Où va notre argent quand nous investissons dans les fonds de pension de notre entreprise ? C’est la question que s’est posée Gwen Houzelot, graphiste dans l’entreprise de jeux vidéo montréalaise Ludia. Quand elle a réalisé qu’elle finançait indirectement l’industrie du pétrole, la jeune graphiste a décidé d’agir pour permettre aux employés de Ludia d’investir dans des fonds verts.

Morgane Gelly
Collaboration spéciale

Comme beaucoup de Québécois, Gwen Houzelot cotise pour sa retraite avec le fonds commun de son entreprise. Cet argent est placé dans des portefeuilles, c’est-à-dire que des gestionnaires investissent l’argent dans plusieurs entreprises.

C’est avec stupéfaction qu’elle a épluché la liste de ces entreprises. « J’étais un peu déprimée en voyant qu’il y avait des compagnies pétrolières, des entreprises de sables bitumineux, des mines d’or, et tous les GAFAM [Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft]. »

Faire bouger les choses

La graphiste a « poussé un coup de gueule » sur Facebook et s’est rendu compte que ses collègues n’étaient pas vraiment au courant.

Je voulais juste que ça se sache, pour faire un choix en connaissance de cause.

Gwen Houzelot, graphiste chez Ludia

Elle a proposé en janvier, lors d’une assemblée générale, des solutions de rechange qui permettraient aux employés d’investir dans des fonds écoresponsables, « en regardant le boss dans les yeux devant 300 personnes, précise-t-elle. C’était un peu stressant ». Son initiative a été très bien reçue. Ludia est une entreprise qui encourage les actions en faveur de l’environnement, souligne-t-elle.

Très vite, les ressources humaines ont travaillé sur la question. Au mois de mai, les employés pouvaient investir dans des fonds NEI, une firme d’investissement responsable (IR).

L’investissement responsable

L’IR vise à utiliser son argent pour avoir un impact positif sur l’environnement et la société. Pour cela, il y a deux stratégies, selon François Meloche, cofondateur d’Équiterre et directeur de l’engagement actionnarial chez Aequo (services d’engagement actionnarial). La première consiste à intégrer des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance dans les choix de placements. « Le but, c’est d’éviter les entreprises qui sont les plus à risque, qui sont négligentes envers l’environnement, envers les travailleurs, les communautés locales, et de favoriser les entreprises proactives, qui gèrent ces questions-là », explique-t-il.

La seconde stratégie, complémentaire à la première, est l’engagement actionnarial. Le fait d’être actionnaire offre un moyen de pression. « On engage des discussions avec les entreprises pour les amener à adopter des politiques et des pratiques plus responsables envers l’environnement, la société, les travailleurs », précise François Meloche.

Ce type d’investissement peut être rentable, selon Marie-France Turcotte, professeure à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Les études démontrent qu’à un même niveau de risque, il n’y a pas de pertes, affirme-t-elle, le rendement est le même. »

Une victoire en demi-teinte

Pour Gwen Houzelot, la possibilité d’investir dans des fonds NEI est une victoire en demi-teinte. « Disons que ce n’est pas du tout la notion d’éthique que je pouvais avoir, déplore-t-elle. Dans le package, rien que le fait qu’il y ait Canadian Natural Resources, qui est une entreprise d’extraction de sables bitumineux, ça ne m’a pas trop fait plaisir. »

Selon François Meloche, la question est complexe. Il ne suffit pas de retirer les entreprises pétrolières pour minimiser l’impact environnemental.

C’est sûr que si tu n’investis pas dans le pétrole, tu retires ton argent d’un secteur problématique. Mais si après, t’investis dans Dollarama qui vend plein de jouets en plastique, ils font de l’argent avec le pétrole aussi.

François Meloche, cofondateur d’Équiterre et directeur de l’engagement actionnarial chez Aequo

Il ajoute que les entreprises comme NEI font de l’engagement actionnarial.

« On investit dans des entreprises comme Suncorp ou Canadian Natural Resources qui sont dans l’industrie des combustibles fossiles, reconnaît Frederick M. Pinto, chef d’actif gestion chez NEI. Cependant, ils ont fait de leur mieux pour réduire leur impact environnemental. Nous n’écartons pas nécessairement les entreprises, car il y a des industries où en investissant comme actionnaires, on obtient un meilleur résultat pour réduire leur impact environnemental. »

Cette stratégie des « premiers de classe » est répandue dans l’investissement responsable, selon Marie-France Turcotte. « Parce qu’on s’est rendu compte qu’en excluant certains secteurs, ça avait moins d’influence que de favoriser les meilleures entreprises. »

Des solutions de rechange

Gwen Houzelot aimerait aller plus loin et investir dans des solutions qu’elle juge plus écoresponsables, notamment dans des fonds syndicaux comme le Fonds de solidarité FTQ ou Fondaction. Ils offrent en plus l’avantage de donner droit à un crédit d’impôt supplémentaire.

Même si Gwen Houzelot n’a pas complètement atteint son objectif, son initiative a eu des effets concrets dans son entreprise. Un comité vert a été créé ainsi que deux clavardages internes dans lesquels les employés peuvent parler de REER responsables et d’environnement. « Ça a peut-être décoincé des gens sur la question écologique, ça les a fait sortir du placard ! », constate-t-elle.

Selon elle, il est important d’agir même si ça ne peut pas être parfait. « OK, tu ne vas pas avoir du 100 %, on n’est pas dans un monde idéal. Mais ce n’est pas parce que tu ne peux pas être à 100 % parfait que tu ne peux rien essayer de faire », conclut-elle.

Sur l’écran radar

PHOTO SWEN PFRTNER, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Pour contrer les effets des chaleurs extrêmes qui causent la dilatation de l’acier, l’opérateur ferroviaire allemand Deutsche Bahn a peint des rails en blanc sur un tronçon d’exploitation, l’été dernier.

Allemagne

Des rails peints en blanc pour contrer les effets de la canicule

Les étés longs et chauds en Allemagne mettent à rude épreuve les rails de chemin de fer. Pour contrer les effets des chaleurs extrêmes qui causent la dilatation de l’acier, l’opérateur ferroviaire allemand Deutsche Bahn a peint des rails en blanc sur un tronçon d’exploitation, l’été dernier. Les premiers essais ont montré que le rail blanc réfléchit plus de lumière et chauffe donc beaucoup moins qu’un rail conventionnel. Des résultats prometteurs qui ont incité Deutsche Bahn à poursuivre l’essai sur un tronçon d’un kilomètre d’une ligne à grande vitesse, en Bavière. La durabilité et l’usure de l’enduit seront ainsi mises à l’épreuve sur une voie très empruntée. Les résultats de ce test sont attendus dans un an et « constitueront la base d’une éventuelle extension du projet à d’autres itinéraires », précise Deutsche Bahn. — Agence France-Presse

PHOTO HANDOUT, AGENCE FRANCE-PRESSE

L’organisation Bats Queensland a fait état d’une « augmentation rapide » du nombre de chauves-souris retrouvées mortes ou très affaiblies ces deux dernières semaines dans les États du Queensland ou de Nouvelle-Galles-du-Sud.

Australie

Une sécheresse catastrophique pour les chauves-souris

Quantité de chauves-souris dépérissent en Australie, quand elles ne meurent pas carrément de faim, en raison de la sécheresse persistante qui entame leurs sources traditionnelles de nourriture, avertissent les associations de protection de la nature. L’organisation Bats Queensland a fait état d’une « augmentation rapide » du nombre de chauves-souris retrouvées mortes ou très affaiblies ces deux dernières semaines dans les États du Queensland ou de Nouvelle-Galles du Sud. Ashley Fraser, une volontaire de cette association, a indiqué que certaines parties de la Gold Coast, une région très touristique, étaient « jonchées » de cadavres de centaines de chauves-souris. Elle a dit que son organisation n’avait jamais vu un épisode d’une telle ampleur. « Nous nous attendons à ce que cela empire. Le climat changeant fait que la sécheresse va s’aggraver et créer un environnement où la survie des chauves-souris sera encore plus difficile. » — Agence France-Presse

PHOTO FREDERIC J. BROWN, AGENCE FRANCE-PRESSE

« L’EPA a connaissance de la crise croissante des populations de sans-abris dans les grandes villes californiennes, notamment Los Angeles et San Francisco », a écrit Andrew Wheeler, le chef de l’agence, dans une lettre au gouverneur de Californie, Gavin Newson.

États-Unis

L’EPA lie itinérance et pollution de l’eau en Californie

L’Agence de protection de l’Environnement (EPA) du gouvernement de Donald Trump a ajouté un nouveau sujet à la liste de récriminations contre la Californie : le laxisme supposé de l’État contre la pollution de l’eau, qu’elle a lié au problème des sans-abris. « L’EPA est préoccupée de voir que l’application par la Californie des lois fédérales sur l’environnement ne remplit pas ses obligations, a écrit Andrew Wheeler, le chef de l’agence, dans une lettre au gouverneur de Californie, Gavin Newson. L’EPA a connaissance de la crise croissante des populations de sans-abris dans les grandes villes californiennes, notamment Los Angeles et San Francisco. » Il fait ensuite le lien entre les sans-abris et le déversement dans le Pacifique et la baie de San Francisco d’eaux qui ne sont pas suffisamment traitées, selon l’agence fédérale, qui menace d’exercer ses pouvoirs de tutelle et réclame une réponse sous 30 jours. L’agence note que lorsque les pluies sont trop fortes, le volume d’eau et d’égouts à traiter par les stations d’épuration est trop important et des eaux usées sont rejetées dans l’océan ou la baie. — Agence France-Presse

PHOTO KACPER PEMPEL, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

La centrale de Belchatow est la plus grande centrale au charbon en Europe, selon ClientEarth.

Pologne

Des écologistes demandent aux tribunaux de fermer la plus grande centrale au charbon

L’organisation écologiste internationale de juristes ClientEarth a annoncé jeudi avoir déposé une plainte en justice réclamant la fermeture de la grande centrale électrique à charbon de Pologne, fonctionnant au lignite. L’organisation « réclame que le tribunal ordonne à PGE GiEK (groupe propriétaire de la centrale contrôlé par l’État) de cesser des activités constituant une menace pour l’environnement, considéré comme un bien commun, en arrêtant de brûler du charbon à la centrale de Belchatow d’ici 2035 au plus tard, ou en installant des dispositifs réduisant les émissions de CO2 à zéro ». La centrale de Belchatow est la plus grande centrale au charbon en Europe, selon ClientEarth. Elle est la source de 10 % des émissions de CO2 de la Pologne. Depuis le début de son fonctionnement dans les années 70, la centrale de 5472 MW « a émis environ un milliard de tonnes de CO2, ce qui équivaut à trois ans d’émissions de CO2 en Pologne », selon l’organisation écologiste. « Ce résultat fait que la centrale de Belchatow est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre en Europe », souligne ClientEarth. — Agence France-Presse