Les émissions de gaz à effet de serre provenant des sables bitumineux de l’Alberta pourraient être considérablement plus élevées que le laissent croire les rapports de l’industrie, révèle une nouvelle étude.

Bob Weber
La Presse canadienne

Dans un document publié mardi, des scientifiques d’Environnement Canada affirment que quatre grandes mines de sables bitumineux émettent en moyenne environ un tiers de dioxyde de carbone de plus par baril de pétrole qu’elles ne le signalent — un chiffre crucial utilisé notamment pour déterminer les niveaux d’émission nationaux et dans le calcul de la taxe sur le carbone.

L’auteur principal de l’étude, John Liggio, et ses collègues ont analysé des échantillons de surveillance de l’air prélevés lors d’une série de vols au-dessus des quatre sites, au cours d’un mois en 2013.

L’installation de Suncor Énergie dépassait de 13 % ses émissions estimées.

L’intensité des émissions des mines Horizon et Jackpine de Canadian Natural Resources était en moyenne supérieure de 37 % à celle indiquée par l’entreprise. De plus, la mine de Syncrude à Mildred Lake émettait plus de deux fois plus de gaz polluant qu’elle ne l’indiquait dans l’inventaire des rejets de polluants d’Ottawa.

« Nous trouvons une différence assez significative », a affirmé M. Liggio, dont le document est publié dans « Nature Communications ».

Jusqu’à présent, toutes les estimations des émissions de dioxyde de carbone provenant des sables bitumineux étaient fondées sur une combinaison de mesures au sol et de nombreuses modélisations mathématiques.

Les mesures descendantes

Cette nouvelle étude est la première à utiliser des mesures réelles sur le terrain, prises lors de survols aériens, soit des mesures descendantes.

Les résultats témoignant de la sous-estimation de l’industrie rejoignent les résultats d’une étude précédente menée en Alberta, selon laquelle les émissions de méthane provenant des installations de traitement du pétrole lourd étaient bien supérieures aux prévisions. Ils sont également conformes à ceux de nombreuses autres études qui ont comparé les deux types de prises de mesures.

« Il reste encore du travail à faire », a observé M. Liggio. « Mais je dirai qu’il existe de très nombreuses études utilisant des approches descendantes qui ont également montré que les mesures descendantes sont généralement plus élevées. »

Les mesures figurant dans le document de M. Liggio comprennent les émissions provenant des bassins miniers, de traitement, de valorisation et de résidus.

L’industrie a reproché à ces mesures de survol de ne fournir qu’un instantané des émissions au lieu de données à long terme.

M. Liggio défend ses travaux, affirmant que la mesure des émissions par rapport à la production de pétrole atténue les pics soudains résultant d’une augmentation de la production.

« Nous examinons ce qu’ils émettent par rapport à ce qu’ils produisent », a-t-il expliqué.

Il a ajouté que son équipe analysait actuellement les données de survols similaires menés pour mesurer les émissions de sables bitumineux au cours de deux saisons différentes.

L’industrie a eu l’occasion de commenter l’étude, a souligné M. Liggio.

« De manière générale, l’industrie a été positive et favorable. Ils veulent travailler ensemble pour découvrir les causes des divergences. »

M. Liggio a indiqué que le problème apparent dans les quatre sites analysés pourrait signaler une situation répandue dans toute l’industrie. Il ajoute que les sous-estimations apparentes ont eu lieu malgré le fait que les mines étudiées avaient recours aux protocoles de mesure stricts des Nations unies.

« Les résultats indiquent que les émissions d’ensemble (des gaz à effet de serre) peuvent être sous-estimées et suggèrent que les rapports qui suivent cette approche de niveau 3 pourraient sous-estimer de façon générale les émissions de CO2 », indique le document.

Les chercheurs ne comprennent pas encore pourquoi les mesures descendantes ont tendance à être sensiblement plus élevées que les estimations ascendantes, a ajouté M. Liggio.

« Dans une installation complexe comme les sables bitumineux, il existe des centaines de sources […]. C’est assez compliqué. »