Une fenêtre sur le fleuve, de vieilles pierres, d'anciens quartiers ouvriers : Lachine a du charme à revendre. Il lui reste maintenant à régler son criant problème de transport et à revitaliser son ancien quartier industriel.

Publié le 1er nov. 2013
Louise Leduc LA PRESSE

Sur la jetée au bout de la 34e avenue, à l'ombre de l'emblématique phare rouge et blanc de Lachine, une dizaine de pêcheurs taquinaient le poisson ce matin-là, assis dans leurs chaises de parterre.

Terrebonne, Longueuil, Brossard... Ce matin-là, aucun Lachinois. Que des banlieusards venus de loin pour profiter du lac Saint-Louis et de cette tranquillité hors du commun dans l'île de Montréal.

Tout ça, « à quinze minutes du centre-ville », disent les vendeurs de condos.

Quinze minutes ? En dehors des heures de pointe et en jouant d'astuce pour déjouer les travaux, s'entend.

Lachine est encerclée de travaux : travaux sur l'autoroute 20 entre Dorval et Lachine, travaux réguliers sur la 720 et accès fermé vers le pont Champlain. Résultat : aux heures de pointe, ça déborde de partout.

« Imaginez ce que ce sera quand l'échangeur Turcot sera en réfection, dit Sophie Arsenault, résidante de Lachine. C'est une grosse source d'inquiétude pour mon conjoint et moi. »

Le lot des Lachinois motorisés, c'est de jouer d'astuce en se tricotant le meilleur trajet possible.

La situation est telle que dans le boulevard qui longe le lac Saint-Louis - une route dite panoramique - c'est pare-choc à pare-choc la plupart des soirs de semaine : plein de gens évitent l'autoroute 20.

Sontra Tran, qui travaille à Verdun - pourtant l'arrondissement voisin - ne prend plus la 20 pour aller au travail. « Comme plein de gens, je passe par des plus petits chemins. La rue Saint-Patrick, la rue Notre-Dame... »

Tous ces gens n'ont qu'à prendre les transports en commun, direz-vous. C'est ce que fait Preston Harris, un résidant de Lachine qui travaille au centre-ville. « Je prends l'autobus, mais l'autobus est lui aussi pris dans la circulation », dit-il.

Le métro le plus proche est à LaSalle, ce qui suppose un long trajet en autobus. La station de train de banlieue est excentrée, à la limite de Dorval et encore là, les trains sont peu fréquents.

« Le transport, c'est un enjeu crucial pour Lachine, confirme Henri Chevalier, directeur général de la Corporation de développement économique communautaire de Lachine. En plus, comme l'échangeur Saint-Pierre a été construit à la même époque que l'échangeur Turcot, il devra lui aussi être refait. Lachine subira donc les travaux pendant une quinzaine d'années. »

Tout indique qu'un arrêt de train sera ajouté à l'est de Lachine, sur la ligne entre Saint-Constant et Montréal. Henri Chevalier, lui, lance l'idée d'un « tram-train » sur la rue Victoria, où il y a une emprise de voie ferrée.

Voilà pour l'épineuse question du transport.

Un potentiel énorme

Autrement, Lachine présente un formidable potentiel de développement, comme le signale Gilles Dubien, directeur général de la Chambre de commerce et d'industrie du Sud-Ouest-Lachine-LaSalle.

Beaucoup de logements - condos et logements à prix abordables - se sont ajoutés au paysage, « sans que cela ne crée de conflits sociaux ou que l'on crie au " pas dans ma cour " ».

Berceau de l'industrialisation canadienne à une certaine époque, Lachine doit maintenant se réinventer du côté est. « Il y a une belle occasion de penser un quartier cohérent qui allie habitations, activités professionnelles et commerciales et loisirs », dit Henri Chevalier.

Si cela se faisait, cela donnerait par le fait même un sérieux coup de main à la rue Notre-Dame en mal de revitalisation.

« À une certaine époque, la rue Notre-Dame, à Lachine, attirait même les gens des quartiers environnants qui venaient se faire " une belle dame ". Il y avait un cinéma, un tramway et tout au bout, la bouillonnante Dominion Bridge », rappelle M. Chevalier.

Rien de tout cela aujourd'hui. Comme dans la chanson des Colocs, l'épicerie est partie, comme la banque et le bureau de poste.

Tous les services ou à peu près sont maintenant regroupés autour de la 32e avenue. Partout ailleurs, « c'est le désert alimentaire, se désole Henri Chevalier. Or, de devoir prendre l'autobus à Lachine pour aller à l'épicerie, surtout quand on est âgé, ce n'est pas évident ».

« Si les commerces sont partis, poursuit M. Chevalier, c'est bien parce qu'il n'y avait pas assez de clients. Une densification de Lachine amènerait une meilleure vie de quartier. Je ne dis pas qu'il faut des cubes de 15 étages partout, mais il en faut. Tout le monde ne peut pas se payer une petite maison avec jardin. Il faut que le logement soit abordable. »

Tout cela doit se faire, bien sûr, sans gâcher « cette impression de village que l'on retrouve à Lachine, où c'est tricoté serré », dit M. Chevalier.

C'est vrai pour l'est industriel de Lachine comme pour les abords du lac Saint-Louis.

« Je n'aimerais pas que le bord de l'eau devienne aussi touristique que dans le coin du marché Atwater, avec toutes ces locations de vélos et d'embarcation », dit une résidante, Sophie Arsenault.

En clair, pour elle comme pour bon nombre de résidants, il n'est pas mauvais que Lachine reste un secret bien gardé.

Saint-Pierre, parent pauvre de Lachine

Lieu de passage des immigrants, le quartier Saint-Pierre - l'ancienne Ville Saint-Pierre - est le parent pauvre de Lachine.

Le problème part d'une géographie impossible. Étranglé entre l'autoroute 20 et une voie ferrée, Saint-Pierre souffre d'un problème criant de transport.

« Ce secteur a beau être tout près de l'arrondissement de Saint-Laurent où il y a beaucoup d'emplois, c'est à peu près impossible d'y aller, note Phédia Gottot, coordonnatrice de l'organisme Concert'Action Lachine. On n'a pas de métro et le réseau d'autobus est plus ou moins fiable. Or, le quartier est un lieu de passage de nouveaux immigrants qui n'ont souvent pas de voiture. »

La particularité physique des lieux ne fait qu'aggraver la grosse misère du quartier.

« C'est dur de sortir de Saint-Pierre, signale Mme Gottot. Une femme victime de violence conjugale qui cherche à trouver de l'aide peut difficilement traverser l'autoroute à pied. Tout cela crée un effet de ghetto. »

Lachine

Taux de participation aux élections de 2009: : 39,5 % (ensemble de Montréal : 39,4 %)

Maire sortant : Claude Dauphin (61,5 % des voix)

À surveiller en 2013

Trois personnes sont officiellement candidates au poste de maire de l'arrondissement de Lachine aux élections municipales du dimanche 3 novembre. Il s'agit de Patricia Bossy, une travailleuse communautaire qui brigue la mairie d'arrondissement pour Projet Montréal de Richard Bergeron ; Claude Dauphin, le maire sortant qui s'est fait élire la dernière fois sous la bannière d'Union Montréal et qui a créé son propre parti ; enfin, l'indépendant Pierre Ené, professeur de gestion à l'Université Concordia.

Ça se bouscule au portillon pour les postes de conseiller. Vingt-six hommes et femmes convoitent les cinq sièges du conseil d'arrondissement.