La crise climatique ne se réglera pas tant que celui ou celle qui fait la promotion des solutions ne fera pas partie du groupe social de son auditoire, conclut une étude australienne.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Plus réceptifs

Les gens sont plus réceptifs au message de l’importance de changer leurs comportements liés à la crise climatique lorsque le messager n’est pas un scientifique ni un militant environnemental, mais bien une personne qui appartient à leur groupe socio-économique et à laquelle ils peuvent s’identifier. C’est le résultat d’une étude australienne qui montre que les comportements de nos amis, voisins ou connaissances ont une incidence importante sur nos propres comportements lorsqu’il est question de la crise climatique. « Les communicateurs du climat doivent penser non seulement à ce qu’ils disent, mais aussi à qui porte le message : les scientifiques peuvent croire qu’ils sont au-dessus des mêlées partisanes, mais ce n’est peut-être pas comme ça qu’ils seront perçus », signalent les auteurs d’« Understanding (and Reducing) Inaction on Climate Change », paru dans le plus récent numéro de la revue scientifique Social Issues and Policy Review.

Des habitudes pas si vertes

Un des aspects les plus frappants de l’étude est que les gens qui sont préoccupés par la crise climatique n’ont pas des comportements beaucoup plus verts que les climatosceptiques, soit les gens qui ignorent le consensus scientifique au sujet de l’urgence d’agir pour diminuer les émissions de CO2. « C’est la partie de notre analyse qui m’a le plus surpris, explique en entrevue Matthew Hornsey, professeur en gestion à l’École de commerce de l’Université du Queensland, en Australie, et coauteur de l’étude. Les gens qui croient aux changements climatiques ont des opinions et des intentions beaucoup plus vertes, mais les différences sur le plan des comportements ne sont pas si grandes. Bien des gens soutiennent des actions pour le climat, mais quand on demande aux gens s’ils sont prêts à payer plus pour soutenir ces actions, les appuis dégringolent.

Enjeu abstrait

Pour dénouer cette impasse, les chercheurs proposent de harnacher la puissance du mimétisme comportemental, qui veut que nous soyons plus susceptibles de mettre en pratique des comportements favorables pour le climat lorsque ces comportements sont approuvés et mis en pratique par d’autres personnes de notre groupe social. “Plusieurs personnes considèrent que les changements climatiques sont un enjeu abstrait dont quelqu’un quelque part devrait s’occuper, mais ils ne sont pas arrivés au point où ils sont prêts à eux-mêmes faire des sacrifices dans leur vie de tous les jours, dit M. Hornsey. Il faut changer ce qui est perçu comme ‘normal’.”

Être un exemple

Comment faire pour que les gens passent de la parole aux actes ? “La tentation est d’essayer de convaincre les gens, de prêcher, mais nous n’avons pas de preuve que cela fonctionne, dit Matthew Hornsey. Lorsqu’ils sont critiqués, les gens ont plutôt tendance à se mettre sur la défensive, à se braquer, car ils ont l’impression d’être jugés moralement. Parfois, la meilleure stratégie est simplement d’être un exemple, de vivre la vie que vous voulez que les autres vivent. Si vous voyez des gens importants autour de vous adopter des pratiques vertes, alors vous finirez par voir les comportements verts comme étant la chose normale et naturelle à faire. C’est pourquoi les actions individuelles sont si importantes. Elles provoquent un effet domino qui conduit à des changements sociaux à grande échelle.”