(Saint-Jean) Une vérification annuelle de l’état des pêches canadiennes révèle une diminution du nombre de stocks de poissons en bonne santé depuis deux ans et prévient que si le gouvernement ne fait rien de plus, la situation ne cessera d’empirer.

Holly McKenzie-Sutter
La Presse canadienne

Le groupe écologiste Oceana Canada publie son troisième rapport annuel sur l’état des lieux, basé sur les données du ministère fédéral des Pêches et des Océans. Le rapport presse Ottawa d’adopter enfin les réglementations fixant des échéanciers et des objectifs pour la reconstitution des stocks en situation « critique ». Sur les 33 stocks considérés comme en « zone critique », seuls six bénéficient de plans de reconstitution du gouvernement.

Dans son « Audit des pêches 2019 », Oceana Canada conclut que 17 % des stocks de poisson au pays sont dans la « zone critique », contre 13,4 % en 2017.

D’autre part, plus de crustacés se retrouvent dans la zone critique en 2019, « une tendance particulièrement inquiétante, car la valeur de l’industrie canadienne des produits de la mer dépend fortement des crustacés », précise l’organisme. Selon Pêches et Océans Canada, le crabe des neiges, le homard et la crevette représentent à eux seuls 73 % de tous les débarquements, et valent approximativement 3,8 milliards, souligne le rapport.

Par ailleurs, Oceana Canada signale que l’état sanitaire de 38 % des stocks n’a pas pu être évalué faute de données suffisantes.

Robert Rangeley, directeur scientifique d’Oceana Canada, estime que la série de vérifications a révélé des tendances inquiétantes, notamment un manque d’action décevant du gouvernement face à cette « crise » persistante. « Je pensais que lors de notre troisième audit, nous constaterions davantage de progrès », a-t-il déclaré par téléphone depuis Ottawa. « Il y a beaucoup de gens bons et intelligents chargés de la science et de la gestion de nos océans, mais les progrès sont trop lents. […] L’urgence ne fait que grandir. »

Morue et crevette nordique

Le rapport fait état de quelques progrès, notamment une augmentation du nombre de publications scientifiques évaluant la santé des stocks de poisson et une plus grande transparence du suivi de la pêche. On souligne également que la Loi sur les pêches, modifiée en juin, constitue une occasion de progresser. Mais les réglementations fédérales, en cours d’élaboration, devraient prévoir par exemple des échéanciers pour les plans de reconstitution des stocks, et des systèmes de surveillance normalisés afin que la nouvelle loi puisse porter ses fruits.

Vingt-quatre des stocks de poisson gravement épuisés du pays se trouvent dans l’est du Canada, y compris la morue et la crevette nordique.

Plusieurs invertébrés sont passés d’un statut en bonne santé à une désignation « prudente », y compris la crevette nordique et la crevette à flanc rayé. Trois autres stocks de crevette du Pacifique et de crabe des neiges du plateau néo-écossais ont été classés dans la « zone critique » cette année, ce qui porte à sept le nombre total de stocks de crustacés dans cette catégorie, contre un seul en 2017.

M. Rangeley estime qu’un engagement réel d’Ottawa est nécessaire pour reconstruire les pêcheries et éviter un nouvel effondrement comme celui de la morue du Nord. Ce stock n’a pas de plan de reconstitution depuis son effondrement en 1992, qui avait jeté au chômage des milliers de travailleurs et dévasté plusieurs communautés sur l’île de Terre-Neuve.

Oceana Canada critique d’ailleurs la décision d’Ottawa d’augmenter le quota de captures de morue du Nord de 30 % ce printemps, ce qui irait à l’encontre de la nouvelle Loi sur les pêches et de la politique du gouvernement visant à maintenir la pêche des stocks épuisés à des niveaux aussi bas que possible, soutient-on.