. Le biologiste Jonathan Roy signale qu’on trouve sur le site des milieux propices à la reproduction des anoures (famille d’amphibiens) sans mentionner que c’est aussi un habitat reconnu pour la rainette depuis 2004, grâce à des inventaires réalisés par la biologiste Isabelle Picard. Le dernier inventaire (2015), que La Presse a consulté, est d’ailleurs facilement accessible sur le web. Finalement, une pancarte du ministère de la Faune indique aussi la présence de la rainette à l’entrée du site.

PHOTO FOURNIE PAR ANDRÉE GENDRON

Deux poissons capturés dans le plan d’eau. Le plus gros est un fondule barré et le plus petit un jeune méné tête de boule.

Toutes ces informations ont d’ailleurs été transmises par Mme Gendron au ministère de l’Environnement.

« La présence de plusieurs espèces aquatiques, dont des plantes, des oiseaux piscivores, des amphibiens et même des poissons, ne suffit pas pour les autorités gouvernementales, affirme le biologiste Alain Branchaud, conjoint de Mme Gendron. Si on exclut d’emblée la corruption, il reste l’incompétence ou l’aveuglement complice pour expliquer une telle aberration scientifique. »

Le promoteur affirme que la Loi sur la qualité de l’environnement et le Règlement sur les carrières et sablières ont préséance sur le règlement de contrôle intérimaire (RCI) adopté par la MRC de Roussillon. Celui-ci interdit les travaux dans la carrière pour permettre à la Ville de La Prairie de poursuivre sa réflexion quant à la vocation future du site.

Luc Poirier prétend que les lois provinciales l’autorisent à remblayer la carrière. Sa demande de contrôle judiciaire vise à lui rendre « inopposable » la réglementation municipale.

L’audience est prévue lundi à la Cour supérieure, au palais de justice de Longueuil.