Seize petites îles désertes dans les Bahamas. Une vingtaine de chercheurs américains et de l’Université McGill. Et trois espèces de lézards.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Voilà la recette pour une avancée majeure dans la compréhension des effets délétères de l’introduction d’un nouveau prédateur dans un écosystème, publiée cette semaine dans la revue Nature.

Les chercheurs ont découvert que les problèmes ne se limitent pas au massacre de proies sans défense par le nouveau prédateur. La concurrence entre les proies s’accroît aussi.

L’expérience consistait à introduire un lézard carnivore, l’iguane caréné à queue bouclée (Leiocephalus carinatus), dans des îles où vivaient deux petits lézards se nourrissant d’insectes, l’anole vert (Anolis smaragdinus) et l’anole brun (Anolis sagrei). Le premier habite au faîte des arbres et le second, sur le tronc.

Quand l’iguane apparaît dans une île, l’anole brun se réfugie plus haut dans les arbres, car l’iguane ne peut y grimper. Les deux espèces d’anoles se retrouvaient donc en concurrence pour le même type d’insectes, ce qui a été démontré par l’analyse génétique de leurs selles. Les chercheurs ont vu au fil des six années de suivi une moins bonne santé des deux populations d’anoles. L’effet est appelé « concurrence dans les refuges ».

« L’activité humaine augmente la fréquence des introductions de nouveaux prédateurs dans des écosystèmes autrefois isolés », a déclaré par voie de communiqué Rowan Barrett, biologiste à l’Université McGill, qui est l’un des coauteurs de l’étude de Nature. « Nos travaux montrent que les conséquences de ces invasions de prédateurs pour la biodiversité peuvent dépendre fortement de changements dans le comportement des proies qui modifie la manière dont elles utilisent leur environnement. »

Un commentaire accompagnant l’étude dans Nature note que ces résultats vont à l’encore du modèle de « prédateur clef de voûte » (keystone predator), qui postule qu’un prédateur dominant permet d’éviter que l’une des espèces dont il se nourrit ne deviennent trop dominante dans un écosystème.