Dix ans après le printemps érable, le carré rouge renaît-il de ses cendres ? Des dizaines de milliers d’étudiants de cégeps et d’universités seront en grève mardi pour réclamer la gratuité scolaire. Ils manifesteront dans le centre-ville de Montréal.

Publié le 21 mars
Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

La grève de mardi touche plus de 82 000 étudiants de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), de l’Université de Montréal et d’une dizaine de cégeps à travers la province, qui débraieront mardi pour revendiquer l’éducation gratuite du primaire à l’université. Une manifestation est prévue à 13 h à la place du Canada, à Montréal.

« La gratuité scolaire, c’est considérer l’éducation non pas comme un bien de consommation, mais comme un bien public, un droit auquel tout le monde devrait avoir accès », affirme Lucia Flores Echaiz, exécutante à l’Association facultaire étudiante de science politique et droit de l’UQAM, qui sera en grève à compter de ce lundi.

La date du 22 mars n’a pas été choisie au hasard. Dix ans plus tôt, jour pour jour, plus de 100 000 personnes manifestaient pour s’opposer à la hausse des droits de scolarité – l’un des plus grands rassemblements du printemps érable.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Vue aérienne de la manifestation du 22 mars 2012

En plus de la gratuité scolaire, des associations étudiantes tiendront des journées de grève toute la semaine pour la rémunération des stages, la précarité étudiante et la lutte pour la justice climatique.

Un « obstacle » aux études

Malgré l’indexation des droits de scolarité, la facture étudiante augmente deux fois plus vite que l’inflation.

Aujourd’hui, les étudiants québécois paient en moyenne 3761 $ par année de droits de scolarité et autres frais pour leurs études, soit 875 $ de plus qu’il y a 10 ans, selon des données du ministère de l’Enseignement supérieur et de Statistique Canada colligées par La Presse.

En tenant compte de l’impact de la baisse des crédits d’impôt, la hausse est plutôt de 1020 $ au lieu de 875 $. C’est tout de même moins que la hausse de 1497 $, tout compris, prévue sous la réforme libérale, et contre laquelle les étudiants avaient manifesté pendant des mois en 2012.

« La hausse est considérable chaque année et elle représente un obstacle à l’accessibilité aux études », constate Lucia Flores Echaiz.

Certaines personnes ne peuvent pas se le permettre, d’autres doivent travailler pour être aux études, ce qui nuit à leur réussite scolaire.

Lucia Flores Echaiz, exécutante à l’Association facultaire étudiante de science politique et droit de l’UQAM

La gratuité scolaire est un enjeu d’accès à l’éducation, soutient Olivier Brien, responsable sociopolitique de l’Association générale étudiante du cégep de la Gaspésie et des Îles. Ses membres seront en grève de mardi à vendredi.

« Il y a déjà des étudiants qui ont changé de cap parce que les frais sont trop élevés pour eux. On ne pense pas seulement aux frais scolaires, mais tout ce qui les entoure, le transport, la nourriture, le logement, qui font aussi partie de la difficulté financière », énumère-t-il.

Un hommage à 2012

Les associations étudiantes espèrent profiter des 10 ans du printemps érable pour susciter un nouvel élan militant et remettre la gratuité scolaire à l’ordre du jour. « [L’anniversaire] est l’occasion de rendre honneur, de se rappeler et de se motiver », témoigne Lucia Flores Echaiz.

Une manifestation de soir est d’ailleurs prévue jeudi au parc Émilie-Gamelin à Montréal, un clin d’œil à 2012 et à ses nombreuses manifestations nocturnes.

La mobilisation s’organise en marge de l’Union étudiante du Québec (UEQ), qui représente 91 000 membres. L’association nationale ne souhaite pas prendre position sur la gratuité scolaire, mais dit soutenir toute initiative étudiante militante.

En 2012, la gratuité scolaire était source de division entre l’Association pour une solidarité syndicale étudiante, qui la revendiquait, et la Fédération étudiante universitaire du Québec, qui plaidait plutôt pour un gel des droits de scolarité. Ces deux associations n’existent plus.

« Il y a des discussions pour créer une nouvelle association nationale plus combative pour aider la mobilisation », confie Lucia Flores Echaiz.

Des luttes connexes

La gratuité scolaire n’est pas la seule revendication au menu des associations étudiantes.

Les grèves des 21, 23 et 24 mars seront dédiées à la précarité étudiante et à la rémunération des stages. Le 25 mars, des marches pour la justice climatique sont prévues un peu partout dans la province, dont à Montréal, à Québec et à Sherbrooke.

Toutes ces luttes s’inscrivent dans un projet de société plus large, argue Lucia Flores Echaiz. « C’est une vision d’ensemble. On n’est pas d’accord avec comment les choses sont faites, alors on a d’autres propositions. »

La nouvelle génération étudiante était trop jeune pour s’impliquer dans le printemps érable. Et pourtant, la relève est au rendez-vous, remarque l’étudiante à la maîtrise en droit.

« Le mouvement se construit et on sent qu’il est fort. Nos membres se sentent concernés et appuient le projet. » Lèvera-t-il ? En tout cas, l’ambition est là. « En 2012, peu auraient cru que ça prendrait cette ampleur-là. »

Avec Francis Vailles, La Presse

En savoir plus

  • 6693 $
    Somme moyenne des droits de scolarité qu’un étudiant de premier cycle paie par année au Canada.
    Source : Statistique Canada