Cher à entretenir, résiste mal à la vie en ville : les heures du gazon sont comptées dans les plates-bandes de la Ville de Montréal. La métropole financera un projet de recherche le long d’un boulevard achalandé afin de trouver de nouveaux végétaux plus résistants et moins coûteux à entretenir.

Pierre-André Normandin Pierre-André Normandin
La Presse

Gazon problématique

Le gazon n’a plus la cote à la Ville de Montréal. « Avec le gazon, l’entretien est assez fastidieux, surtout les premiers mois de l’année où il faut tout le temps le couper. Le gazon est aussi plus sensible à la sécheresse et, pour le garder en santé, il faut qu’il soit alimenté », expose l’élu Éric Alan Caldwell, membre de l’administration Plante. Montréal ayant décidé d’augmenter son verdissement, on appréhendait toutefois une explosion de la facture d’entretien. La métropole a donc sollicité l’aide du Laboratoire d’intégration d’écologie urbaine (LIEU) afin de trouver comment « remplacer le gazon ».

Occasion à saisir

Montréal a ainsi décidé de profiter du réaménagement du boulevard Laurentien et de la rue Lachapelle, dans Ahuntsic-Cartierville, pour faire une plus grande place à la verdure. Le nouvel aménagement prévoit 32 fosses de plantation, pour un total de 850 m2, terre-plein compris. Mais ces espaces ne ressembleront pas à ceux qu’on trouve actuellement sur l’île, la Ville ayant décidé de ne plus miser sur le bon vieux gazon. « On veut faire plus de verdissement et on veut le faire mieux », résume Éric Alan Caldwell. C’est à cet endroit que le LIEU tentera de trouver des végétaux qui conviennent mieux à la vie en ville.

Choix difficile

Remplacer le gazon n’est pas une tâche aisée. « Le choix des végétaux est difficile, car ils doivent être résistants aux conditions urbaines : la sécheresse, les sels de déglaçage, le piétinement, l’envahissement par d’autres plantes, et surtout demander peu d’entretien », expose la Ville. Montréal souhaite n’avoir à entretenir ses fosses qu’une ou deux fois par année. Le projet de recherche de deux ans et demi, qui coûtera près de 300 000 $, prévoit ainsi d’utiliser des « engrais verts » pour fournir aux végétaux les éléments essentiels à leur croissance. Il s’agit de plantes qui nourrissent le sol en créant un écosystème à petite échelle. « Le gazon ne nourrit pas le sol. On le coupe tout le temps et il n’a pas un bon apport », résume Alison Munson, professeure à l’Université Laval et l’une des responsables du LIEU.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Éric Alan Caldwell, conseiller du district d’Hochelaga, dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

Importance du sol

Ce projet s’inscrit dans les démarches de la Ville pour réduire les îlots de chaleur. Mais malgré ses efforts pour planter des arbres dans les terre-pleins et dans les saillies de trottoirs, la métropole constate que leur survie et leur croissance sont difficiles. Cette situation serait principalement due à la pauvreté du sol, responsable d’environ 80 % de la mortalité des arbres. D’où l’idée d’utiliser des engrais verts afin de nourrir le sol. « L’utilisation des engrais verts dans les fosses de plantation et surtout en remplacement des surfaces gazonnées va permettre d’éviter des coûts importants en entretien », évalue Montréal.

Suivi scientifique

Le projet de recherche visant à trouver un remplaçant au gazon est piloté par deux chercheurs, Alison Munson, de l’Université Laval, et Vincent Poirier, de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, ainsi qu’Élise Beauregard, architecte paysagiste spécialisée en sols urbains. « On veut faire un suivi scientifique [afin de déterminer] avec quels plants ça marche bien, avec lesquels ça marche moins bien », expose Mme Munson. Le projet doit débuter ce printemps et le rapport définitif est attendu pour mars 2021. Montréal compte obtenir à terme un protocole pour reproduire ces aménagements ailleurs en ville afin de remplacer le gazon.

Éviter l’erreur du frêne

Surtout, le projet cherchera à éviter l’erreur faite dans le passé avec le frêne. Montréal a massivement planté cette essence d’arbres dans les années 60 après avoir constaté qu’il résistait mieux au stress urbain. Or, c’était sans compter l’arrivée d’un insecte d’Asie, l’agrile du frêne, qui a entrepris de décimer ces arbres depuis quelques années. Le projet de recherche visera ainsi à assurer une bonne biodiversité pour éviter qu’un insecte ne mette à mal en quelques années des décennies d’efforts de verdissement.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Un arbre ravagé par l’agrile du frêne

Montréal, terreau fertile en recherche

Ses surfaces bétonnées et asphaltées le cachent bien, mais Montréal sert depuis au moins 25 ans de laboratoire de recherche en horticulture urbaine. En 1993, un projet avait étudié la plantation de vivaces au pied des arbres dans les fosses de plantation. Une agronome de la Ville, Sylvie Bélair, a conçu un mélange de semences composé de légumineuses largement utilisé par la métropole. Des travaux menés à Montréal ont aussi permis de populariser depuis quelques années l’utilisation de l’élyme des sables, une plante qui résiste mieux à la sécheresse et aux conditions hivernales. Au moins trois autres projets de recherche ont été financés depuis cinq ans.