Les changements climatiques devraient permettre à Hydro-Québec d’augmenter de 8% à 15% sa production d’hydroélectricité, selon une nouvelle étude montréalaise. Les autres provinces seront moins choyées. La Colombie-Britannique connaîtra même une baisse importante de la productivité de ses centrales.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

D’autres chercheurs ont tenté de prédire l’impact des changements climatiques sur les rendements hydroélectriques. Mais ils partent généralement de modèles climatiques.

«Nous sommes partis des données climatiques et hydroélectriques réelles entre 1977 et 2007», explique Ali Nazemi, du département de génie civil de l’Université Concordia, qui est l’auteur principal de l’étude publiée à la fin de septembre dans la revue Resources.

«Nous avons cherché à voir ce qui se passerait si la tendance se maintenait.» 

Le Québec produira jusqu’à 8% plus d’hydroélectricité pendant l’hiver et jusqu’à 15% de plus pendant l’été. En Ontario, les gains sont faibles ou nuls toute l’année, sauf une augmentation de 10% l’été.

Cela pose-t-il problème étant donné que le pic de consommation au Québec survient l’hiver? «Peut-être qu’avec le réchauffement, on va chauffer moins, dit M. Nazemi. Alors le pic pourrait être moins grand.»

Inondations

Plus de pluie l’été signifie-t-il plus d’inondations? «Je pense que oui», dit M. Nazemi, qui était auparavant hydrologiste en chef en Saskatchewan.

«Non seulement il y a plus de précipitations, mais la fonte des neiges survient plus tôt, à un moment où les pluies sont plus grandes, ce qui devrait augmenter l’intensité des inondations.»

Déficit dans l’Ouest

Les pluies seront moins abondantes, jusqu’à 10% en moins, pour neuf mois de l’année en Colombie-Britannique, et dix mois de l’année en Alberta. Mais il existe une marge d’erreur importante, parce que chacune des dix provinces (et les trois territoires) est prise dans son ensemble.

À Terre-Neuve-et-Labrador, par exemple, les changements climatiques pour le Labrador seront différents par rapport à ce qu’on verra dans l’île. De plus, les centrales hydroélectriques sont situées dans le sud du Labrador.

«La prochaine étape est de faire la même analyse par bassin versant, pour regrouper des centrales qui vont être affectées de la même manière», dit M. Nazemi.

Exporter vers l’ouest ou vers le sud

Durant la récente campagne électorale, le chef conservateur Andrew Scheer avait proposé des corridors énergétiques permettant aux hydrocarbures de l’Ouest d’alimenter l’Est, et à l’hydroélectricité québécoise d’être consommée dans l’Ouest. L’étude de M. Nazemi propose aussi que l’hydroélectricité québécoise puisse compenser la production moindre dans l’Ouest.

«On pourrait comme pays décider de contrebalancer les pertes dans une région par les gains ailleurs, dit M. Nazemi. Il faudra plus de preuves scientifiques avant de se lancer dans de grandes lignes de transmission, mais il faudra éventuellement avoir un débat au Canada : voulons-nous exporter l’hydroélectricité ou la vendre à l’interne?»

EN CHIFFRES

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