Les efforts du milieu universitaire pour recruter des étudiants étrangers au début de la pandémie auront porté leurs fruits : les inscriptions ont repris de plus belle, selon des données obtenues par La Presse auprès d’une dizaine d’établissements. Mais derrière ce succès, des étudiants attendent longtemps dans l’incertitude d’obtenir leur permis d’études. Au point que certains songent à reporter leur inscription.

Publié le 29 juillet
Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

La pandémie s’est bien traduite par une légère baisse du nombre d’étudiants étrangers inscrits dans plusieurs des universités sondées par La Presse.

Or, surprise : dès 2021, les inscriptions sont reparties à la hausse.

Si bien que la plupart des établissements affichent maintenant un nombre d’étudiants étrangers supérieur à celui de 2019.

« La baisse qui a été observée au début de la pandémie fut immédiatement suivie d’un rebond », confirme Neko Likongo, directeur du service des relations internationales et diplomatiques à l’UQAM.

À l’automne 2020, la population étudiante internationale à l’UQAM avait chuté à 3325 individus – près de 900 étudiants de moins que l’année précédente.

Mais l’université a vite rebondi : à la rentrée 2021, elle a recruté 4387 étudiants à l’étranger, ce qui représente une hausse de 32 % par rapport à 2020. « Et on a de bonnes raisons de croire que la croissance va se poursuivre dans l’avenir », affirme M. Likongo.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

À la rentrée 2021, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) a recruté 4387 étudiants à l’étranger, ce qui représente une hausse de 32 % par rapport à l’année précédente.

Idem dans le reste du Canada : en 2021, plus de 550 000 demandes de permis d’études ont été traitées par Ottawa, une hausse de 152 % par rapport à 2020 et 30 % par rapport à 2019 – du jamais vu. Et au rythme actuel, l’année 2022 devrait battre ce record. 

À l’École de technologie supérieure (ÉTS), le nombre d’étudiants étrangers a grimpé de 39 % entre les années scolaires 2019-2020 et 2021-2022. Dès la prochaine rentrée, l’université s’attend à ce que les étudiants étrangers représentent 30 % de l’effectif étudiant total.

La croissance qu’on a eue en 2021-2022, c’est aussi un rattrapage des étudiants qui avaient reporté leur projet d’études [en raison de la pandémie].

Tanguy Bantas, directeur du Service des relations internationales à l’ÉTS

De son côté, l’Université Bishop’s rattrape tranquillement la baisse d’étudiants internationaux qu’elle a observée ces deux dernières années.

« Il y a une hausse des admissions [à la rentrée 2022]. Est-ce que ça va se traduire par une réelle inscription ? Est-ce qu’il y a des étudiants qui vont être obligés de la reporter encore une fois ? », soulève Lysange Gervais, coordonnatrice au bureau international de Bishop’s.

Des délais persistent

Derrière ce succès se cache une autre réalité : des étudiants peuvent attendre des mois pour obtenir leur permis d’études.

Certains d’entre eux songent même à reporter leur inscription à un trimestre ultérieur, rapporte la porte-parole de l’UQAM, Jenny Desrochers.

« Nous n’avons toutefois pas d’ordre de grandeur puisque la vaste majorité attendent à la dernière minute pour procéder au report », précise-t-elle.

À l’Université de Montréal, on remarque que la hausse des demandes d’admission provenant des pays francophones africains « ne se matérialise pas en inscriptions ensuite ».

« On peut penser qu’une partie des étudiants qui ne s’inscrivent pas le font parce qu’ils se voient refuser leur permis d’études », affirme Geneviève O’Meara, porte-parole de l’UdeM.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

À l’Université de Montréal, on remarque que la hausse des demandes d’admission provenant des pays francophones africains « ne se matérialise pas en inscriptions ensuite ».

Précisons que l’établissement ne connaît pas automatiquement les raisons qui expliquent qu’un étudiant admis ne poursuive pas son inscription, et ne peut donc pas fournir de statistiques précises à ce sujet.

« Nos statistiques actuelles démontrent cependant que nous devons désinscrire plus d’étudiants en provenance d’Afrique que des autres pays comme l’Inde, la Chine ou le Brésil, par exemple. Et cette tendance s’est accélérée dans les dernières années », ajoute Mme O’Meara.

Selon le site d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, le délai dans le traitement des demandes de permis d’études provenant de l’étranger est évalué à 12 semaines.

« Une demande de plus en plus forte » impose « des pressions croissantes sur le traitement », affirme le Ministère sur son site.

Récemment, l’UQAM dit avoir constaté des délais plus courts dans la délivrance de ces permis, et espère que la situation continuera de s’améliorer d’ici la prochaine rentrée, en particulier pour les étudiants africains. 

Redoubler d’efforts

Pour recruter autant d’étudiants étrangers en pandémie, les universités ont mis les bouchées doubles.

Par exemple : la plupart des établissements ont offert de la formation à distance aux milliers d’étudiants coincés à l’extérieur du pays en raison des restrictions aux frontières.

PHOTO ERICK LABBÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Amphithéâtre à l’Université Laval

Pour la première fois, l’Université Laval a tenu des portes ouvertes virtuelles, une activité qu’elle compte répéter dans les prochaines années.

Là où j’avais 25 étudiants internationaux qui pouvaient se présenter physiquement, on est passé à avoir des milliers de visiteurs virtuels de partout sur la planète.

Normand Beaudry, directeur du recrutement international à l’Université Laval

L’Université du Québec à Rimouski a plutôt misé sur des campagnes de promotion en France et en Afrique. La stratégie semble avoir porté ses fruits : ses campus comptaient près de 600 étudiants étrangers à l’automne dernier, plus qu’en 2019.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Les droits de scolarité que paient les étudiants internationaux sont 3 à 10 fois plus élevés que ceux des Québécois.

Une facture de plusieurs millions de dollars

Pour les universités, ce retour en force des étudiants étrangers est aussi payant. C’est qu’ils paient des droits de scolarité juteux – de 3 à 10 fois plus élevés que ceux des Québécois⁠⁠1.

1. Lisez « Les étudiants internationaux transforment les universités »

À titre indicatif, un étudiant étranger paie 25 462 $ par année au baccalauréat à l’ÉTS, alors qu’il en coûte 3533 $ pour un Québécois. (Ceci exclut les étudiants français et belges, qui profitent d’ententes spéciales avec le Québec.) 

Plus que les universités, c’est tout le Québec qui sort gagnant du boom des étudiants étrangers, tient à souligner Pierre Baptiste, directeur par intérim, affaires académiques et expérience étudiante de Polytechnique.

« Avec la démographie qu’on a au Québec, on a besoin de ces étudiants internationaux. Nous n’avons pas les moyens d’alimenter le nombre de personnes à haute qualification dont on a besoin », dit-il.

Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse