Un projet de mine de graphite aux portes de la réserve faunique de Papineau-Labelle inquiète des résidants du secteur. L’entreprise se montre rassurante en se disant tout autant préoccupée qu’eux par les questions environnementales.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

« C’est un joyau, ici », lance Louis Saint-Hilaire, au bout du fil.

Un joyau qui pourrait être dévasté si le projet de mine de graphite La Loutre va de l’avant, craint le président de l’Association des propriétaires du lac Gagnon.

Porté par Lomiko Metals, petite entreprise minière de la Colombie-Britannique, le projet n’en est encore qu’au stade exploratoire.

Mais la possibilité de voir une mine s’implanter près du village de Duhamel, sur le territoire de la municipalité de Lac-des-Plages, a été « un déclencheur » pour bien des résidants.

Les associations de riverains de sept lacs de la région, totalisant un millier de membres, se sont unies au sein du Regroupement de protection des lacs de la Petite-Nation pour s’opposer au développement de l’industrie minière.

« On n’a pas comme projet de devenir une région minière », affirme Louis Saint-Hilaire, expliquant au nom du regroupement que l’endroit est un lieu de villégiature où de plus en plus de gens s’installent de façon permanente, comme lui.

« Ce qu’on est venus chercher ici, ce n’est pas des mines », ajoute-t-il.

En plus de craindre le bruit, la poussière, le dynamitage, l’apparition de montagnes de résidus et les effets sur le paysage, ils sont préoccupés par les risques liés à la pollution des lacs, où de nombreux riverains puisent leur eau potable.

« Il n’y a pas d’acceptabilité sociale pour des projets comme ça. »

Louis Saint-Hilaire, président de l’Association des propriétaires du lac Gagnon

Deux classes de citoyens

La protection des zones de villégiature est aussi une préoccupation pour le maire de Duhamel, David Pharand, qui se plaint de manquer d’outils pour le faire.

« Nos lacs sont notre or bleu », a-t-il déclaré dans un entretien avec La Presse.

Il ne s’oppose pas pour autant à l’arrivée de l’industrie minière dans la région ; il salue d’ailleurs la collaboration de Lomiko Metals, qui fait preuve de transparence.

L’essentiel, pour lui, consiste à bien choisir l’emplacement des installations pour qu’elles ne nuisent pas aux citoyens et donc de les interdire à proximité des lacs de la région.

Or, la Loi sur les mines ne permet pas aux municipalités de protéger les « lacs habités » de la même façon que les « périmètres urbains », ce qui crée « deux classes de citoyens », déplore-t-il.

« Le problème ne se trouve pas du côté des minières, il se trouve du côté du gouvernement provincial. »

David Pharand, maire de Duhamel

Le maire Pharand dit qu’un comité intermunicipal a été formé au sein de la municipalité régionale de comté (MRC) de Papineau pour faire des démarches auprès du gouvernement québécois afin d’obtenir davantage de pouvoirs de protection.

Le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles confirme avoir des discussions en ce sens, mais dit être pour l’instant en attente de précisions de la part de la MRC.

Une « entreprise verte »

Les questions environnementales préoccupent Lomiko Metals autant que les habitants de la région où la mine de graphite La Loutre pourrait voir le jour, assure le président et directeur général de l’entreprise, Paul Gill, que La Presse a joint en Colombie-Britannique.

« Nous nous considérons comme une entreprise verte », dit-il, assurant que les gens de la région seront rassurés quand son entreprise ira à leur rencontre, d’ici six mois, quand le projet sera plus avancé.

Lomiko Metals ne connaît pas encore l’estimation des ressources et n’a donc pas déterminé où précisément son éventuelle mine pourrait être située sur le site de 25 km2 pour lequel elle détient des claims.

« On vise quelques endroits différents à haute teneur », explique M. Gill, assurant que ça ne sera pas à proximité d’un plan d’eau, pour éviter tant la contamination des lacs que l’infiltration d’eau dans la mine.

Le plus gros enjeu dans l’exploitation d’une telle mine est la génération de sous-produits comme le sulfure, affirme Paul Gill, se disant « chanceux » qu’il n’y en ait pas sur le site de La Loutre.

L’entreprise prévoit achever l’estimation des ressources d’ici l’automne, puis l’évaluation économique préliminaire du projet d’ici la fin de l’hiver prochain ; elle se lancera ensuite dans la recherche de financement dans le but de démarrer l’exploitation en 2023 ou 2024.

D’autres projets de mines de graphite

L’inquiétude soulevée par le projet La Loutre fait écho à l’opposition que rencontre celui de l’entreprise Nouveau Monde Graphite à Saint-Michel-des-Saints, dans Lanaudière, ainsi qu’à celui de Canada Carbon à Grenville-sur-la-Rouge, dans les Laurentides. Ces trois sites se trouvent dans la province géologique de Grenville, où se concentrent les gisements de graphite, minéral de carbone qui entre dans la fabrication des téléphones cellulaires et des batteries pour véhicules électriques. Il s’agit du seul minéral non métallique conducteur d’électricité. La province géologique de Grenville s’étend sur plus de 2000 kilomètres entre les Grands Lacs et le Labrador, sur une largeur d’environ 350 kilomètres.