Les relations profs-étudiants en pleine lumière

L'Université Concordia vient de se doter d'une nouvelle... (Photo Ryan Remiorz, Archives La Presse canadienne)

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L'Université Concordia vient de se doter d'une nouvelle politique qui oblige tout enseignant qui a une relation intime avec un étudiant à la divulguer par écrit et à se retirer complètement de ses fonctions professionnelles liées à cet étudiant.

Photo Ryan Remiorz, Archives La Presse canadienne

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Les langues se délient et les dénonciations se multiplient. Au Québec, avec l'adoption du projet de loi 151, l'encadrement des relations entre professeurs et étudiants est plus que jamais d'actualité.

NOUVELLES DIRECTIVES À CONCORDIA

Après avoir déclenché une enquête à la suite d'allégations concernant des professeurs de création littéraire qui auraient eu des relations sexuelles avec des étudiantes et auraient abusé de leur autorité, l'Université Concordia vient de se doter d'une nouvelle politique qui oblige tout enseignant qui a une relation intime avec un étudiant à la divulguer par écrit et à se retirer complètement de ses fonctions professionnelles liées à cet étudiant.

« Étant donné l'inégalité du pouvoir qui existe dans le milieu de l'enseignement supérieur, l'Université décourage le plus vigoureusement qui soit toute relation consensuelle romantique ou sexuelle entre les enseignants et leurs étudiants. Les relations de ce type constituent à tout le moins un conflit d'intérêts réel ou apparent et devraient être évitées », a indiqué le vice-recteur Graham Carr, dans un communiqué.

POLITIQUES OBLIGATOIRES EN CHANTIER

Le projet de loi 151, adopté par Québec en décembre 2017, oblige toutes les universités et les collèges à se doter d'ici le 1er janvier 2019 d'une politique pour prévenir et combattre les violences à caractère sexuel. Cette politique devra inclure un code de conduite régissant les cas où une relation intime a lieu en même temps qu'une relation pédagogique ou d'autorité. Il faudra encadrer toute situation qui risque de nuire à l'objectivité et à l'impartialité requises dans la relation pédagogique ou encore de favoriser l'abus de pouvoir ou la violence à caractère sexuel. Cette politique devra être révisée et suivie par un comité permanent composé d'étudiants, de dirigeants et de membres du personnel.

INTERDICTION ILLUSOIRE

Plutôt que d'interdire les relations amoureuses professeurs-étudiants, il vaut mieux établir des balises, croit Christine Grou, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec. « Si vous interdisez aux gens de tomber amoureux, ils vont tomber amoureux pareil », dit-elle.

« Compte tenu du fait que c'est impossible d'empêcher les gens de tomber amoureux, il faut avoir des balises et des paramètres clairs pour savoir quoi faire si ça se développe. Des fois, on est mieux d'aller dans une approche de minimisation des risques - en obligeant par exemple par une politique les professeurs à déclarer toute relation et à se retirer de tout lien professionnel avec un étudiant. »

Il faut aussi favoriser une culture institutionnelle qui offre des « facteurs de protection ». « Lorsque quelqu'un se sent lésé, abusé, qu'il vit une injustice ou doit se protéger d'un risque réel ou d'un danger potentiel, il faut qu'il y ait des instances qui puissent intervenir. »

RISQUES BIEN RÉELS

Les méfaits potentiels d'une relation intime professeur-étudiant peuvent faire contrepoids aux bienfaits généralement associés à une relation amoureuse, souligne Christine Grou, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec. « Il y a un haut risque de subjectivité dans l'évaluation, dans une éventuelle attribution de fonction de charge de cours ou d'un poste de professeur, dans la progression d'une carrière. Il y a un risque pour la crédibilité du professeur, celle du département et celle de l'organisation si on est incapable d'assurer l'objectivité nécessaire. Il y a aussi un risque pour la crédibilité de l'étudiant ou l'étudiante et un risque de porter atteinte à son estime de soi. »

CONGÉDIÉ POUR UNE RELATION AMOUREUSE

En mai 2017, un arbitre du travail a donné raison aux arguments de l'État québécois, qui avait congédié un professeur de 36 ans d'un institut postsecondaire qui fréquentait son étudiante de 31 ans et qui a eu des relations sexuelles avec elle dans les locaux de son employeur. Le professeur avait fait valoir qu'il s'agissait d'une relation entre adultes consentants. Malgré tout, le tribunal d'arbitrage a conclu que le congédiement était justifié. On a jugé que le professeur s'était incontestablement mis en situation de conflit d'intérêts, qu'il ne pouvait exercer ses fonctions avec impartialité et qu'il n'avait pas agi selon les normes éthiques attendues dans la fonction publique.

UNIVERSITÉ COLUMBIA : TROIS FEMMES, UN MÊME PATTERN

L'automne dernier, trois femmes ayant fréquenté l'Université Columbia pour leur doctorat ont dénoncé un éminent professeur d'histoire, William V. Harris, qu'elles accusent de harcèlement sexuel étalé sur 30 ans. La première plaignante dit avoir été harcelée par le professeur dans les années 80. La deuxième, dans les années 90. Et la troisième, en 2014. Une poursuite a été déposée contre le professeur par cette dernière étudiante. Le professeur, d'abord suspendu, a finalement pris sa retraite en décembre 2017 dans le cadre d'une entente conclue avec la plaignante.




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