L’Université d’Ottawa proposera dès cet automne un nouveau programme de maîtrise consacré aux substances psychédéliques, dans le but de permettre à différents praticiens de se familiariser avec ces produits, mais aussi dans l’espoir de déboulonner plusieurs des mythes qui les entourent toujours.

L’Occident, a expliqué la codirectrice du programme Monnica Williams, redécouvre les bienfaits des psychédéliques sur la santé mentale, et de nombreux professionnels souhaitent proposer des psychédéliques aux personnes souffrant de problèmes tels que la dépression, les traumatismes et l’anxiété.

« Nous savons que l’approche pharmacologique n’a pas réussi à guérir ces gens, a-t-elle ajouté. C’est pourquoi les psychédéliques sont si intéressants, parce qu’ils ont vraiment le potentiel de soulager et de guérir ces problèmes. »

La nouvelle maîtrise ès arts en études sur les psychédéliques et sur la conscience sera offerte en ligne à compter de septembre 2024. Il s’agira d’un programme d’un an à temps plein ou de deux ans à temps partiel.

Le programme explorera « en profondeur » les utilisations thérapeutiques, spirituelles, rituelles et naturalistes des psychédéliques à travers les cultures et l’histoire. Il comprendra également une composante spécialisée destinée aux professionnels qui offrent des soins en santé mentale et des soins spirituels.

« À notre connaissance, c’est le premier programme de maîtrise consacré aux psychédéliques, a expliqué Mme Williams, qui est aussi professeure titulaire à l’École de psychologie. Les psychédéliques sont vraiment un sujet interdisciplinaire. »

Le programme s’adressera ainsi à quatre grandes catégories de gens, notamment le personnel médical autorisé et les membres de la communauté de recherche dont les travaux portent sur l’étude des psychédéliques.

Il proposera entre autres à ce personnel médical autorisé une « formation pratique […] à la facilitation et à l’intégration des séances de traitement assisté par des psychédéliques ».

« Nous nous adressons entre autres aux praticiens autorisés en médecine ou en santé mentale qui veulent se spécialiser en produits psychédéliques, et qui ont seulement besoin d’une formation en plus de la formation qu’ils détiennent déjà », a dit Mme Williams.

Les étudiants inscrits au programme auront par exemple l’occasion de participer à des recherches pour faire avancer le savoir scientifique au sujet des psychédéliques, a-t-elle indiqué.

Le programme pourra aussi intéresser les ecclésiastiques ordonnés ou mandatés et les professionnels en soins spirituels, ou encore les guérisseurs chamaniques, rituels et traditionnels qui utilisent des substances psychoactives à des fins religieuses ou mystiques, a-t-on expliqué par voie de communiqué.

Les substances psychédéliques ont longtemps été associées aux années 1960, aux hippies et au « flower power ». Leur potentiel thérapeutique – entre autres celui de la psilocybine qu’on retrouve dans des dizaines de champignons – éveille toutefois de plus en plus la curiosité de la communauté scientifique et médicale.

On pense ainsi qu’elles pourraient un jour avoir un rôle à jouer dans le traitement de conditions aussi variées que la dépression, la schizophrénie, le syndrome du stress post-traumatique, le cancer et la toxicomanie.

Les psychédéliques sont comme n’importe quelle autre substance, a rappelé Mme Williams : on peut les utiliser pour faire de bonnes choses, ou bien on peut en abuser.

« Une grande partie de notre mission sera de démontrer comment les psychédéliques peuvent être utilisés à des fins thérapeutiques, que ce n’est pas seulement pour faire le “party”, a conclu Mme Williams. Je pense qu’il y a eu beaucoup de désinformation au sujet des psychédéliques au fil des décennies, que si tu en prends tu vas sauter en bas du toit et essayer de voler… Ça ne se produit tout simplement pas. »