La ruée vers l'or dans la forêt amazonienne au Pérou, où les mines illégales se sont multipliées ces dernières années, représente l'une des menaces les plus sérieuses pour cet écosystème précieux, mettent en garde lundi des chercheurs.

Publié le 28 oct. 2013
Jean-Louis SANTINI AGENCE FRANCE-PRESSE

Grâce à des observations aériennes, satellitaires et sur le terrain, une étude américano-péruvienne fournit lundi pour la première fois des informations précises et fiables sur cette activité illégale dans la région du Madre De Dios, dans le sud-ouest du Pérou.

L'étendue géographique sur laquelle les orpailleurs clandestins travaillent a augmenté de 400% de 1999 à 2012, en particulier après la crise financière mondiale en 2008 qui a fait exploser le cours du métal jaune, ont ainsi déterminé ces scientifiques.

En 2011, l'once d'or avait alors triplé de valeur par rapport à 2008 pour atteindre un niveau record de 1930 dollars avant de se replier.

Cette forte expansion des activités minières a entraîné un triplement des pertes annuelles moyennes de couverture forestière depuis 2008, ont calculé les auteurs de l'étude publiée dans les Comptes rendus de l'Académie américaine des Sciences (PNAS).

«Nos résultats révèlent que la forêt amazonienne subit beaucoup plus de dégâts qu'estimé jusqu'alors par le gouvernement péruvien, les ONG et les autres recherches», souligne Greg Asner, de la Carnegie Institution for Science, un des auteurs de cette étude.

«Nous avons conclu que le taux de perte de la forêt résultant de ces activités aurifères est passé de 2166 hectares par an avant 2008 à 6145 hectares par an» en 2012, explique-t-il. Il y a entre 50 000 et 70 000 orpailleurs illégaux, précise-t-il à l'AFP.

Ces petites mines dont plus de 90% sont illégales extraient pour plus d'un milliard de dollars d'or par an et comptent pour plus de la moitié des activités minières aurifères de cette région de l'Amazonie située au pied des Andes et dont les gisements sont particulièrement riches.

Les grandes sociétés minières, très polluantes également, qui exploitent les gisements d'or avec un permis, ont une part désormais marginale dans la dévastation de la forêt amazonienne comparativement aux dégâts infligés par ces milliers d'installations illégales, affirme cet écologiste.

L'ampleur et la rapidité de ce phénomène «très similaire à la ruée de l'or dans l'Ouest américain au XIXe siècle» sont difficiles à contrôler par le gouvernement péruvien, qui ordonne à l'armée de mener de temps en temps des raids pour détruire des équipements.

Plus ravageuse que la déforestation

Ces chercheurs d'or sont pour la plupart des Péruviens pauvres qui ont une dette - contractée pour acheter le plus souvent de la nourriture - envers des «barons de l'or», qui les forcent à prospecter.

Outre «les énormes dégâts infligés à la forêt amazonienne et au sol sur d'immenses étendues, le mercure utilisé pour extraire l'or pollue les sols et les affluents de l'Amazone, qui pourrait être affectée pendant plusieurs siècles», déplore Greg Asner.

Les mineurs chassent également de façon sauvage pour se nourrir, détruisant une grande partie de la faune dans les zones avoisinantes des mines, note-t-il.

Ernesto Raez Luna, conseiller du ministère péruvien de l'Environnement et coauteur de l'étude, souligne la difficulté rencontrée jusqu'alors par le gouvernement pour obtenir des données fiables et précises sur l'exploitation aurifère illégale dans le pays.

«Désormais nous disposons d'informations très détaillées et exactes sur lesquelles le gouvernement peut s'appuyer pour agir et mettre en garde les Péruviens contre l'impact dévastateur de ces mines d'or dans l'une des enclaves les plus importantes de la biodiversité mondiale», se réjouit-il.

«Personne ne devrait acheter un gramme d'or provenant de cette forêt vierge et l'exploitation aurifère devrait être arrêtée», a plaidé ce scientifique péruvien.

Pour Greg Asner, «cette ruée vers l'or au Pérou excède les effets combinés de toutes les autres causes de perte de la forêt dans la région y compris l'abattage des arbres et l'agriculture».