Pourquoi utiliser de l’eau potable pour ses toilettes quand on peut récupérer l’eau de pluie ? C’est parfois possible même quand les installations n’ont pas été prévues lors de la construction de la résidence, comme en témoigne l’expérience d’un citoyen de Boisbriand.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Au bout d’une rue calme et verdoyante, la maison de Denys Thibodeau ressemble à celle de ses voisins.

Mais ce qu’on ne voit pas, c’est qu’elle est sans aucun doute celle qui consomme le moins d’eau potable.

Le retraité de 64 ans a aménagé dans son garage tout un système pour récupérer l’eau de pluie de ses gouttières, afin de la rediriger vers les toilettes de sa résidence.

« Pas besoin d’eau potable pour tirer la chasse d’eau, c’est de l’eau gaspillée ! », s’exclame l’ancien policier et conseiller en sécurité civile et mesures d’urgence.

L’installation de son système n’a pas été très compliquée, même si la maison, construite en 1991, ne le prévoyait pas à l’origine.

« Les deux toilettes sont une au-dessus de l’autre » et sont alimentées par le même tuyau, explique-t-il ; il a donc été facile de séparer l’alimentation en eau.

En moins de deux semaines, en y travaillant à temps perdu, son installation était prête.

Et elle lui a coûté moins de 700 $, calcule-t-il.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Puisque les résidences de Boisbriand sont dotées de compteurs d’eau, Denys Thibodeau a pu calculer que la sienne, où vivent trois adultes, économise entre 100 et 150 L d’eau. Par jour.

Puisque les résidences de Boisbriand sont dotées de compteurs d’eau, il a pu calculer que la sienne, où vivent trois adultes, économise entre 100 et 150 L d’eau. Par jour.

Pour « patenteux » seulement

Denys Thibodeau prévient que la construction d’un tel système n’est pas à la portée de tout le monde, mais que quelqu’un qui est « patenteux » comme lui, avec des connaissances en électricité et en plomberie, peut y parvenir aisément.

L’eau des gouttières est acheminée dans un puisard qu’il a aménagé à l’intérieur de son garage, similaire à celui qui recueille l’eau d’un drain, puis elle est pompée dans 7 barils de 200 L chacun.

Une jauge détecte lorsqu’ils sont pleins et désactive la pompe, le surplus d’eau du puisard est alors évacué dans le champ qui jouxte la résidence, ce qui évite que son système déborde.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

L’installation de Denys Thibodeau suscite la curiosité de ses proches, mais personne ne l’a encore imité.

Car recueillir les 1400 L d’eau nécessaires à les remplir est une question d’une heure ou deux, quand il pleut.

Lors d’une pluie torrentielle, ils se sont même déjà remplis en 10 minutes, raconte-t-il, alors que la superficie de son toit fait environ 65 m2 (700 pi2).

Et s’il manque d’eau, ce qu’il lui arrive seulement une ou deux fois par année, lors de longues périodes de sécheresse, une valve qu’il actionne manuellement lui permet de basculer sur le réseau d’aqueduc.

Démocratiser l’économie d’eau

L’installation de Denys Thibodeau suscite la curiosité de ses proches, mais personne ne l’a encore imité.

« C’est certain que j’aimerais ça que ça fasse des petits ! », s’exclame-t-il. Ce qu’il aimerait encore plus, c’est que les autorités légifèrent pour démocratiser l’économie d’eau.

La RBQ [Régie du bâtiment du Québec] devrait rendre ça obligatoire !

Denys Thibodeau

« Ce serait facile, en construisant, d’aménager un réservoir sous le plancher d’un garage », illustre-t-il, tout comme de prévoir la tuyauterie appropriée.

La coordonnatrice du secteur de l’eau au Réseau environnement, un regroupement de spécialistes en environnement au Québec, abonde dans le même sens que lui.

« Ça n’a aucun sens que ça n’existe pas encore », a déclaré Ikram Abdeljelil à La Presse.

Il y a aussi d’autres façons d’économiser l’eau potable, comme récupérer l’eau de la douche ou du bain pour les toilettes, qui drainent 40 % de la production d’eau potable au Québec, explique-t-elle.

« Les gens ne sont pas conscients de la quantité d’eau qu’ils consomment [mais] ça fait partie de l’un des plus gros postes de dépenses d’une ville », rappelle-t-elle.

Ikram Abdeljelil prévient que le Québec n’est pas à l’abri des pénuries : « Le manque d’eau va se faire ressentir de plus en plus […], surtout dans le contexte des changements climatiques. »