Pétition. Plaintes au gouvernement. Mobilisation. Des résidants de Varennes sont en guerre contre leur maire, Martin Damphousse, parce qu’il a vendu une partie du parc Saint-Charles, qui longe la rivière du même nom sur deux kilomètres, à un promoteur privé. Le projet adopté sans consultation comprend 127 logements.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

« Est-ce qu’on a consulté les gens pour le choix et pour la définition du projet ? La réponse, c’est non », a déclaré M. Damphousse à La Presse. « C’est une prérogative du conseil. »

La Fondation Rivières, mise au fait du dossier par des résidants, a acheminé hier une plainte au ministère de l’Environnement. « Ce projet est inacceptable, affirme le président de l’organisme, Alain Saladzius. Il est situé dans un secteur de glissement de terrain et risque de causer des problèmes de débordements d’eaux usées par temps de pluie. »

Chronologie des événements.

2015

Ce n’est pas d’hier que Varennes songe à créer un ensemble résidentiel dans le parc Saint-Charles. La Ville adopte, en 2015, un règlement de « concordance » au Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) pour dézoner une portion du parc (275 000 pieds carrés), sans avoir à consulter ses citoyens.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Martin Damphousse, maire de Varennes

« C’était le choix du conseil », déclare M. Damphousse, élu à la mairie pour la première fois en 2009. « Les gens ne pouvaient pas s’opposer. »

2016

Le dézonage d’une portion du parc, qui représente 6 % de sa superficie totale, est suivi de la transformation d’un stationnement existant en stationnement incitatif de 128 places, dans le parc Saint-Charles, à proximité d’un arrêt de bus menant au métro Longueuil.

2017

En août 2017, Martin Damphousse publie son programme électoral en vue des élections de novembre. Il s’engage notamment à développer une zone résidentielle axée sur les transports en commun, près du stationnement incitatif. Cette promesse passe inaperçue. « On n’avait pas de plan, mais on avait l’objectif d’en développer un », précise le maire.

2018

Varennes cède à la Fondation Véro & Louis un terrain de 80 000 pieds carrés dans le parc Saint-Charles. But : construire la première Maison pour adultes atteints du trouble du spectre de l’autisme. « Tout le monde était fier, dit Marcel Leduc, qui habite à Varennes depuis 42 ans. Mais le maire n’a jamais dit qu’il y avait aussi un projet de développement domiciliaire. Il a fallu le torturer pour qu’il nous le dise. S’il n’y avait pas eu de Maison pour autistes, il n’y aurait pas eu de développement domiciliaire. Les gens s’y seraient opposés sérieusement. » L’entente, signée en décembre 2018, entre la Ville et la Fondation Véro & Louis lie le don du terrain à l’ensemble résidentiel à venir. L’un ne peut se faire sans l’autre.

Janvier 2019

En janvier, la Ville vend au promoteur JMJ une portion du parc Saint-Charles de 264 800 pieds carrés au coût de 2 640 800 $, soit 10 $ le pied carré. Le projet retenu, au terme d’un appel d’offres, comprend deux immeubles de 32 appartements, 15 triplex et 41 maisons en rangée. « Autant la Fondation Véro & Louis que les élus ont trouvé que la proposition de JMJ était plus intéressante que l’autre », indique le maire.

Juin 2019

Ce n’est que cinq mois plus tard, le 4 juin, que la Ville invite ses citoyens à une première séance d’information. « On est tous tombés à terre, dit Marcel Leduc. Je n’ai rien contre les projets immobiliers. Au contraire, j’aime que ma ville fasse des développements. Mais qu’on utilise un parc, ça, ça me jette à terre. » « On a été mis devant le fait accompli, ajoute Julie Blanchard, une autre citoyenne. Le maire ne nous a pas tout dit, c’est ça le problème. » Un comité pour la sauvegarde du parc Saint-Charles est formé le lendemain. Ses membres font circuler une pétition, signée par plus de 2500 des 21 500 citoyens. Ils multiplient les rencontres avec les élus, les députés et les organismes environnementaux pour s’opposer au projet. « C’est sûr que la sensibilité est plus grande parce que c’est un parc », reconnaît le maire.

Septembre 2019

Au plus récent conseil de ville, les élus ont revu à la baisse le projet, qui est passé de 150 à 127 logements sur un terrain légèrement plus petit. Mais M. Damphousse refuse de faire marche arrière, même si le projet n’est pas entièrement ficelé et qu’il n’a fait l’objet d’aucune démarche d’acceptation sociale.

IMAGE TIRÉE DU SITE INTERNET DE LA VILLE DE VARENNES

La plus récente version du projet domiciliaire dans le parc Saint-Charles, à Varennes

« La planète s’en va dans le mur, déplore Laura Boudreau, qui habite à Varennes depuis 2003. On va continuer à se battre contre ce projet. Ce qui arrive ici peut arriver dans d’autres municipalités. Il faut dire aux gens : regardez vos affaires, ne vous laissez pas endormir. »