Le passé de quatre conservateurs refait surface

André Noël
André Noël
La Presse

Le Parti conservateur se présente comme un parti intègre, vis-à-vis de son principal adversaire, le Parti libéral du Canada, qui commence à peine à se remettre du scandale des commandites. «L'enjeu pour les Canadiens respectueux des lois est trop grand pour qu'ils retournent à la vieille approche laxiste et inefficace des libéraux», a déclaré Rob Nicholson, ministre de la Justice, lundi. «Nos candidats et candidates sont des hommes et des femmes de qualité et d'intégrité», a lancé Stephen Harper, au débat des chefs en 2006. Paroles rassurantes. Dans les faits, le Parti conservateur compte dans ses rangs des candidats, des députés et des organisateurs qui ont été l'objet de décisions pas toujours très positives des tribunaux.

Richard Grisé, un organisateur condamné pour corruption

Richard Grisé est le directeur de campagne de René Vincelette, candidat conservateur dans Saint-Hyacinthe-Bagot. Il occupe le plus grand bureau du local. Âgé de 64 ans, il dégage beaucoup d'assurance, ce qui ne l'empêche pas de se montrer humble: «Vous savez, ici, je n'ai pas de titre», a-t-il dit à un journaliste de La Presse, en lui donnant une forte poignée de main.

 

Lui-même ancien député progressiste-conservateur, M. Grisé n'est pas un organisateur politique ordinaire. Il a un dossier criminel pour corruption et abus de confiance. Plusieurs choses ont été alléguées par la police, entre autres d'avoir offert des emplois fictifs en utilisant les fonds de la Chambre des communes, notamment au jeune Maxime Bernier et à son frère, Gilles fils, à la fin des années 80. Le père de Maxime, Gilles Bernier, alors député conservateur, avait de son côté embauché le fils de M. Grisé.

Après un très long processus judiciaire, M. Bernier a été acquitté. Des années plus tard, son fils Maxime a été élu à son tour et nommé ministre. M. Grisé, lui, a plaidé coupable à deux reprises, pour des accusations différentes. Élu une première fois en 1984, puis réélu en 1988, il a obtenu des subventions pour des travaux dans sa circonscription de Chambly. En échange des contrats, les professionnels et les entrepreneurs qui réalisaient ces travaux étaient invités à donner de l'argent à l'entreprise du député.

En 1989, M. Grisé a reconnu sa culpabilité à 11 chefs d'accusation pour corruption, fraude et abus de confiance. Il a été condamné séance tenante à une journée de prison et à 20 000$ d'amende, en plus d'être placé en probation pour une période de trois ans. Puis, en 1994, il a de nouveau plaidé coupable à deux chefs d'accusation pour abus de confiance, relativement aux contrats d'embauche payés à même les fonds de la Chambre des communes.

Les années ont passé, et bien des gens ont oublié ces incidents. En effet, M. Grisé n'était qu'un cas parmi d'autres. Un nombre record de députés progressistes-conservateurs ont eu des démêlés avec la loi sous le gouvernement de Brian Mulroney. L'affaire Grisé occupe seulement deux pages dans le livre bien connu de Stevie Cameron, qui en compte 500 et qui a été publié sous le titre On the Take, Crime, Corruption and Greed in the Mulroney Years (que l'on pourrait traduire par Opération Main basse: le crime, la corruption et la cupidité dans les années Mulroney).

Ni M. Grisé ni le candidat René Vincelette n'ont rappelé La Presse, hier.

 

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Darryl L. Gray

Darryl L. Gray, un candidat condamné pour conduite

Darryl L. Gray, un candidat condamné pour conduite en état d'ébriété

Darryl L. Gray, candidat conservateur dans la circonscription de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, a été condamné en 1990 pour conduite en état d'ébriété, alors qu'il était député du Parti progressiste-conservateur. Il avait été arrêté par la police à Hull (ville maintenant appelée Gatineau). Il conduisait sa voiture avec un taux d'alcool deux fois et demie plus élevé que la limite permise.

Il a plaidé coupable. Le juge Edgar Allard lui a donné le choix entre une amende de 400$ ou 15 jours de prison. Il a choisi l'amende. Le juge a aussi suspendu son permis de conduire pendant trois mois. Le whip du Parti conservateur, Jim Hawkes, ne lui a pas demandé de démissionner. D'abord élu en 1984, il a été réélu en 1988 et a terminé son deuxième mandat.

En 1993, il a été battu par le candidat libéral, puis on n'a plus entendu parler de lui. «Bien des gens ont été surpris d'apprendre qu'il se présentait aux prochaines élections», soutient un de ses adversaires, Gaston Langlais, qui a lui-même été candidat conservateur aux dernières élections, et qui se présente maintenant pour les néo-démocrates.

L'année dernière, le dossier de M. Gray, maintenant âgé de 62 ans, apparaissait toujours au plumitif. Depuis, il a été effacé, ce qui laisse croire que M. Gray a demandé et obtenu son pardon peu de temps avant de décider de poser de nouveau sa candidature. M. Gray n'a pas rappelé La Presse, hier.

Un dossier criminel pour conduite en état d'ébriété cadrerait mal avec les politiques officielles du Parti conservateur. Cette année, le gouvernement de Stephen Harper a amendé le Code criminel pour serrer encore plus la vis aux conducteurs en état d'ébriété. «Un quotient intellectuel élevé ou un bon flair politique ne sont pas des préalables pour être candidat conservateur. Tout ce qu'il faut, c'est avoir plus de 18 ans, avoir un bon crédit, pas de dossier criminel chargé...» a déclaré Doug Finley, organisateur en chef du Parti conservateur en 2006.

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Pierre Grandmaître

Pierre Grandmaître, un candidat condamné pour avoir caché un vice

Pierre Grandmaître, un agent immobilier qui se présente sous les couleurs du Parti conservateur dans la circonscription d'Abitibi-Témiscamingue, a été condamné le 8 septembre dernier par un juge de la Cour du Québec pour ne pas avoir divulgué la présence d'un vice caché lorsqu'il a vendu une maison. Le vendeur de la maison avait pourtant informé M. Grandmaître de ce vice caché, mais ce dernier n'a pas transmis l'information à l'acheteuse.

En septembre 2006, Chantal Baribeau achète la maison. Fin mars, une importante infiltration d'eau se produit. Elle contacte M. Grandmaître, qui attire son attention sur une déclaration du vendeur, qui comportait le renseignement suivant: «Infiltration d'eau très très légère au printemps.» Or, M. Grandmaître n'a jamais remis cette déclaration à Mme Baribeau.

Cette dernière le poursuit devant la Cour du Québec, division des petites créances. Elle souligne qu'elle n'aurait jamais acheté la maison si elle avait su qu'il y avait des infiltrations d'eau. Le juge Claude Bigué lui donne raison. Il se montre cinglant envers M. Grandmaître.

«Il n'a communiqué le formulaire (qui contient la déclaration du vice caché) à personne, ni à la demanderesse (l'acheteuse), ni au notaire, ni à l'institution financière.» Une fois contacté par Mme Baribeau, «il s'est contenté de parler d'une infiltration mineure à la cheminée, en taisant une infiltration plus problématique au sous-sol». Le juge les condamne, lui et sa maison de courtage, à payer des dommages de 882,92$ à Mme Baribeau, ainsi qu'une somme de 6117$ solidairement avec le vendeur.

Joint au téléphone hier entre deux activités de campagne, M. Grandmaître a tenté de minimiser l'affaire, accusant ses adversaires politiques de salir sa réputation.

«Il n'y a rien là. C'est moins grave que d'avoir une infraction pour un parcomètre, a dit le candidat, ancien maire de Rouyn-Noranda. Quand vos adversaires n'ont rien à dire, ils sortent des histoires comme celle-là. Moi, je ne vois rien de mal là-dedans et je vais gagner pareil! Je ne conteste pas le jugement seulement parce que je ne peux pas le faire, sinon, je le ferais.»

De toute façon, l'agent immobilier considère qu'il n'a pas commis de faute et il n'a pas jugé nécessaire d'aviser les autorités de son parti de cette affaire. «Pourquoi j'aurais fait ça? C'est un jugement civil, je n'ai été accusé de rien. Ce n'est qu'une petite histoire d'infiltration d'eau. Je devrais rendre des comptes pour des affaires frauduleuses, mais pas pour une faute professionnelle.»

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Luc Harvey

Luc Harvey, un député qu'un juge ne croit pas

Le député conservateur Luc Harvey, qui se représente dans Louis-Hébert, une circonscription de Québec, a affirmé au fisc que c'est pour la firme de sa femme qu'il avait fait une croisière au large de Miami, voyagé au Cameroun et payé deux voyages à sa femme dans les Antilles. Il s'agissait là d'une déclaration bien utile, car elle aurait permis à l'entreprise et à sa femme de réduire le montant des impôts à payer. Ni le fisc ni le tribunal ne l'ont cru.

M. Harvey et sa femme, Catherine Louisy, ont formé la société Yevrah (Harvey à l'envers) à la fin de 1999. Mme Louisy était la seule actionnaire, mais seul M. Harvey travaillait pour l'entreprise, dont l'unique source de revenus était l'installation de logiciels dans les résidences privées.

Dès 2000, Yevrah déclare à Revenu Québec avoir payé deux voyages à Mme Louisy à Sainte-Lucie, son pays d'origine, pour mettre sur pied un service de traversiers reliant les îles de Sainte-Lucie et la Martinique. La déclaration soutient aussi que l'entreprise, avant même d'être incorporée, a payé 11 379$ pour payer un voyage à M. Harvey au Cameroun, pour un projet de mines de diamants. Puis, Yevrah aurait payé une croisière à M. Harvey au large de Miami, pour faire fructifier des contacts d'affaires.

Revenu Québec n'a cru aucune de ces déclarations. Mme Louisy et Yevrah ont contesté cette décision devant le tribunal. M. Harvey et sa femme ont témoigné. Le juge Michael Sheehan ne les a pas crus non plus. «La preuve ne permet pas de conclure que la croisière de cinq jours (au large de Miami) avec quatre contacts d'affaires, était une dépense se rattachant à l'entreprise», écrit-il dans son jugement, rendu en 2006.

«Au moment d'effectuer son voyage au Cameroun, M. Harvey, un informaticien, ne possédait aucune expertise, ni connaissances, ni formation en matière de pierres précieuses. Pourtant, il prétend qu'il ambitionnait de devenir l'unique fournisseur d'un gemmologue américain»

Quant au voyage de sa femme à Sainte-Lucie, M. Harvey a expliqué qu'il avait été fait «dans le but de mettre sur pied un service de traversiers», mais «il n'a pas été en mesure de fournir de documents ni de correspondance permettant de valider les démarches entreprises à cet égard».

Le juge a donc rejeté la requête et donné raison à Revenu Québec. La Presse a tenté de parler à M. Harvey, hier, mais il ne nous a pas rappelés.




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