Cinquième ouragan de catégorie 5 depuis 2016, Dorian confirme en quelque sorte la tendance vers des phénomènes météo de plus en plus intenses. Ces tempêtes risquent aussi de faire plus de dégâts à l’avenir. Le point sur les ouragans à l’ère des changements climatiques.

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

La faute aux changements climatiques 

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) « considère qu’il est presque certain que la fréquence et l’intensité des ouragans les plus intenses (catégories 4 et 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson) présentent une tendance à la hausse depuis les années 1970 ». « Nos modèles climatiques prévoient de plus en plus d’ouragans de catégorie 4 ou 5, au fur et à mesure que le climat se réchauffe », a signalé hier à l’Agence France-Presse la climatologue Kristy Dahl, de l’Union of Concerned Scientists, une ONG américaine. Par ailleurs, dans son dernier rapport, National Climate Assesment, un groupe d’experts américains estime que les changements climatiques sont très probablement la cause de la hausse de l’intensité des ouragans. Ironiquement, ces rapports sont présentés d’abord au président des États-Unis et au Congrès.

Une échelle nommée Saffir-Simpson 

Depuis 1969, tous les ouragans sont classés en vertu d’une échelle nommée Saffir-Simpson. Cette unité de mesure a été mise au point par Herbert Saffir, un ingénieur civil, et Robert Simpson, qui était alors directeur du National Hurricane Center aux États-Unis. Les ouragans sont classés en fonction de la vitesse des vents, selon une échelle allant de 1 à 5. Les vents d’un ouragan de catégorie 5 sont supérieurs à 251 km/h et peuvent arracher facilement des toits entiers ou détruire des bâtiments. Des experts critiquent cependant cette échelle de mesure, puisqu’elle ne tient compte que de la vitesse de vents et ne mesure pas, par exemple, la taille d’un ouragan ou les inondations provoquées par celui-ci.

Les ouragans les plus dévastateurs 

Curieusement, ce n’est pas l’ouragan le plus puissant qui a causé le plus de dégâts. Katrina, en 2005, de catégorie 3, a provoqué des dommages de 160 milliards US. Parmi les cinq ouragans les plus dévastateurs aux États-Unis, un seul a touché terre avec une cote 5, soit Andrew en 1992. Facture totale : 47,8 milliards US. En 2012, Sandy a touché terre avec une cote 1 et a néanmoins provoqué des dégâts de 70,2 milliards US. Pour prendre en compte la taille et la durée d’un ouragan, les météorologues américains calculent aussi « l’énergie cumulative des cyclones » (ACE, selon l’acronyme anglais) : en effet, un ouragan peut être de catégorie plus faible, mais s’il dure longtemps, il fera plus de dégâts.

Un « p’tit vite » qui prend son temps 

Dorian est au deuxième rang des ouragans les plus violents jamais enregistrés, ex-æquo avec deux autres en 1988 et en 2005, selon la vitesse maximale de ses vents, avec des pointes à 295 km/h enregistrées dimanche. Le record appartient à Allen en 1980 (305 km/h). L’autre particularité de Dorian, c’est qu’il s’immobilise, provoquant le maximum de dégâts en un point bien précis. L’ouragan est resté stationnaire à déverser des trombes d’eau au-dessus des Bahamas pendant 18 heures, ce qui est rare pour un ouragan (un précédent notable est Harvey, qui est resté quatre jours près et au-dessus du Texas en 2017). Selon la NASA, 60 cm d’eau sont tombés sur les Bahamas. Ce n’est d’ailleurs pas la force des vents de Dorian qui préoccupe le plus les autorités américaines, mais plutôt les inondations que la tempête pourrait provoquer.

Des « bibittes » difficiles à suivre 

Prédire l’endroit où un ouragan touchera terre est un exercice très hasardeux. Vendredi dernier, les experts (et les ordinateurs) du National Hurricane Center prévoyaient que l’ouragan Dorian atteindrait la côte est de la Floride au cours des prochains jours. Le lendemain, les ordinateurs revoyaient les prédictions : la côte Est était toujours une possibilité, mais l’ouragan pouvait tout aussi bien s’éteindre au large des côtes floridiennes. Puis, dimanche, retour à la case départ, l’ouragan toucherait terre en Floride, en Géorgie et en Caroline du Sud. Pourquoi une telle incertitude ? La force, la taille et la direction d’un ouragan peuvent changer rapidement sans qu’il soit vraiment possible de le prévoir avec exactitude. Les experts reconnaissent d’ailleurs que leurs prévisions sont inexactes dans 30 % des cas.

La Floride toujours à risque 

Selon le New York Times, depuis 167 ans, 40 % des ouragans ont frappé la Floride. Le problème, c’est que ceux-ci risquent de faire de plus en plus de dégâts sur les côtes floridiennes. Depuis 1980, le nombre de maisons en Floride a doublé, particulièrement le long des côtes. Au cours des 20 dernières années, 8 millions de personnes se sont installées en bordure du golfe du Mexique ou de l’océan Atlantique. Par ailleurs, le flot d’informations en continu peut parfois rendre plus difficile la décision d’évacuer ou non sa maison. Une décision qui entraîne des coûts, peu importe l’option retenue. Des études américaines ont aussi démontré que les citoyens interprètent généralement mal les cartes de la NOAA, ce qui peut à l’occasion avoir des conséquences fâcheuses.

Des impacts au Québec ? 

Selon le consortium québécois Ouranos, il n’est pas encore possible de prévoir si les cyclones post-tropicaux (« restes d’ouragans ») changeront dans les prochaines décennies au Québec. « Il est toutefois possible d’affirmer que les cyclones post-tropicaux apporteront de plus grandes quantités de précipitations et que ceux qui atteindront le golfe du Saint-Laurent frapperont des régions côtières ayant subi une hausse du niveau de la mer », conclut Ouranos.

— Avec l’Agence France-Presse et The New York Times