La chroniqueuse de La Presse Marie-Claude Lortie et l’étoile de l’agriculture bio Jean-Martin Fortier unissent leurs plumes pour publier l’ouvrage L’avenir est dans le champ – Un projet de société en 12 fruits et légumes et les conseils du jardinier-maraîcher

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

Pour Marie-Claude Lortie et Jean-Martin Fortier, manger est un geste agricole. En faisant de bons choix, manger peut aussi devenir un geste… nationaliste.

Comme pour la protection du fait français, les Québécois devraient protéger leur agriculture. Car si notre langue et notre culture nous définissent comme peuple distinct, notre territoire nous définit tout autant, plaident-ils.

C’est par un vibrant manifeste pour une révolution agricole « moderne, saine et humaine » que les coauteurs commencent leur livre, qui a fait son entrée en librairie jeudi.

« Lorsque les gens ont décidé qu’ils voulaient protéger le français et en faire la promotion, la démarche, c’était : “Si on ne fait rien, on ne pourra plus parler français.”. C’est la même chose avec l’agriculture », explique Marie-Claude Lortie, journaliste à La Presse depuis 1988.

Si on ne fait rien et qu’on laisse la logique de production agroalimentaire de masse continuer, on va perdre ce que l’on a, parce que c’est un rouleau compresseur.

Marie-Claude Lortie

Mi-ouvrage de référence sur les grands enjeux agricoles – pensez pesticides, OGM, gaspillage alimentaire –, mi-guide de jardinage, le livre propose aux lecteurs d’entreprendre une réflexion sur leurs choix alimentaires à travers 12 fruits et légumes, 12 lentilles pour explorer certaines idées préconçues.

Est-il irréaliste de vouloir manger local alors que l’on vit dans un pays nordique ? Le biologique, est-ce vraiment hors de prix ?

« J’ai vraiment dressé toute la liste des questions et je les ai prises une par une pour les expliquer, défaire les mythes et proposer d’autres solutions », explique celle qui, au fil des années, s’est spécialisée dans les questions agroalimentaires. « Et c’est sûr que la solution ultime, c’est de faire pousser soi-même. C’est pour cela qu’est arrivé l’élément du jardinage. Non seulement ça permet d’avoir accès à des produits naturels, bios et locaux, mais c’est un trip. Ça faisait partie des éléments qu’on voulait encourager. »

Le potager, « prochaine frontière »

Les thèmes abordés dans le livre sont déclinés en 12 chapitres qui correspondent chacun à un mois de l’année. Chaque mois est représenté par un fruit ou un légume qui pousse au Québec. Exemples : le chapitre du mois de juin, qui porte sur la fraise, est un tremplin pour aborder le thème des pesticides ; pour le mois de juillet, le brocoli a été choisi afin de traiter du thème des engrais chimiques ; le chapitre de septembre, sur la tomate, s’attaque au prix des aliments ; et l’épinard, qui représente le mois de décembre, permet de découvrir l’agriculture hivernale.

Chaque chapitre se termine par les conseils de Jean-Martin Fortier, un fermier qui est devenu une célébrité internationale après avoir cofondé Les jardins de la grelinette. Dans cette microferme écologique, il a trouvé une manière de pratiquer une agriculture rentable sans l’aide de machinerie lourde ou de produits chimiques. Le guide qu’il a pondu dans la foulée de cette expérience, Le jardinier-maraîcher, est devenu une bible pour une génération de jeunes agriculteurs biologiques. Traduit en huit langues, il s’est vendu à 150 000 exemplaires dans le monde.

Il y a quelques années, Jean-Martin Fortier s’est joint à la Ferme des Quatre-Temps de l’homme d’affaires André Desmarais à Hemmingford, un projet agricole qui a pour but de montrer à quoi pourrait ressembler « la ferme de demain » et qui vise à former une relève agricole selon des principes d’agriculture durable. C’est d’ailleurs là que les auteurs nous ont donné rendez-vous pour parler du livre.

Dans L’avenir est dans le champ, Jean-Martin Fortier soutient qu’il est possible de nourrir une famille de quatre personnes avec un potager de 300 à 500 mètres carrés.

Il s’étonne quand on lui demande si ce défi est vraiment à la portée de tous. « Il n’y a aucun défi là-dedans, c’est une source de joie ! […] Ce n’est pas comme aller au gym. Ça, c’est un défi ! Il faut faire l’effort d’y aller et il faut que tu forces au début. Quand tu rentres dans le jardin, c’est agréable. »

Il rappelle que jardiner un potager, « c’est vieux comme le monde ». « On ne réinvente rien et il y a beaucoup de gens dans le passé qui ont trouvé beaucoup de plaisir à le faire. Aujourd’hui, santé mentale oblige, c’est peut-être une bonne idée de se dire : “D’accord, je vais l’essayer !” »

En ville, Jean-Martin Fortier rappelle l’existence de jardins communautaires. Quelques trucs sont aussi donnés pour réussir à faire pousser des aliments sur son balcon.

« Apprendre à faire pousser soi-même, je pense que c’est la prochaine frontière. Les gens ont des livres de recettes en quantité phénoménale. Il y a des gens qui vont pouvoir apprécier d’avoir l’autre étape », renchérit Marie-Claude Lortie.

« Retour vers le futur »

Si jardiner n’est pas possible, acheter ses produits d’agriculteurs québécois reste la meilleure des options, croient les auteurs.

Il y a quelque chose de beau là-dedans. J’encourage mon agriculture et des agriculteurs que je connais peut-être par leur nom, et je prends le temps de transformer les produits, de faire des réserves. Il y a quelque chose là-dedans qui n’est pas rétrograde.

Jean-Martin Fortier

Climat nordique oblige, un chapitre est aussi consacré à la conservation des aliments. On y parle de congélation, mais on y propose aussi de faire ses propres conserves et, pourquoi pas, de songer à aménager un coin chambre froide.

« On revient à nos grands-mères. À une consommation réfléchie. Des fois, il faut planifier et il faut s’organiser, il faut faire des substitutions et, s’il te prend une fringale de fraises en janvier, est-ce que c’est vraiment le moment ? », s’interroge Marie-Claude Lortie.

Potager, conserves, agriculture naturelle, savoir d’où viennent nos aliments… Nos ancêtres tenaient peut-être quelque chose ? « C’est totalement Back to the Future ! », s’exclame Marie-Claude Lortie. « L’idée de faire la promotion du potager, c’est que ça devienne quelque chose de courant dans la vie, que ça ne soit pas extraterrestre. Je pense que la tendance est déjà là, mais l’idée du livre, c’est de l’amener plus loin encore et d’aider les gens à comprendre que ce n’est pas compliqué. »

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS LA PRESSE

L’avenir est dans le champ, de Marie-Claude Lortie et Jean-Martin Fortier, Les éditions La Presse, 264 pages.