Les émissions de CFC-11, responsable du trou dans la couche d’ozone, ont recommencé à augmenter. C’est la faute de fabricants de mousse isolante en Chine, affirme une nouvelle étude. 

MATHIEU PERREAULT MATHIEU PERREAULT
La Presse

Enquête

Il y a presque exactement un an, une équipe internationale de chercheurs sonnait l’alarme : des usines avaient furtivement recommencé à fabriquer un type de chlorofluorocarbure (CFC), le CFC-11, interdit par le protocole de Montréal de 1987 en raison de son effet délétère sur la couche d’ozone. Hier dans la même revue, Nature, les limiers de l’ozone ont démasqué le coupable : des fabricants chinois de mousse isolante du nord-est de la Chine. « Nous avons pu les identifier avec des stations météorologiques en Corée du Sud et au Japon », explique l’auteur principal de l’étude, Matthew Rigby, de l’Université de Bristol, en Angleterre. « Environ 7000 tonnes de plus que prévu sont émises dans cette zone. Nous avons pris contact avec les autorités chinoises, qui affirment faire enquête pour faire fermer les usines clandestines. »

Autres coupables

Les pirates du nord-est de la Chine ne sont pas entièrement responsables de l’augmentation des émissions de CFC-11. « Ça représente de 40 % à 50 % de l’augmentation de 15 000 tonnes, dit M. Rigby. Nous sommes en discussions avec des chercheurs chinois pour avoir accès à leurs données météo pour voir s’il y a des émissions illégales ailleurs en Chine. » Le réseau AGAGE (Advanced Global Atmospheric Gases Experiment), qui a permis d’identifier les voyous de l’ozone dans le nord-est de la Chine, ne couvre pas non plus l’Amérique latine et certaines parties de l’Afrique, où pourraient se situer d’autres émetteurs illégaux de CFC-11.

Trou dans la couche d’ozone

Le trou dans la couche d’ozone se forme en Antarctique parce qu’il faut du froid pour que s’opère la réaction chimique impliquant les CFC responsables de la destruction des molécules d’ozone. Il atteint son maximum en septembre ou en octobre chaque année. La couche d’ozone protège la Terre des rayons ultraviolets du Soleil, qui augmentent notamment le risque de cancer. Comme les CFC-11 mettent un siècle à se dégrader, le trou dans la couche d’ozone, qui a commencé à rapetisser depuis 2010, ne disparaîtra pas avant 2080. Le trou dans la couche d’ozone a été détecté en 1989 et la production de la plupart des CFC (sauf à des fins médicales) a été interdite à partir de 2009. Le CFC-11 est au deuxième rang des CFC les plus abondants, la palme revenant au CFC-12, utilisé en climatisation. Les isolants fabriqués à partir de CFC-11 en émettent lentement durant des décennies, selon M. Ribgy, à moins que les isolants résidentiels ou de réfrigérateurs ne soient traités dans des usines spéciales.

EN CHIFFRES

350 000 tonnes Émissions annuelles de CFC-11 à la fin des années 80

50 000 tonnes Émissions annuelles de CFC-11 de 2008 à 2012

65 000 tonnes Émissions annuelles de CFC-11 de 2014 à 2017

Source : Nature