L’Observatoire pour l’éducation et la santé des enfants plaide pour un « système de surveillance » des effets de la pandémie sur les jeunes

Publié le 29 janvier
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

À l’instar des tests de dépistage rapides de la COVID-19 qui ont été déployés dans les écoles après environ deux ans en pandémie, il est plus que temps de mettre en place un plan pour réduire les inégalités chez les jeunes, plaide l’Observatoire pour l’éducation et la santé des enfants à l’Université de Montréal.

Le gouvernement l’a souvent répété : garder les écoles ouvertes est en haut de sa liste de priorités depuis le début de la pandémie. Les jeunes ont néanmoins vécu de grandes perturbations et il faut mesurer quelles seront les conséquences sur leur développement, dit la Dre Sylvana Côté, directrice de l’Observatoire pour l’éducation et la santé des enfants à l’Université de Montréal.

Il faut d’abord instaurer un « système de surveillance » de la génération actuelle pour mesurer les conséquences de la pandémie. Par exemple : quel effet auront eu les fermetures d’écoles ? Il faut suivre les apprentissages des enfants, et en ce moment, il est « très difficile » pour les chercheurs d’avoir accès à des données sur cette question.

On connaît le taux d’obtention du diplôme en 5e secondaire, mais on a aussi besoin de données en maternelle – et bien avant – et on doit suivre les jeunes jusqu’à leurs 18 ans, dit la Dre Côté.

La réussite scolaire est l’« inquiétude principale » de l’Observatoire qu’elle dirige.

Il y a des familles qui s’en sortent très bien, qui embauchent des tuteurs ; il y a les écoles privées. C’est pour les milieux plus socioéconomiquement défavorisés, où il y a plus de stress, d’absences, où il y avait plus de difficulté, qu’on est plus inquiets.

Sylvana Côté, directrice de l’Observatoire pour l’éducation et la santé des enfants à l’Université de Montréal

« Il va falloir mettre les bouchées doubles pour soutenir les enfants qui en sont issus », ajoute la Dre Côté, à propos des milieux défavorisés.

Le confinement n’a pas été le même pour tout le monde, rappelle-t-elle. Ceux qui en profitent « pour faire beaucoup de ski ont de bonnes chances d’avoir moins d’impacts à long terme que ceux qui le vivent dans un logement insalubre avec des parents absents », illustre la chercheuse.

L’urgence de prévenir

L’Observatoire appelle aussi à miser sur la prévention pour les jeunes, l’« organiser solidement ». « On ne voit pas la prévention comme une urgence, parce que c’est invisible quand on évite des problèmes », observe la Dre Côté.

Ça passe notamment par la promotion de saines habitudes de vie. Il a souvent été dit que le temps d’écran des jeunes avait explosé dans les dernières années, mais tous ne connaissent pas les lignes directrices en matière d’activité physique. « Sans mettre de pression sur les parents, ça donne une indication jusqu’à quel point un enfant devrait bouger », illustre la chercheuse.

Les programmes de prévention dans les milieux scolaires ou communautaires sont aussi des incontournables. Sylvana Côté cite le tutorat à l’école, une mesure qui donne de grands effets et qui pourrait être implantée dans toutes les écoles défavorisées. « Ça peut éviter du décrochage scolaire », illustre-t-elle.

Elle salue le programme de tutorat mis sur pied par Québec, fondé sur des données probantes, mais relève certains problèmes dans l’implantation.

Il n’est pas toujours évident de trouver des tuteurs. Ils doivent être bien formés, bien sélectionnés.

Sylvana Côté, à propos du programme de tutorat mis sur pied par Québec

Agir en amont ne veut pas dire qu’on restreint l’accès à des psychologues, orthopédagogues, pédiatres. « C’est de la santé publique psychosociale », dit la Dre Côté.

En soutenant les enfants les plus vulnérables, poursuit la chercheuse, il y a moyen de changer la donne dans leur parcours, et ainsi de réduire la pression sur le milieu de l’éducation et sur le système de santé et de services sociaux.

Une inquiétude mondiale

Il n’y a pas qu’au Québec qu’on s’inquiète des répercussions de la pandémie chez les plus jeunes. En début de semaine, l’UNICEF a déclaré que les fermetures d’écoles dues à la pandémie de COVID-19 avaient provoqué des pertes d’une ampleur quasi « irréversible » en matière d’éducation chez les enfants partout dans le monde.

Dans de nombreux pays, ces perturbations, en plus d’avoir privé des millions d’enfants de l’acquisition de compétences de base, ont eu un effet sur leur santé mentale, augmenté leur risque de maltraitance et empêché beaucoup d’entre eux d’avoir un accès à « une source régulière de nutrition », a poursuivi l’agence.

Jeudi, dans le British Medical Journal, des scientifiques ont à leur tour appelé à corriger de manière « urgente » la réponse à la COVID-19 pour protéger le développement des enfants partout dans le monde.

Une « vision étroite » des répercussions sur la santé de la COVID-19 cache les effets de la pandémie chez les plus jeunes, écrivent les chercheurs, en ajoutant que ce sont eux qui sont parmi les plus touchés par l’effet de la pandémie sur les troubles dépressifs majeurs (plus de 50 millions de cas supplémentaires) et les troubles anxieux (plus de 75 millions de cas supplémentaires).

Avec l’Agence France-Presse

En savoir plus

  • 1,6 milliard
    Nombre d’enfants privés d’école dans le monde en avril 2020
    SOURCE : BRITISH MEDICAL JOURNAL