Un fabricant de contenants jetables est en discussion avec la Commission scolaire de Montréal (CSDM) pour y financer un emploi en lien avec la gestion des matières résiduelles, a appris La Presse.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

L’offre survient alors que les bouteilles de plastique ont été interdites, mais que la porte est ouverte à la distribution d’eau dans des contenants multicouches.

L’entreprise Tetra Pak, qui fabrique des emballages multicouches pour les liquides comme le jus et le lait, souhaite ainsi « aider à augmenter les taux de recyclage » au sein de la CSDM, a confirmé à La Presse Larine Urbina, une porte-parole de la multinationale d’origine suédoise.

« Nous sommes au début des discussions », si bien que les détails ne sont pas encore clairement définis, précise Mme Urbina, mais elle assure que la personne embauchée serait « assurément indépendante » de Tetra Pak.

La multinationale ne cherche pas de visibilité par l’entremise de cette contribution financière, assure sa porte-parole, mais plutôt à avoir un impact positif sur un enjeu qui touche toute la société.

En tant que producteur, nous voulons que ce que nous mettons sur le marché soit recyclé.

Larine Urbina, Tetra Pak

Le financement que souhaite offrir Tetra Pak à la CSDM permettrait l’embauche d’une personne à titre contractuel pour une période qui n’a pas encore été déterminée.

Tetra Pak affirme offrir de telles contributions ailleurs dans le monde, que ce soit à des organisations scolaires, municipales ou communautaires ; l’entreprise ainsi que le Conseil canadien des manufacturiers de cartons multicouches ont d’ailleurs eu par le passé un partenariat similaire avec l’organisme à but non lucratif Québec’Ere.

Silence à la CSDM

De son côté, la CSDM se fait avare de commentaires.

« Nous avons bel et bien reçu une offre de la part de Tetra Pak, [mais elle] n’a pas dépassé le stade de l’évaluation sur l’ensemble de ses aspects », a déclaré le porte-parole de la CSDM, Alain Perron, dans un courriel laconique à La Presse, mardi dernier.

Après plusieurs relances par courriel et par téléphone, M. Perron a finalement confirmé que l’évaluation de la proposition était toujours en cours.

La CSDM n’a cependant pas répondu aux questions de La Presse concernant les balises qui encadrent le financement provenant de sources privées et n’a pas indiqué s’il y a déjà des emplois financés par des sources externes à la CSDM.

« Nous n’avons rien de plus à ajouter », a écrit M. Perron.

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a quant à lui indiqué à La Presse que la Loi sur l’instruction publique permet aux commissions scolaires de recevoir des dons d’entreprises privées.

Ces dons ne doivent toutefois pas être « incompatibles avec la mission de l’école, notamment [en ce qui concerne] toute forme de sollicitation de nature commerciale », a précisé Bryan Saint-Louis, porte-parole du Ministère.

« Je trouve ça extrêmement questionnable », a réagi la commissaire indépendante Violaine Cousineau, mise au courant de ces discussions par La Presse.

Estimant qu’il est très louable que la CSDM veuille améliorer sa gestion des matières résiduelles, Mme Cousineau croit cependant que la participation d’une entreprise privée devrait faire l’objet d’un débat ouvert, transparent et public.

De l’eau dans des Tetra Pak ?

Coïncidence ? La CSDM a récemment ouvert la porte à la distribution d’eau dans des contenants multicouches, alors qu’elle a pourtant banni les bouteilles d’eau en plastique de ses établissements.

« Une avenue qu’on pourrait peut-être envisager [est] les Tetra Pak, qui sont recyclables à 100 % », a déclaré la vice-présidente Marie-José Mastromonaco lors de la réunion du conseil des commissaires du 2 avril dernier.

« Ça pourrait être une option en attendant d’avoir des fontaines d’eau dans toutes nos écoles », a-t-elle ajouté.

Les discussions entre la CSDM et Tetra Pak ont commencé « il y a deux mois », a indiqué à La Presse Alain Perron, assurant qu’il n’y avait « aucun lien » entre ces discussions et la suggestion de Mme Mastromonaco de servir de l’eau dans des contenants multicouches.

Marie-José Mastromonaco n’a pas rappelé La Presse.

Quand cette possibilité a été soulevée, Violaine Cousineau a cru qu’il s’agissait d’une idée loufoque qui n’avait pas l’ombre d’une chance de voir le jour, mais elle s’inquiète maintenant de la voir se concrétiser : « Sommes-nous en train de contourner notre engagement en planifiant la vente d’eau en Tetra Pak plutôt qu’en bouteilles de plastique ? »