Stephen Harper s'est lancé dans une guerre de chiffres avec son adversaire libéral, un combat dont celui qui sortira vainqueur sera sans doute celui qui parle le plus fort.

Fannie Olivier LA PRESSE CANADIENNE

Dans un rassemblement partisan à Ajax, en Ontario, le chef conservateur a accusé l'opposition de vouloir convaincre les Canadiens que le pays était en déficit et même en récession, alors que l'économie se porte bien, selon lui.

Or, le chef libéral Stéphane Dion a dit cette semaine que le Canada était près d'une récession, sans pour autant prétendre qu'elle y était déjà.

M. Dion a par ailleurs répondu à M. Harper qui l'accusait vendredi de «souhaiter» une récession dans l'espoir de capitaliser sur le mécontentement des électeurs.

Mais le leader du Parti conservateur en a rajouté une couche samedi.

«M. Dion est tellement furieux que ce gouvernement soit en surplus», a-t-il lancé à la foule venue lui manifester son appui.

«L'opposition tente de dire aux gens que nous sommes en déficit alors que nous sommes en surplus. Ils essaient de dire aux gens que nous sommes en récession alors que notre économie est en croissance. Ils cherchent à dire aux gens que des emplois sont perdus alors que plus de gens travaillent», a-t-il poursuivi.

M. Harper martèle depuis le début de la campagne électorale qu'un gouvernement libéral ferait plonger le pays dans d'importants déficits compte tenu des dépenses que M. Dion a promis s'il était élu.

Il est allé jusqu'à avancer samedi que M. Dion avait dépensé 70 000 $ par seconde avant même que son programme soit révélé.

«En d'autres mots, les libéraux annoncent plus de dépenses par seconde que ce qu'une famille canadienne moyenne gagne en une année complète», a prétendu M. Harper dans son discours.

L'équipe libérale n'a pas pris de temps pour répliquer à cette attaque, tournant en ridicule les calculs conservateurs.

Le montant de 70 000 $ par seconde, signifierait pas moins de 4,2 millions par minute, soit 2207 milliards $ par année, soit près de 10 fois le budget fédéral.

Les conservateurs ont expliqué qu'ils étaient arrivés à ce chiffre en estimant que les promesses faites par M. Dion au cours des 13 premiers jours de la campagne s'élevaient à 80 milliards.

Toronto courtisée

Le chef du Parti conservateur a d'autre part tenté de gagner le coeur des résidents de Toronto, une ville où il a grandi mais dans laquelle il n'a pu gagner aucun siège lors des dernières élections.

Pour ce faire, il a misé, comme c'est son habitude, sur son bilan, tout en promettant la stabilité.

«La grande région de Toronto ne veut que ce pays retourne à l'époque des déficits. Elle a besoin du genre d'investissements prudents que notre gouvernement fait pour permettre à l'économie de croître», a affirmé M. Harper.

Le chef conservateur a passé une partie de son enfance dans la grande région de Toronto, mais il a vécu au cours des 30 dernières années à Calgary, puis à Ottawa.

Il avait reçu un accueil mitigé vendredi soir lorsqu'il avait visité le bureau de campagne de son candidat dans Etobicoke-Centre, Axel Kuhn, dans un comté où les libéraux l'ont emporté par plus de 50 pour cent des voix aux dernières élections.

Plusieurs partisans et membres du parti l'attendaient pour lui réserver un accueil chaleureux, mais également des manifestants venus protester, entre autres, contre ses politiques en environnement.

Dans un bref discours, le leader conservateur avait indiqué à la foule que l'une de ses plus importantes déceptions lors du dernier scrutin avait été de ne récolter aucun siège dans la région où il avait grandi.

En soirée, M. Harper a participé à des retrouvailles avec ses anciens camarades de classe à l'occasion du 50e anniversaire de son école secondaire, le Richview Collegiate Institute.

M. Harper, qui a obtenu son diplôme en 1978, a pris la parole en début de soirée pour prononcer un discours qu'il avait écrit lui-même et qui se voulait plus personnel.

«Ayant été dans sa classe, je peux vous dire que c'était le gars le plus brillant de notre année», a lancé Ruth Scully, une de ses anciennes camarades de classe en le présentant.

Plusieurs centaines de personnes l'ont écouté parler notamment de sa passion pour les voyages qu'il fait au Canada et à l'étranger depuis qu'il est premier ministre, ainsi que de sa satisfaction à vivre dans un pays prospère et en paix.

Il a reçu globalement un accueil amical, même si quelques huées se sont glissées entre les applaudissements.