(Montréal) Le plus récent rapport du Lancet Countdown sur la santé et les changements climatiques relève notamment qu’un nombre grandissant de pays — dont le Canada — voient la santé de leurs citoyens menacée et minée par les incendies de forêt qui se multiplient, entraînant sur leur passage asthme, maladies pulmonaires, graves brûlures et dépressions liées aux évacuations.

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

Ce rapport international, associé à la prestigieuse revue scientifique médicale britannique The Lancet, est publié annuellement.

En gros, cette mouture 2019 fait état des effets néfastes considérables qu’ont les changements climatiques sur la santé et expose les problèmes médicaux attribuables à la hausse des températures. Il est produit par 120 experts issus de 35 organisations, dont des établissements universitaires et des agences des Nations unies.

Un compte-rendu du Lancet Countdown 2019 a été produit à l’intention du Canada par une équipe d’experts dirigée par la Dre Courtney Howard, chercheure dans le domaine des incendies de forêt et spécialiste reconnue des effets des changements climatiques sur la santé.

Il rapporte cet inquiétant constat : parmi les quelque 440 000 Canadiens évacués en raison de incendies de forêt depuis les années 1980, plus de la moitié l’ont été au cours de la dernière décennie.

Ce chiffre est frappant, a dit en entrevue l’une des porte-parole pour le rapport, la docteure Claudel Pétrin-Desrosiers, aussi présidente du comité québécois de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME).

« Il y a une escalade de l’impact des incendies de forêt », dit-elle.

Le Canada n’est pas seul dans cette inconfortable situation : sur 196 pays, 152 ont connu une augmentation du nombre de personnes exposées aux incendies de forêt depuis la période de 2001 à 2004.

PHOTO CHICO RIBEIRO, AFP

Un incendie de forêt à Corumba, dans la région du Pantanal, au Brésil, le 29 octobre dernier.

En plus de constituer une menace pour la santé publique, ces expositions ont des répercussions majeures sur le plan économique et social, est-il noté.

Dans un scénario d’émissions moyennes de GES, une augmentation des incendies de forêt de 75 % est anticipée d’ici la fin du 21e siècle, ce qui nécessite des mesures d’adaptation rigoureuses, peut-on lire dans le rapport.

En plus des divers traumatismes physiques et psychologiques, la fumée provoquée par les incendies de forêt se déplace également sur de grandes distances, ce qui augmente le taux d’exacerbation de l’asthme et de la maladie pulmonaire obstructive chronique. « Le lien avec la mortalité, toutes causes confondues, est de plus en plus évident », est-il écrit.

Une autre conséquence est que des patients ont même dû être évacués puisque des hôpitaux se sont retrouvés encerclés par les flammes : on peut penser ici à Fort McMurray en Alberta en 2016 (103 patients évacués de toute urgence) et aux feux de l’intérieur de la Colombie-Britannique en 2017 (880 patients).

PHOTO DARRYL DYCK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Un incendie de forêt faisait rage près d’Ashcroft, en Colombie-Britannique, en juillet 2017.

« Déplacer des patients qui sont instables, qui sont intubés, qui sont sur des machines pour les aider à respirer, ce sont des déplacements qui sont compliqués. Et être forcés de le faire de façon urgente, ça peut occasionner des dommages pour leur santé », précise Dre Pétrin-Desrosiers.

Parmi les recommandations du rapport pour réduire les répercussions des incendies de forêt sur la santé, on voit les suivantes : le personnel des services de santé peut s’assurer que les plans d’évacuation soient clairement communiqués à la population. Non seulement ces personnes seront mieux préparées, mais elles seront également moins anxieuses. Les codes du bâtiment peuvent être modifiés de façon à empêcher la fumée de pénétrer à l’intérieur des maisons, et les professionnels des soins primaires peuvent veiller à ce que les populations vulnérables reçoivent des systèmes de filtration de l’air pour leur domicile. Sans oublier de travailler à la source : réduire au maximum les changements au climat.

On ne pourra jamais faire une relation de cause à effet directe entre les changements climatiques et les incendies de forêt, mais on sait qu’il y a une corrélation, explique la docteure.

« Et l’on sait que les changements climatiques rendent plus propices les phénomènes de météo extrême comme les incendies de forêt, les ouragans et les inondations. »

Mais il faut passer à l’action maintenant, dit la résidente en médecine familiale.

« On a les données, il y a beaucoup d’ambition, on a pris des engagements, mais ça n’a pas rimé avec des actions politiques. »

Car malgré tous ces engagements internationaux, « on est en train de se rendre encore plus malades ».

« Les médecins du Canada sont les premiers témoins des effets dévastateurs des changements climatiques sur la santé. Nous traitons déjà les effets des incendies de forêt comme des vagues de chaleur et des nouvelles maladies infectieuses », souligne pour sa part Dr Sandy Buchman, le président de l’Association médicale canadienne, dans un appel à l’action.

Pollution des véhicules

Quant à la pollution causée par le secteur des transports au Canada, il est estimé qu’elle a causé la mort prématurée de plus de 1063 Canadiens en 2015, soit en une seule année.

Ces décès seraient causés par la pollution atmosphérique attribuable aux fines particules générées par les véhicules. Le secteur des transports était responsable de 24 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’échelle nationale en 2017.

En outre, le Canada affiche le plus haut taux d’asthme chez les enfants parmi les pays dont le niveau de revenu est comparable, le dioxyde d’azote provenant de la circulation étant responsable d’environ un nouveau cas d’asthme sur cinq chez les enfants.

Le passage aux véhicules électriques et aux véhicules à biocarburants se fait trop lentement, rendant leurs avantages pour la santé de la population canadienne, les dépenses en soins de santé et la réduction des émissions de gaz à effet de serre largement sous-exploités, déplore dans un communiqué l’Association canadienne de santé publique et de l’Association médicale canadienne.