Julie ou Maxime, la Beauce a choisi

En Beauce, mieux vaut ne pas prononcer trop fort le nom de Julie Couillard. Si... (Archives Le Soleil)

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Isabelle Hachey

(Saint-Georges de Beauce) En Beauce, mieux vaut ne pas prononcer trop fort le nom de Julie Couillard. Si la belle avait l'intention de bousiller les chances de réélection de Maxime Bernier en lançant son autobiographie en pleine campagne, c'est raté. À quelques jours des élections, le fils du pays paraît imbattable.

Au magasin Archambault de Saint-Georges, en Beauce, le livre de Julie Couillard a été placé derrière une pile d'autres bouquins, de façon à être pratiquement invisible. Mauvais coup d'un client frustré? «Probablement!», s'esclaffe la vendeuse, Julie Cimon. «On n'en vend presque pas, dit-elle. Les gens d'ici, Maxime, c'est leur dieu, alors ils n'achèteront pas ce livre. Les rares qui le font viennent nous voir à la caisse et nous le demandent en chuchotant!»

En Beauce, mieux vaut ne pas prononcer trop fort le nom de Julie Couillard. Si la belle a voulu détruire les chances de réélection de Maxime Bernier en lançant son autobiographie en pleine campagne, il semble que ce soit raté. Les attaques de Mme Couillard pourraient même avoir eu l'effet contraire. On ne touche pas impunément à un Beauceron. Surtout pas au «dieu Maxime».

Malgré les gaffes, malgré le scandale qui lui colle à la peau depuis près de cinq mois, le fils du pays paraît imbattable face à des adversaires qui manquent d'envergure. La question est de savoir s'il réussira à faire aussi bien, mardi, que lors des élections de janvier 2006, où il avait obtenu une majorité de 26 000 voix, la plus grande au Québec. Un mandat fort lui permettrait d'entamer sa réhabilitation politique... qui pourrait aussi mener à un retour au sein d'un éventuel cabinet de Stephen Harper.

«Il aura une traversée du désert à faire, mais une fois que l'affaire Couillard se sera dissipée, il pourrait redevenir ministre, peut-être dès le printemps», estime Raphaël Crevier, politologue à l'UQAM. «Les sondages montrent que des lieutenants québécois de M. Harper, comme Michael Fortier et Jean-Pierre Blackburn, sont en difficulté. S'ils ne sont pas réélus, le premier ministre n'aurait pas beaucoup d'autres choix pour assurer une représentation québécoise au sein de son cabinet.»

Pour y arriver, le politicien doit d'abord s'assurer du soutien des Beaucerons. Son principal atout semble être son père, Gilles Bernier, une célébrité locale. «Les gens ne votent pas pour Maxime, ils votent pour Gilles!», s'exclame le candidat bloquiste André Côté. «Cette vieille famille du coin a beaucoup de connaissances. Gilles a été député pendant des années. Il allait aux funérailles tous les samedis pour serrer des mains. Il faisait de la politique à l'ancienne, et cela été rentable pour lui.»

Son fils a suivi l'exemple : un week-end sur deux - celui où il n'a pas la garde de ses deux filles - le député Bernier se fait un devoir de sillonner la Beauce à la rencontre de ses concitoyens.

En Beauce, le clan Bernier fait partie de la famille. «Et quand un membre de la famille subit un coup dur, on le soutient», dit Noëlla Vachon, petite-fille des créateurs des célèbres petits gâteaux qui portent son nom.

Un buveur de Coke

Hôtel Georgesville, mercredi. Ce n'est qu'à la fin du débat organisé par la Chambre de commerce de Saint-Georges qu'un candidat se risque à évoquer l'affaire qui a fait le tour du monde. René Roy, candidat libéral de 26 ans, bafouille. Dès qu'il prononce le nom de Julie Couillard, il est hué par la foule. Pourtant, il en remet, laissant entendre que M. Bernier est homosexuel. La salle gronde de fureur.

«René Roy a parlé de l'affaire Couillard lors des deux derniers débats et chaque fois, il a été chahuté. Je ne sais pas pourquoi il continue», dit le bloquiste André Côté, le seul adversaire crédible de M. Bernier. «À l'extérieur de la Beauce, quand on mentionne le nom de M. Bernier, cela fait sourire. Mais ici, on sent une certaine gêne. Les gens voudraient mettre tout ça sous le tapis.»

Cela dit, M. Côté estime que le lancement du livre de Julie Couillard a donné un « certain élan » à la campagne en Beauce. «Je constate que M. Bernier est beaucoup plus stressé. Cela se voit.»

Le député de 45 ans affirme pourtant ne pas avoir été abattu par les manchettes dévastatrices de la semaine dernière. «Quand je dis que j'ai tourné la page, c'est autant émotionnellement que psychologiquement.» Que son ancienne flamme le traite de grand benêt ignare, paresseux et méprisant dans les journaux ne l'a pas ébranlé, assure-t-il. « Ça, c'était juste un nuage. La tempête est passée en mai. Là, c'était des attaques chaque jour!»

M. Bernier n'a pas l'intention de commenter point par point le livre de Mme Couillard, qui l'accuse de mépriser les Beaucerons et Stephen Harper. Sauf pour une chose. « Le premier ministre, tout le monde sait qu'il ne boit pas de Pepsi. Il boit du Coke ! », laisse-t-il tomber, sourire en coin. Le politicien a beaucoup perdu, mais pas son sens de l'humour.

Compétent... et souverainiste ?

«La plupart des gens s'imaginent que Maxime Bernier, tout ce qui l'intéresse, c'est des poupounes avec des gros seins. Moi, le Maxime Bernier que je connais, c'est un homme passionné par les idées et par l'économie », se désole Martin Masse, ex-conseiller de M. Bernier à l'époque où ce dernier était ministre de l'Industrie. «Il y a un an et demi, Maxime Bernier, ce n'était pas le gaffeur des Affaires étrangères. C'était le ministre montant qui voulait faire de vraies réformes en faveur du libre marché. Ça, tout le monde l'a oublié.»

Bernard Landry, lui, se souvient. En 1996, alors qu'il était ministre des Finances du Québec, il avait embauché Maxime Bernier comme conseiller politique. « Il était gentil, charmant. Ce n'était pas un ami, mais c'était un collaborateur que j'appréciais », se rappelle-t-il. Rien à voir avec la « paresse intellectuelle surprenante » évoquée par Mme Couillard... qui vise peut-être plus juste lorsqu'elle affirme que son ancien ami de coeur juge l'indépendance du Québec « inévitable ».

Pour M. Landry, en tout cas, il ne fait aucun doute qu'en 1996, M. Bernier était souverainiste. «C'était absolument nécessaire pour travailler dans mon cabinet», tranche-t-il. «La question ne se posait même pas, c'était une évidence.» M. Bernier persiste toutefois à dire qu'il a voté NON au référendum d'octobre 1995. «Je suis fier d'être nationaliste québécois au sein d'un Canada uni.» Et surtout, ne se lasse-t-il pas de répéter, «je suis fier d'être Beauceron».




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