Les Québécois en ont ras le bol du Parti libéral et du Parti québécois, a affirmé François Legault, jeudi matin, après qu'un sondage CROP-La Presse eut révélé que la Coalition avenir Québec prend de l'élan. Mais il reconnaît que plusieurs électeurs, en particulier les femmes, ressentent une certaine «inquiétude» à l'égard des changements qu'il propose.

Martin Croteau et Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

L'enquête, parue jeudi matin, accorde 25% des intentions de vote à la CAQ, ce qui la laisse toujours troisième derrière le Parti québécois (34%) et le Parti libéral (27%). En revanche, François Legault est perçu comme celui qui ferait le meilleur premier ministre par 25% des personnes sondées, ce qui le place devant Jean Charest et Pauline Marois, tous deux à 23%.

Mais pour continuer sur sa lancée, il reconnaît qu'il devra rallier les femmes, qui sont seulement 20% à appuyer son parti.

«Je vais essayer d'examiner ce que je peux faire pour plaire davantage aux femmes», a indiqué le chef caquiste, sourire en coin.

Mais du même souffle, il reconnaît que les changements qu'il souhaite imposer peuvent inquiéter l'électorat féminin.

«Il y a des gens qui sont peut-être inquiets, a-t-il convenu. On a deux partis qui se chargent d'amplifier cette inquiétude. Le changement, c'est sûr que ça amène toujours une période d'incertitude, donc ça inquiète certaines personnes. Mais je pense qu'on est rendu à une étape où on n'a pas le choix.»  

«Il faut leur expliquer que les changements qu'on propose sont possibles, a-t-il ajouté. On n'a pas le choix de faire ces changements, et c'est ce qu'on va essayer d'expliquer aux femmes du Québec.»

Indécis

Près d'un électeur sur cinq (19%) se dit toujours indécis, une bonne nouvelle aux yeux de M. Legault. Il y voit la preuve que ses propositions trouvent une oreille attentive, tant chez les partisans du PQ que du PLQ.

«Ce qu'on voit actuellement sur le terrain, c'est que les gens cherchent une alternative, a observé le chef caquiste, de passage en Mauricie. Les gens sont tannés de la corruption du Parti libéral du Québec, les gens ne veulent pas du référendum de Mme Marois.»  

François Legault le reconnaît sans détour, cette situation décuple l'importance des quatre débats télévisés qui auront lieu à compter de dimanche. D'autant plus que, contrairement à Jean Charest et Pauline Marois, il n'a jamais pris part à ce genre d'exercice.  

«Ça va être un moment clé pour la suite des choses», a-t-il dit.  

Le chef caquiste a fait du «grand ménage» le thème central de sa campagne. Il souhaite s'attaquer à la corruption et au gaspillage des fonds publics. La CAQ a également promis de fournir à chaque Québécois un médecin de famille en un an, et de baisser de 1000$ l'impôt des ménages de la classe moyenne.  

«Je pense que la Coalition répond aux préoccupations d'une grande partie de la population québécoise, a dit M. Legault. Plus la campagne va avancer, plus les indécis vont se rallier à la CAQ.»  

Ses adversaires ont vertement critiqué les propositions de François Legault, qu'ils mettent au défi de montrer comment il compte les financer. On aura la réponse demain, vendredi, puisque la CAQ dévoilera son cadre financier.

Quant à Québec solidaire, Françoise David s'est réjouie de voir que les intentions de vote pour les libéraux de Jean Charest diminuent: «Le gouvernement Charest, si la tendance se maintient, ne sera pas réélu. C'est une bonne nouvelle.»

Quant à ses propres candidats, Mme David s'est limitée à dire qu'elle compte en faire élire plusieurs députés. Le sondage de ce matin attribue à Québec solidaire un recul d'un point, dans les intentions de vote, qui passent de 8% à 7% après répartition des indécis.

François Legault a été vertement critiqué par ses rivaux au cours des derniers jours, pour avoir lancé une série de promesses sans préciser de quelle manière il compte les financer. On aura finalement la réponse à ces questions demain, vendredi, lorsque la CAQ dévoilera son cadre financier.

Agriculture

Après avoir rencontré les hauts dirigeants de l'Union des producteurs agricoles (UPA) la veille, le chef caquiste a dévoilé jeudi une série d'engagements en matière d'agriculture.

Si elle est élue, la CAQ adoptera «rapidement» une politique agricole, a indiqué M. Legault. Ellemodifiera aussi les lois fiscales pour que les agriculteurs qui cèdent leur terre à leurs enfants paient moins d'impôt sur leurs gains en capital. Un gouvernement caquiste améliorerait l'étiquetage des produits québécois dans les épiceries.

François Legault demanderait aussi à Ottawa de resserrer les normes en matière d'importation de produits alimentaires, et militerait pour le maintient de la gestion de l'offre. Plusieurs observateurs craignent que cette manière de protéger les éleveurs d'oeufs, de volaille et de lait de la concurrence étrangère soit menacée depuis qu'Ottawa a entamé des pourparlers de libre-échange avec l'Union européenne et les pays de la zone Pacifique