Les principaux mouvements écologistes québécois dénoncent à l'unisson les propos tenus par Philippe Couillard sur l'environnement, lors d'une entrevue éditoriale à La Presse.

Jean-Thomas Léveillé LA PRESSE

Le chef libéral a affirmé que la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) ne devait pas se faire au détriment de l'économie, se disant irrité de voir le mouvement écologique « minimiser les conséquences sociales de leurs actions », rapportait La Presse, samedi.

« Il n'y a plus personne qui oppose l'économie et l'environnement comme il l'a fait », s'est étonné le directeur général pour le Québec et l'Atlantique de la Fondation David Suzuki, Karel Mayrand. 

« L'économie du Québec se porterait mieux », même, si les groupes environnementalistes avaient été davantage écoutés, renchérit Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada.

Il cite en exemple les « deux milliards de dollars que ça coûte aux Québécois pour garder fermée la centrale [au gaz naturel] de Bécancour » et les « dizaines de millions » engloutis dans l'aventure pétrolière avortée de l'île d'Anticosti.

Création d'emplois

« C'est absurde de dire que les écologistes ne se préoccupent pas de l'emploi », s'indigne quant à lui Sidney Ribaux, cofondateur et directeur général d'Équiterre.

Il rappelle qu'une étude à laquelle son organisation a participé, avec notamment HEC Montréal et le Conseil du Patronat, concluait au début de l'année que « les effets anticipés de la transition énergétique seraient largement positifs si le Québec s'y prépare dès maintenant ».

« Globalement, c'est positif, on va créer [avec la transition énergétique] plus d'emplois qu'on va en perdre », résume Sidney Ribaux.

« C'est si on ne fait rien qu'on aura les plus grosses pertes d'emploi », ajoute Patrick Bonin, qui rappelle que le Parti libéral était la seule formation politique absente du Sommet pour une transition énergétique juste, qui s'est tenu en mai dernier au Palais des congrès de Montréal.

Karel Mayrand estime que Philippe Couillard, mais aussi François Legault, tiennent un « double discours » sur la question de l'emploi.

« Quand c'est le temps de faire des accords de commerce internationaux, ils disent que c'est correct de perdre des emplois, car on en gagne ailleurs », dit-il, ajoutant que ce devrait être vrai en environnement aussi.

Pas de plan

« En ce moment, les changements climatiques tuent des gens au Québec », s'exclame Karel Mayrand, accusant Philippe Couillard de « tirer sur les messagers » pour « ne pas parler du problème ».

Car à moins d'une semaine du scrutin, les Libéraux « ont les mains vides » en matière d'environnement, estime-t-il.

« On n'est pas en voie d'atteindre la cible [de réduction des GES] de 2020 à moins d'acheter massivement des crédits carbone », renchérit Patrick Bonin, ajoutant que « le gouvernement n'a aucun plan pour atteindre l'objectif de 2030 ».