À première vue, il s’agit simplement d’un autre service de partage de véhicules, que ce soit de voitures ou de remorques pour vélos. Mais l’ambition de LocoMotion est aussi subtile que pratique : faire en sorte que le voisinage se parle.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

Bien sûr, il y a la volonté de réduire l’empreinte carbone. Bien sûr, l’idée de partager une voiture (qui passe bien souvent plus de temps au stationnement que sur la route) au lieu de multiplier le nombre de véhicules dans le quartier apparaît pleine de bon sens. Bien sûr, l’accès gratuit à un équipement cycliste, spécialisé et coûteux, est fort apprécié.

Mais l’équipe du projet LocoMotion a d’autres ambitions en tête. « Ce n’est pas juste un service de partage de véhicules, dit Magalie Paquet, chargée de communications pour le projet. C’est vraiment une idée pour créer un voisinage convivial. »

En se parlant, on favorise les échanges entre voisins, le partage des ressources, et c’est ce qui fonctionne si on veut réaliser la transition sociale écologique.

Magalie Paquet

Depuis un an, donc, trois voisinages de l’arrondissement montréalais de Rosemont–La Petite-Patrie se sont regroupés en « communautés LocoMotion » pour partager des véhicules en commun – essentiellement des vélos et des voitures. Piloté par Solon, un OBNL rosemontois, le projet LocoMotion met à la disposition de ces voisinages des outils et des ressources pour échanger les équipements offerts aux membres. L’inscription est gratuite, l’utilisation des véhicules privés est tarifée à l’heure (selon une grille qui tient compte de l’usure et de l’assurance spéciale négociée pour le projet). Il n’y a pas d’échange d’argent direct entre les membres, LocoMotion s’occupe de la collecte et du transfert des fonds d’un voisin à l’autre.

Et quels sont les véhicules disponibles ? Des voitures, évidemment, que leurs propriétaires mettent à la disposition de leurs voisins lorsqu’ils n’en ont pas besoin. Mais aussi des équipements achetés pour la communauté – avec des subventions recueillies par LocoMotion auprès de l’arrondissement –, dont des remorques à vélo (l’emprunt le plus populaire, selon les données compilées par Magalie Paquet), des vélos cargos (pour transporter des enfants) et des vélos électriques. L’emprunt de ces équipements collectifs est gratuit.

Plus d’une centaine de personnes sont membres de l’un des trois voisinages LocoMotion de Rosemont, et plus de 300 échanges ont été enregistrés dans la dernière année, dont la moitié impliquaient une voiture.

De Rosemont à Sherbrooke

Depuis le lancement de LocoMotion dans Rosemont, Magalie Paquet dit avoir « un fichier plein » de noms de personnes de partout au Québec (« et même d’outre-mer ») qui souhaitent démarrer une communauté semblable dans leur quartier.

La première expansion hors de l’île a émergé au début de l’automne à Sherbrooke. Ici, il s’agit d’un voisinage déjà tissé serré – celui situé autour du parc London, aussi appelé parc de L’Ancienne-Caserne, à l’ouest du centre-ville – qui a souhaité mettre à profit les outils offerts par LocoMotion.

En avril dernier, Cora Loomis et ses voisins ont organisé une première rencontre d’information au parc London pour sonder l’intérêt. La communauté LocoMotion « Parc London » a été officiellement lancée au début de septembre et, malgré son nom, s’étend bien au-delà des rues limitrophes du parc – la zone couvre un quadrilatère comprenant une quinzaine de rues.

Mais même si plusieurs voisins, dont huit propriétaires de voitures, s’étaient montrés intéressés par le service de partage au cours de la rencontre du printemps, la création de la communauté en automne n’a pas engendré une ruée sur les inscriptions : au terme du premier mois d’existence, moins d’une dizaine de personnes s’étaient inscrites… dont aucun propriétaire de voiture. « Il y a plus d’étapes à remplir pour les personnes qui souhaitent prêter leur véhicule », reconnaît Cora Loomis, en mentionnant que ceux-ci doivent fournir un rapport d’inspection de leur véhicule. « D’après moi, c’est un élément d’explication. »

Déçue ? « On n’est pas découragés ! », dit Mme Loomis. « Mais je dirais que ce qui est important, c’est de trouver des gens avec qui on a envie de travailler, de se rencontrer, de garder ça joyeux et festif, d’utiliser les outils qui existent déjà, et d’avancer à son rythme », dit-elle.

Bientôt dans Ahuntsic

Contrairement au voisinage sherbrookois, l’intérêt des résidants d’Ahuntsic–Cartierville pour LocoMotion est d’abord venu des élus de l’arrondissement. « On trouvait le projet intéressant et on souhaitait le faire connaître ici », dit Jean-François Desgroseilliers, directeur du cabinet des élus de l’arrondissement.

LocoMotion a donc été mandaté par l’arrondissement pour sonder les citoyens. Une première rencontre d’information a été organisée le 28 septembre, et si là non plus on ne parle pas de « ruée » (une quinzaine de personnes s’étaient inscrites en une semaine), M. Desgroseilliers se dit confiant de pouvoir former deux communautés de voisins d’ici l’été prochain.

Quoi qu’il en soit, Ahuntsic–Cartierville a déjà réservé un budget d’au moins 20 000 $ pour la mise en place des communautés et pour l’achat d’équipement, qu’il s’agisse de vélos, de remorques, ou d’un abri collectif pour ranger le tout.

« On n’arrive pas avec une solution toute faite. On ira selon les besoins de chaque communauté. Est-ce que les gens souhaitent avoir deux vélos électriques ? Un vélo et une remorque ? illustre M. Desgroseillers. Pour nous, c’est une autre façon de réduire le nombre de voitures stationnées dans les rues et de faire en sorte que les citoyens se parlent et développent des projets communs. »