Après les plex des années 60 un peu loin de tout, les hautes tours de condos se mettent à pousser dans le ciel de LaSalle en misant sur l'attrait du métro-boulot-dodo.

Publié le 1er nov. 2013
Louise Leduc LA PRESSE

L'urbaniste Gérard Beaudet n'y va pas par quatre chemins quand on lui demande de parler de l'arrondissement de LaSalle. « Dans toutes les villes, il y a de ces quartiers banals comme LaSalle qui, à quelques exceptions près, ne valent pas le détour mais qui se portent néanmoins très bien et dont la valeur des propriétés reste élevée. »

Pas sûr que tous les résidants de LaSalle approuveront une définition aussi crue de leur arrondissement.

Et pourtant, quand on discute avec eux, quand on leur demande de nous parler de leur arrondissement, le discours n'est pas très loin de celui de M. Beaudet.

Ils habitent à LaSalle parce qu'ils y sont bien. Et ils y sont bien, disent-ils, parce qu'ils aiment la proximité de magasins et de grandes surfaces et parce que même si l'ensemble n'est pas des plus bucoliques, on y trouve quelques endroits grandioses : les rapides de Lachine, le bord du fleuve de façon générale et de superbes pistes cyclables.

À LaSalle, « tout est dans le bord de l'eau », résume Henri Chevalier, directeur général de la Corporation de développement économique communautaire (CDEC).

« Ça fait 36 ans que j'habite à LaSalle, explique Pierre Blais. En gros, soit je suis au Carrefour Angrignon, soit je fais du vélo, l'été, sur les pistes cyclables, le long du fleuve ou du canal de Lachine. J'aime bien aussi aller pique-niquer avec mon épouse au parc des Rapides. »

Quand on l'a abordée, Charlotte Champagne lisait justement tout près des rapides. Originaire du Bas-du-Fleuve, elle a déménagé à LaSalle pour se rapprocher de sa fille. « Au début, j'ai trouvé ça dur, la ville, mais comme on est tout près du parc des Rapides, je viens souvent ici. »

Un gros problème de transport

Le gros, gros problème, à LaSalle, demeure le transport.

L'arrondissement est encerclé par les travaux routiers depuis des mois et des rues résidentielles prennent souvent des allures d'autoroute.

« Même si on y trouve un métro, on a souvent 20 minutes d'autobus à faire pour s'y rendre et rendu là, on est encore loin d'être arrivé au centre-ville », relève Henri Chevalier, directeur général de la Corporation de développement économique communautaire.

C'en est trop. Avant même que la rénovation des échangeurs Turcot et Mercier soit lancée, plusieurs ont déjà renoncé à se rendre en ville en voiture. « Je vais travailler au centre-ville en autobus et en métro, raconte Carole Jodoin. Ça me prend 1 h 10 min, c'est long, mais pendant ce temps-là, je lis. »

Michel Leblanc ne veut plus rien savoir non plus de la voiture. Résidant pendant 23 ans de Saint-Constant, il en a eu assez des bouchons et du gazon à tondre. Le voilà maintenant dans un condo, juste à côté du métro Angrignon, dans un quartier qui se construit maintenant tout en hauteur et qui donne des airs de mini-centre-ville à l'arrondissement. « Ici, on n'a pas besoin de voiture. Tous les magasins sont à côté. Je marche tout le temps et quand je sors au centre-ville, je prends le métro. Je n'ai pas besoin de me casser la tête avec le stationnement. »

Quand il fait beau, Cécile Traversy part travailler à l'hôpital Jean-Talon en voiture. « Le trafic, c'est l'enfer. J'en ai pour une heure le matin et une heure le soir. L'hiver, je prends le métro. »

Les défis à venir

Qu'y a-t-il à améliorer à LaSalle ? Henri Chevalier, de la CDEC, croit qu'il faut développer le plus d'emplois possible sur place. « Avec les problèmes de transport que l'on connaît, on ne peut plus se permettre d'avoir l'emploi d'un côté et le logement de l'autre. »

Côté transport, M. Chevalier espère que dans la foulée de la reconstruction de l'échangeur Turcot, LaSalle s'assurera d'avoir de nouvelles sorties sur la 20.

Quant aux atouts de LaSalle, « le bord de l'eau a beaucoup de potentiel et il faut le développer, poursuit M. Chevalier. Pourquoi ne pas installer des stands de restauration au bord de l'eau, par exemple ? »

Gilles Dubien, résidant de LaSalle et directeur général de la Chambre de commerce et d'industrie locale, prédit pour sa part « que beaucoup de jeunes couples vont vouloir s'installer là pour se rapprocher du métro. La reconstruction de Turcot effraie bien des gens qui souhaitent vraiment se rapprocher du transport en commun. »

« Ces édifices en hauteur, ça change bien sûr le paysage urbain, mais ils se construisent dans des secteurs très ciblés. »

Roger Dorval, qui habite à LaSalle depuis 37 ans, adore toujours l'endroit, son parc des Rapides où il va observer les oiseaux et se promener. Par contre, ce dynamisme immobilier est loin de l'enchanter. « De grandes tours comme ça, ça va à New York, mais ça n'a pas trop de sens dans notre quartier. Ça devient une politique de promoteurs. »

Ça se bâtit beaucoup, à LaSalle, mais pas toujours dans les meilleures conditions. Ceux qui ont acheté une résidence dans le projet Bois-des-Caryers attendent toujours que les trous d'homme soient recouverts et que la route soit pavée.

L'arrondissement de LaSalle a fait parvenir récemment une mise en demeure au promoteur, une entreprise à numéro détenue par Tony Magi.

LaSalle

Taux de participation en 2009 : 38,3 % (ensemble de Montréal : 39,4 %)

Maire élu : Manon Barbe (47,2 %)

Enjeux en 2013

Manon Barbe, qui était de l'équipe Tremblay aux dernières élections, a décidé de faire bande à part et de créer une nouvelle formation, ProAction LaSalle.

Manon Barbe affrontera pas moins de 12 candidats, parmi lesquels Patrick Asch, de Projet Montréal, fondateur de l'organisme laurentien Héritage Laurentien qui a contribué à la reconstitution de milieux naturels comme celui du parc des Rapides ; l'avocat et homme d'affaires Jean-François Labbé, qui représente le parti de Denis Coderre ; le Salvadorien d'origine Francesco Moreno, pour le parti de Mélanie Joly.

Pas moins de 42 personnes se disputent les autres postes.