Pour la première fois en 10 ans, plus de la moitié des matières recyclables qui sortent des centres de tri du Québec ont trouvé preneur dans la province, l’an dernier. C’est entre autres ce que révèlent les plus récentes données de Recyc-Québec, que La Presse a obtenues. Faits saillants.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

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Les 26 centres de tri du Québec ont reçu 993 000 tonnes de matières résiduelles l’an dernier, révèlent des statistiques tirées du Bilan 2018 de Recyc-Québec, qui doit paraître au début de l’année prochaine.

Un million de tonnes

Les 26 centres de tri du Québec ont reçu 993 000 tonnes de matières résiduelles l’an dernier, révèlent des statistiques tirées du Bilan 2018 de Recyc-Québec, qui doit paraître au début de l’année prochaine. Il s’agit d’une très légère baisse de 0,3 % par rapport à 2015, année des précédentes données disponibles. Il ne faut toutefois pas en conclure que le volume de matières résiduelles a diminué ; l’organisme constate, par exemple, que les contenants de plastique ont remplacé ceux en verre pour de nombreux produits de consommation, ce qui a un impact significatif sur le poids du bac de recyclage. Tous les centres de tri ont partagé volontairement leurs données avec Recyc-Québec, mais l’organisme déplore ne pas avoir eu la même collaboration des courtiers, par qui transitent l’essentiel des matières destinées à l’exportation.

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« On veut s’assurer de traiter le plus possible les matières localement », affirme Sophie Langlois-Blouin.

Regain de l’industrie québécoise

Le bilan de Recyc-Québec démontre que l’industrie québécoise du recyclage reprend de la vigueur : 55 % des matières qui sortent des centres de tri à des « fins de recyclages et de valorisation » – ce qui exclut l’envoi aux sites d’enfouissement – ont été expédiées au Québec, contre 39 % en 2015. Depuis 10 ans, plus de la moitié des matières recyclables du Québec étaient exportées. Il faut remonter à 2008 pour trouver mieux : 63 % des matières recyclables avaient alors trouvé preneur dans la province. « On est contents, mais on veut augmenter encore davantage cette performance-là dans les prochaines années », a déclaré à La Presse Sophie Langlois-Blouin, vice-présidente à la performance des opérations chez Recyc-Québec. « On veut s’assurer de traiter le plus possible les matières localement. »

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Une proportion importante des matières recyclables n’est tout simplement jamais mise dans le bac de recyclage par les citoyens, tandis que le taux de rejet au centre de tri a atteint 11,4 % en 2018, contre 9,1 % en 2015.

La récupération stagne

Les données de 2018 confirment la « stagnation » du taux de récupération des matières recyclable, constate Recyc-Québec, qui calcule que seulement 52 % de ces matières sont acheminées « aux fins de recyclage ». Il s’agit même d’une diminution par rapport à 2015 ; le taux était alors de 54 %. Une proportion importante des matières recyclables n’est tout simplement jamais mise dans le bac de recyclage par les citoyens, tandis que le taux de rejet au centre de tri a atteint 11,4 % en 2018, contre 9,1 % en 2015. Ce sont donc 114 000 tonnes de matières résiduelles que les centres de tri ont envoyées à l’enfouissement. Si certaines matières n’auraient jamais dû se retrouver dans le bac de recyclage, Recyc-Québec affirme néanmoins que des matières recyclables ne trouvent plus preneur et que l’amélioration du tri a contribué à augmenter la quantité de rejets.

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La proportion de verre acheminé « aux fins de recyclage » a presque doublé, passant de 23 000 tonnes en 2015 à 45 000 tonnes en 2018.

Le verre toujours enfoui massivement

La crise du verre n’est pas encore résorbée, mais le pire semble passé. La proportion de verre acheminé « aux fins de recyclage » a presque doublé, passant de 23 000 tonnes en 2015 à 45 000 tonnes en 2018. C’est cependant encore loin des 78 000 tonnes de verre qui ont été envoyées à l’enfouissement en 2018, une diminution de seulement 9 % par rapport à 2015. « Il faut vraiment s’attaquer à cet élément-là, il faut trouver un débouché de recyclage pour ce verre-là », affirme Sophie Langlois-Blouin, qui voit dans ces données la preuve de la nécessité de revoir le système de collecte sélective et le système de consigne, comme le ministre de l’Environnement doit le faire cet automne. Elle attribue une part de l’amélioration du recyclage du verre à la modernisation récente de certains centres de tri.

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« Les centres de tri ne contrôlent pas ce qui rentre et font avec les matières qui sont mises en marché », dit Sophie Langlois-Blouin.

Matières à bannir

L’amélioration du recyclage passe surtout par la réduction à la source et l’interdiction des matières qui ont peu de valeur et pour lesquelles il y a peu de débouchés, estime Recyc-Québec. « Les centres de tri ne contrôlent pas ce qui rentre et font avec les matières qui sont mises en marché », dit Sophie Langlois-Blouin, donnant l’exemple des enveloppes matelassées, des verres de carton plastifié provenant de la restauration rapide ou encore des « sachets autoportants » qui se sont multipliés dans l’industrie alimentaire pour emballer yogourts, sauces et potages. Les citoyens peuvent avoir une influence sur la performance du système par leurs choix de consommation, dit-elle. « Au lieu d’acheter de la compote de pomme en sachet, on peut l’acheter en contenants de plastique [rigides] ou encore mieux en gros format », illustre-t-elle, soulignant l’importance de s’assurer que soient mises en marché des matières pour lesquelles il y a des débouchés.

75 % : Les ménages québécois ont fourni les trois quarts des matières résiduelles acheminées aux centres de tri, le reste provenant des institutions, commerces et industries (ICI) qui ne sont pas desservis par la collecte sélective.