Environ 6 % des élèves manquent l’école chaque jour au Québec – et c’est sans compter la COVID-19.

Publié le 4 avril
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Si l’on exclut les absences pour des cas de COVID-19, le taux d’absentéisme des élèves dans les écoles du Québec se situe aux environs de 6 %. C’est un peu plus élevé qu’avant la pandémie, constatent les directions d’école. Où sont ces quelque 84 000 élèves qui s’absentent chaque jour ?

Depuis deux mois, le ministère de l’Éducation publie des statistiques sur les absences dans les écoles, des données qu’il ne colligeait pas avant. Le plus récent bilan diffusé vendredi indique que le taux d’absentéisme dans les écoles de la province – publiques et privées – est de 6 %. Les absences liées aux cas de COVID-19 sont d’un peu moins de 2 %.

Chez les directions d’école, on constate que les taux d’absentéisme sont un peu plus élevés qu’à l’accoutumée. Président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), Nicolas Prévost nomme d’emblée ce qui semble responsable d’une part de l’augmentation, particulièrement chez les élèves du secondaire.

« Il y a beaucoup d’absences pour anxiété chez les filles », observe M. Prévost.

Au collège Charles-Lemoyne de Longueuil qu’il dirige, David Bowles le constate lui aussi.

« On a des jeunes qui sont très anxieux : on le remarque, ils nous en parlent. Des jeunes qui vivent de la grande anxiété et qui ont de la misère à se rendre à l’école le matin, il y en a plus qu’avant », dit M. Bowles, également président de la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP).

Des impressions qui se confirment

Les « impressions » des directions d’école sont confirmées par les chiffres de la Dre Mélissa Généreux, professeure à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke et médecin-conseil à la Direction de santé publique du CIUSSS de l’Estrie.

Au secondaire, en janvier dernier, 29 % des jeunes sondés dans quatre régions du Québec avaient des symptômes d’anxiété modérés ou sévères. « Pour les filles au secondaire, c’est vraiment énorme, c’est 41 %. Chez les garçons, c’est 14 %. L’écart est assez grand », observe la Dre Généreux.

Deux ans plus tôt (avant la pandémie), une enquête de moindre envergure menée en Estrie démontrait que 11 % des jeunes du secondaire estimaient que leur santé mentale était « passable ou mauvaise ». Cette année, cette proportion est de 28 %.

Avec les restrictions liées à la COVID-19, l’école a un peu perdu ce qui en fait un milieu de vie, rappelle la Dre Généreux, qui observe dans son enquête que les jeunes veulent maintenant « se sentir physiquement bien, socialement attachés à leur milieu ». Les jeunes « veulent retrouver leur sport, sentir qu’ils sont soutenus par le milieu scolaire pour leur cheminement académique, avoir des coins détente à l’école », illustre la professeure.

Qu’en est-il de ceux qui sont trop anxieux pour apprécier ce retour à une certaine normalité ? « Quand on fait de l’anxiété, on cherche à éviter, et [la pandémie] leur a offert l’évitement sur un plateau d’argent. Ils ont développé un confort à la maison », observe la Dre Généreux.

Au secondaire, certains observent que les absences non justifiées semblent moins sanctionnées qu’avant. « Les directions sont fatiguées à cause de la gestion de la COVID-19, on dirait qu’elles ont lâché prise sur les absences », dit une enseignante.

En contexte de pénurie de main-d’œuvre, les élèves de 4e et 5e secondaire travaillent plus, observe-t-on aussi chez les directions d’école, sans toutefois y lier l’augmentation de l’absentéisme.

Au centre de services scolaire de la Beauce-Etchemin (CSSBE), le taux d’absentéisme chez les élèves du primaire était d’un peu plus de 3 % en mars, comparativement à 7 % chez les élèves du secondaire, soit deux points de pourcentage de plus qu’à la même période en 2021. Le CSSBE est en train d’« analyser » les raisons de cette hausse, nous dit-on. Au centre de services scolaire de la Rivière-du-Nord, dans les Basses-Laurentides, 4 % des élèves du primaire et 6 % de ceux du secondaire étaient absents pour cette même période.

Les voyages, les tournois : des motifs d’absence qui reviennent

L’anxiété vécue par certains élèves ne saurait à elle seule expliquer les milliers d’absences sur les bancs d’école. David Bowles rappelle qu’avant la pandémie, bien des élèves se seraient présentés avec des symptômes de rhume. « Même si les tests sont négatifs, les élèves restent à la maison beaucoup plus qu’avant », dit le directeur du collège Charles-Lemoyne.

Le retour des sports organisés – les tournois de hockey, notamment – se fait aussi sentir. « Parfois, ça amène des élèves à manquer le vendredi. [À une certaine époque], les tournois commençaient le jeudi soir, mais je pense qu’il y a eu de la sensibilisation », dit le président de la FQDE.

Les activités sportives ayant été annulées pendant une longue période, on sent un certain « rattrapage » dans les écoles, confirme David Bowles.

Certains rattrapent aussi les vacances perdues. Maintenant que les frontières sont rouvertes, on voit à nouveau dans les écoles des familles qui s’accordent deux semaines de relâche plutôt qu’une.

Entre mars 2020 et juin 2021, les écoles ont été fermées huit semaines. Peut-on penser que manquer quelques jours paraisse moins grave pour les parents ?

« Au contraire, je pense que les gens ont vu l’importance de l’école », dit Nicolas Prévost.