(Montréal) Les fabricants d’électroménagers, considérés comme de grands émetteurs de gaz à effet de serre (GES), devront, dès le 5 décembre 2020, mettre en place un système pour s’assurer de la récupération et la valorisation de leurs produits en fin de vie utile.

Stéphane Blais
La Presse canadienne

Le gouvernement Legault en a fait l’annonce lundi matin à la Maison du développement durable Montréal.

Selon le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, M. Benoit Charrette, la nouvelle mesure va permettre de réduire les GES de 200 000 tonnes par année, l’équivalent de 60 000 voitures.

Le CO2 et le méthane sont les gaz les plus souvent associés au réchauffement climatique, mais les gaz présents dans les électroménagers comme les réfrigérateurs (dont les halocarbures), ont un potentiel de réchauffement planétaire de 1400 à 10 900 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone (CO2), selon le ministre.

Le gouvernement investira un total de 90 millions durant la période 2020-2031 afin de soutenir les producteurs dans ce processus et d’éviter l’imposition de nouveaux frais aux consommateurs.

Le Règlement sur la récupération et la valorisation de produits par les entreprises sera donc modifié pour soumettre les producteurs de gros appareils électroménagers au principe de la responsabilité élargie des producteurs (REP).

« Il arrive que les entreprises refilent la facture aux contribuables, mais on refuse que les Québécois paient plus au moment de l’achat, on veut concilier défense de l’environnement et porte-feuille des Québécois », a précisé le ministre Charette.

« À 93 $ la tonne de GES évités, la récupération des appareils réfrigérants est une mesure très performante pour atteindre nos cibles », a ajouté le ministre.

Les groupes écologistes attendaient cette mesure

Caroline Brouillette, experte en changements climatiques d’Équiterre, qualifie cette mesure de très positive.

« C’est une mesure qui est très importante, compte tenu du potentiel de réchauffement climatique très élevé de ces gaz, c’est très important d’éviter que les gaz de nos vieux électros se retrouvent dans l’atmosphère ».

La Fondation David Suzuki salue la mesure du gouvernement, mais déplore que l’industrie n’ait pas mis en place elle-même des moyens pour réduire les GES émis par leurs appareils en fin de vie :

« Ça fait des années et des années que l’industrie s’oppose et là, le gouvernement décide de prendre la facture et aller de l’avant, on est content que ça se fasse, mais c’est sûr qu’on aurait aimé que les détaillants réalisent qu’il y a une urgence climatique et qu’ils prennent leurs responsabilités » a indiqué Karel Mayrand, directeur général de la Fondation.

Une manne pour l’entreprise PureSphera

Selon PureSphera, une entreprise de Bécancour qui collecte et recycle les appareils de réfrigération et de climatisation tout en détruisant leurs gaz nocifs, 90 % des gaz du circuit réfrigérant et de la mousse isolante des électroménagers sont encore rejetés dans l’atmosphère au Québec.

« Parce que les méthodes de revalorisation ne sont pas appliquées et les gens coupent les coins ronds, les vieux électros se retrouvent dans les sites d’enfouissement et les gaz finissent par se libérer dans l’atmosphère », a précisé Mathieu Filion, directeur de l’exploitation de PureSphera.

Selon le ministre Charette, PureSphera est en mesure de revaloriser 96 % des éléments contenus dans un vieux frigo.

L’annonce du gouvernement est donc une excellente nouvelle pour cette entreprise.

« On sera là pour répondre au besoin, avec des standards très élevés, on va travailler avec Recyc-Québec, c’est très très très positif », a fait valoir le directeur de l’exploitation de PureSphera.